Recevoir les raisons de croire
< Toutes les raisons sont ici !
TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
L'Eglise
n°165

Empire romain

Ier-IVe siècle

La conversion de l’Empire romain au christianisme

Le christianisme est né au milieu d’un peuple privé de sa liberté, souvent méprisé et soumis au plus puissant empire de son temps. Dès les premières décennies de son existence, il est considéré comme une religion « illicite ». Le simple fait d’être chrétien pouvait aboutir à une condamnation à mort. À chaque génération, les principaux responsables de l’Église sont exécutés par le pouvoir politique. Pourtant, durant les trois premiers siècles, l’Église ne cesse de grandir et, durant le IVe siècle, elle finit même par triompher de l’empire païen qui la persécutait. Un tel succès est unique dans l’Histoire. On retient la publication d’un édit qui interdit tout sacrifice et tout culte païen, le 8 novembre 392, comme la date d’établissement du christianisme comme religion d’État au sein de l’Empire romain.

Détail de La Vision de la Croix de Raphaël, 1520, musées du Vatican. / © CC0/wikimedia
Détail de La Vision de la Croix de Raphaël, 1520, musées du Vatican. / © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • L’essor du christianisme dans l’Empire romain est un phénomène unique dans l’histoire. Après trois siècles d’illégalité, le christianisme finit par supplanter complètement le paganisme officiel. La conversion de l’Empire romain au christianisme est qualifiée de « miraculeuse » par saint Augustin.

  • L’amour universel prôné par le christianisme est profondément novateur. La beauté de la doctrine chrétienne a touché par elle-même les cœurs des païens qui ont pu reconnaître la vérité de cet enseignement, provoquant ainsi de nombreuses conversions.
  • L’historien athée Paul Veyne s’interroge sur les causes de ce triomphe religieux. Il l’explique notamment par la personne de Jésus et de l’autorité surhumaine qui émanait de lui.
  • Des phénomènes providentiels ont empêché les païens de mener à bien leurs projets. On peut citer le cas d’une tempête qui a permis la victoire décisive de l’empereur Théodose contre son rival, soutenu par le parti païen, lors de la bataille de la rivière froide (6 septembre 394).
  • La mort en martyrs des responsables successifs des Églises (alors qu’il était aisément possible de se sauver) est une preuve de la véracité du témoignage apostolique. Si les apôtres n’avaient pas été témoins de la Résurrection, ils n’auraient jamais accepté de mourir à leur tour.
  • De nombreux miracles sont aussi attestés. Là encore, il est difficile d’imaginer que tous les témoins aient accepté de mourir pour des mensonges.

Synthèse :

Jésus est né au sein du peuple d’Israël, qui était à cette époque soumis à l’Empire romain, la plus grande puissance de ce temps. À cause de ses lois propres, notamment de la circoncision et des interdits alimentaires, ce peuple était méprisé par un certain nombre de païens. Jésus a prêché en araméen, une langue qui n’était parlée que par des peuples considérés comme « barbares » par les Grecs et les Romains. Il meurt crucifié, le châtiment le plus honteux dans l’Empire romain. Pourtant, trois siècles plus tard, le chef même de cet empire, Constantin, finit par se convertir (vers 312), reconnaissant que Jésus est bien le Fils de Dieu. Cette conversion marque le début d’un processus aboutissant, à la fin du siècle, durant le règne de Théodose, à la conversion même de l’EmpireComment expliquer un tel retournement de situation ?

Déjà saint Augustin insiste sur le caractère miraculeux de cette conversion. Dans son ouvrage Comment notre monde est devenu chrétien (312-394), l’historien Paul Veyne reconnaît, en dépit de son « incroyance » revendiquée, que le « christianisme est un chef-d’œuvre mondial ». Se demandant comment expliquer ce triomphe, il relève deux causes essentielles : une religion d’amour, ce qui est une originalité à l’époque, et l’autorité surhumaine qui émanait de son maître, le Seigneur Jésus. Pour reformuler, nous pouvons dire, la personne de Jésus et sa doctrine.

La personne de Jésus, tout d’abord. D’un point de vue purement humain, son histoire n’avait rien pour séduire la population gréco-romaine. Bien au contraire, la crucifixion était la mort la plus honteuse qui pouvait exister, et la preuve suprême que ce récit n’a pas pu être inventé. Sa Résurrection apparaissait aussi comme une idée insensée aux yeux de la philosophie dominante de cette époque. Pourtant, ces deux faits fournissent aux chrétiens une force essentielle pour annoncer l’Évangile, puisqu’elle leur ôte la peur de la mort et les conduit à accepter le martyre. Un grand nombre des disciples qui ont rencontré Jésus ressuscité sont morts pour cela. Or, même en faisant l’hypothèse, peu probable, d’un mensonge généralisé, il est encore plus invraisemblable qu’autant de personnes aient accepté de mourir pour cela.

