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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les grands témoins de la foi
n°96

France

XVIIe siècle

Pascal et la révélation des prophètes

L’immense Blaise Pascal, dont on fête cette année les 400 ans de la naissance, après avoir très jeune redémontré seul les proposions d’Euclide et imaginé une douzaine d’inventions révolutionnaires, dont la calculatrice et le taxi, se convertit à trente et un ans au cours d’une « nuit de feu ». Il n’aura alors de cesse de vouloir faire entendre à ses contemporains la rationalité de la révélation chrétienne, tout en abaissant la raison à sa juste mesure. Dans ce qui sera publié après sa mort sous le nom de Pensées, il n’hésite pas à utiliser comme arguments les prophéties annonciatrices de la venue du Christ : « La plus grande des preuves de Jésus-Christ, ce sont les prophéties » (Pensées n°335 édition Lafuma).

Blaise Pascal, marbre d’Augustin Pajou, 1785, musée du Louvre.©CC0/wikimedia
Blaise Pascal, marbre d’Augustin Pajou, 1785, musée du Louvre.©CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Pascal est un esprit logique, mathématique et rationnel, qui est habitué à rechercher les preuves et les termes de la démonstration.
  • Les prophéties qui annoncent le Christ ne sont pas le fait d’un seul homme, mais « d’une suite d’hommes, durant quatre mille ans », ce qui leur donne une force « infinie » (Pensées n°332).
  • Plus que les prophètes eux-mêmes, c’est un peuple entier qui y croit et est prêt à mourir pour cela.
  • Le peuple juif a été auparavant dispersé, afin de répandre la prophétie dans le monde entier.
  • Ce que fait Jésus – convertir l’humanité au bien – aucun philosophe n’est parvenu à la faire avant lui.
  • Enfin, dans le Christ, les prophéties se réalisent toutes en même temps.

Synthèse :

Pour Blaise Pascal, qui a longtemps fréquenté le monde des « libertins » du XVIIe siècle, c’est-à-dire des esprits forts et agnostiques, voire athées, rien n’est plus urgent que l’apologétique : aimer et faire aimer « le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants » (Pensées n°913) est la tâche primordiale qu’il se confie. Avec ce paradoxe, qui ne demeure une contradiction que pour les paresseux : si la distance est « infiniment plus infinie » (Pensées n°308) entre l’esprit et le cœur (sujet de la grâce) qu’entre l’esprit et le corps, il s’agit tout de même de « démontrer » la vérité de la révélation du Christ par des moyens rationnels et scientifiques, parce que certains hommes n’entendent que ce langage. En espérant que Dieu leur fera la grâce de les toucher ensuite au cœur.

Et, parmi les moyens que prend Pascal, les annonces prophétiques de l’Ancien Testament tiennent la première place. D’abord parce qu’il s’agit de l’Écriture, qui doit être révérée comme Parole de Dieu, et dont la fonction est donc de jouer le premier rôle. Ensuite parce que, au-delà de l’histoire du peuple que s’est choisi Dieu, l’Ancien Testament contient les dits et faits de tous ces prophètes, par qui l’Esprit a parlé selon le Credo, dont le rôle est de préparer à la venue du Messie. Venue évidemment inattendue, cachée, paradoxale, mais qui semble évidente une fois qu’elle s’est réalisée : « Le Messie devait lui seul produire un grand peuple, élu, saint, et choisi ; le conduire, le nourrir, l’introduire dans le lieu de repos et de sainteté ; le rendre saint à Dieu, en faire le temple de Dieu, le réconcilier à Dieu, le sauver de la colère de Dieu, le délivrer de la servitude du péché qui règne visiblement dans l’homme ; donner des lois à ce peuple, graver ces lois dans leur cœur, s’offrir à Dieu pour eux, se sacrifier pour eux, être une hostie sans tache, et lui-même sacrificateur ; il devait s’offrir lui-même, et offrir son corps et son sang, et néanmoins offrir pain et vin à Dieu. Jésus-Christ a fait tout cela » (Pensées n°608).

Dans le détail, Pascal relève toutes les annonces prophétiques et leur accomplissement, en notant à chaque fois la référence du texte de l’Ancien Testament. Il écrit ainsi, dans une accumulation étourdissante, ce qui est dit du Messie :

« Qu’il aura un Précurseur ; qu’il naîtra enfant ; qu’il naîtra dans la ville de Bethléem ; qu’il sortira de la famille de Juda et de David ; qu’il paraîtra principalement dans Jérusalem.  Qu’il doit aveugler les sages et les savants, et annoncer l’Évangile aux pauvres et aux petits ; ouvrir les yeux des aveugles, et rendre la santé aux infirmes, et mener à la lumière ceux qui languissent dans les ténèbres. Qu’il doit enseigner la voie parfaite, et être le précepteur des Gentils. Qu’il doit être la victime pour les péchés du monde. Qu’il doit être la pierre fondamentale et précieuse. Qu’il doit être la pierre d’achoppement et de scandale. Que Jérusalem doit heurter contre cette pierre. Que les édifiants doivent rejeter cette pierre. Que Dieu doit faire de cette pierre le chef du coin. Et que cette pierre doit croître en une montagne immense, et remplir toute la terre. Qu’ainsi il doit être rejeté, méconnu, trahi, vendu, souffleté, moqué, affligé en une infinité de manières, abreuvé de fiel ; qu’il aurait les pieds et les mains percées, qu’on lui cracherait au visage, qu’il serait tué, et ses habits jetés au sort. Qu’il ressusciterait le troisième jour. Qu’il monterait au ciel, pour s’asseoir à la droite de Dieu. Que les rois s’armeraient contre lui. Qu’étant à la droite du Père, il sera victorieux de ses ennemis. Que les Rois de la terre, et tous les peuples l’adoreraient. Que les Juifs subsisteront en nation. Qu’ils seront errants, sans Rois, sans sacrifice, sans autel, etc., sans Prophètes ; attendant le salut, et ne le trouvant point » (Pensées n°487).

Mais surtout, l’immense preuve pour Pascal, c’est que Jésus est parvenu à changer les cœurs d’hommes innombrables, simples, sans éducation, persécutés par les pouvoirs, là où aucun philosophe n’avait réussi à changer des disciples instruits : « Des gens simples et sans force, comme les apôtres et les premiers Chrétiens, résistent à toutes les puissances de la terre ; se soumettent les Rois, les savants, et les sages ; et détruisent l’idolâtrie si établie. Et tout cela se fait par la seule force de cette parole, qui l’avait prédit » (Pensées n°433).

C’est ici que Pascal, le paradoxal, boucle sa boucle entre la foi et la raison, entre le cœur et l’intelligence, les secondes n’étant là que pour ouvrir les premiers à l’amour christique.

Jacques de Guillebon est essayiste et journaliste. Il collabore notamment à la revue catholique La Nef.


Aller plus loin :

Pascal, Les Pensées, Éditions Lefèvre de 1839, disponible en ligne.


En savoir plus :

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