Cette remarque est aussi vraie pour les miracles. Jésus lui-même et ses apôtres ont accompli de nombreux miracles. Après sa mort, les générations suivantes attestent que Dieu accomplissait toujours des miracles au sein de l’Église. Bien qu’il soit impossible de prouver individuellement tous ces récits, nous pouvons penser qu’un mensonge généralisé est là encore invraisemblable. Si les personnes qui ont témoigné de ces miracles avaient menti, elles auraient probablement plutôt préféré sauver leur vie, ne serait-ce qu’en offrant simplement un peu d’encens, plutôt que de subir le martyre.

Le deuxième élément relevé par Paul Veyne est le caractère novateur de l’amour. Cela est important de le rappeler, car même si nous vivons aujourd’hui dans une société « postchrétienne », nous sommes tellement habitués aux valeurs morales du christianisme que nous avons tendance à oublier que cela n’a pas toujours été ainsi. Le paganisme ne connaissait pas ce lien d’amour entre une divinité et les êtres humains, ni cet appel à l’amour universel. La beauté de cette doctrine a touché de nombreux cœurs qui ont reconnu la vérité de cet enseignement. Mais elle a aussi eu des conséquences sociales qui ont favorisé la conversion de nombreux individus.

Un des exemples les plus visibles est l’attitude des chrétiens durant les épidémies. Alors que les païens, pour éviter de mourir, abandonnaient les malades, les chrétiens, mus par l’espérance de la Résurrection et l’amour du prochain, n’hésitaient pas à risquer leur vie pour porter secours aux malades en leur fournissant notamment de quoi manger. Or, même si la médecine était rudimentaire, dans bien des cas, cette aide à l’alimentation permettait aux malades d’avoir les forces nécessaires pour survivre à la maladie. Les chrétiens avaient donc vraisemblablement un meilleur taux de survie que les païens, et les survivants païens qui bénéficiaient de l’aide chrétienne se convertissaient plus facilement au christianisme.

Une autre conséquence de cet amour se manifeste à travers la morale chrétienne, notamment face à l’infanticide. Dans l’Antiquité, l’abandon des enfants, en particulier des petites filles, était moralement acceptable. Platon et Aristote le légitiment. On pratiquait aussi des avortements qui aboutissaient régulièrement à la mort des femmes. À l’échelle de l’Empire romain, cela posait de grands problèmes démographiques. Les auteurs anciens, comme Dion Cassius, soulignent le manque de femme, mais le pouvoir politique ne peut apporter aucune solution, car il cautionne la morale qui fonde ces pratiques. Or, le christianisme, dans la lignée du judaïsme ancien, s’oppose catégoriquement à cela. L’éthique chrétienne, qui protège la conjugalité, favorise les naissances et interdit l’infanticide, et contribue à un accroissement démographique de la population.

Enfin, terminons en signalant que des événements plus ponctuels ont aussi pu jouer un rôle décisif en empêchant certains projets païens. Nous citerons simplement un exemple. Théodose le Grand publie le 8 novembre 392 un édit qui interdit tout sacrifice et tout culte païen. Cet édit est souvent considéré comme l’établissement de fait du christianisme comme religion d’État au sein de l’Empire romain. Or, deux ans plus tard, il doit affronter un rival, soutenu par le parti païen. Les armées s’affrontent lors de la bataille de la rivière froide, en septembre 394. Une défaite de Théodose aurait pu remettre en question son œuvre et peut-être même entraîner une réaction du paganisme. Or, providentiellement, le vent souffla si fort contre les armées ennemies que leurs armes de jet se retournent contre eux. Ces conditions climatiques ont permis une victoire totale de Théodose. Ce qui est intéressant, c’est que ce fait, rapporté en détail par Augustin dans La Cité de Dieu, est aussi confirmé par le poète païen Claudien.

David Vincent, doctorant en histoire des religions et anthropologie religieuse à l’École Pratique des Hautes Études.


Aller plus loin :

Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007.


En savoir plus :

  • C. Badel et H. Inglebert, Grand atlas de l’Antiquité romaine, Paris, Autrement, 2019.
  • R. Stark, L’Essor du christianisme. Un sociologue revisite l’histoire du christianisme des premiers siècles(traduction française : P. Malidor), Excelsis, 2013 (œuvre originale publiée en 1996).
Partager cette raison

LES RAISONS DE LA SEMAINE