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Histoires providentielles
n°289

Grenoble (France)

1086

Il doute de la Providence : Dieu lui envoie sept étoiles pour éclairer sa route

Le 1er avril 1132, Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble, meurt. Pourtant, en 1086, écrasé par cette tâche qu’il occupe depuis six ans, et convaincu de sa nullité, il a fui pour se réfugier au monastère de La Chaise-Dieu, où le pape Grégoire VII l’a envoyé chercher, lui intimant l’ordre de reprendre son poste. Hugues a obéi, mais son retour n’a résolu aucune des difficultés qui l’accablent. Pis encore, depuis son ordination sacerdotale, il éprouve des doutes si violents contre la bonté divine et l’action de la Providence en ce monde qu’il est sans cesse tenté de blasphémer et doit se retenir de ne pas le faire. Seul, désemparé, confronté à trop de problèmes, il n’est pas loin de désespérer quand, une nuit, il rêve qu’il marche dans la montagne dauphinoise, escorté de sept étoiles resplendissantes…

© Unsplash, Khamkéo Vilaysing.
© Unsplash, Khamkéo Vilaysing.

Les raisons d'y croire :

  • La vie de saint Hugues de Grenoble a été rédigée, peu après sa mort, par l’un de ses amis et collaborateurs les plus proches, Guigues, second abbé de la Grande Chartreuse et successeur de saint Bruno. Il s’agit donc d’un document de première main, écrit dans le cadre du procès de canonisation de l’évêque, et extrêmement sérieux.
  • Le merveilleux n’y abonde pas, sinon pour évoquer les miracles post mortem qui se produisent sur sa tombe. Que Guigues aborde les doutes et les angoisses métaphysiques d’Hugues prouve qu’il est un biographe honnête et scrupuleux, et qu’il a été son confident, au courant de ses pensées les plus intimes. Il est un témoin très fiable.
  • La canonisation très rapide de l’évêque, deux ans après sa mort, intervient dans un temps de réforme de l’Église – réforme à laquelle Hugues a participé à sa place. Cette volonté de restaurer les mœurs ecclésiastiques et la sainteté de l’Église, en proie à de graves abus et à de nombreux scandales, garantit le sérieux des informations recueillies concernant les faits et gestes du défunt, ainsi que les grâces et prodiges dont il a bénéficié.
  • Hugues est un scrupuleux, persuadé de ne pas être à la hauteur de sa tâche, et d’une profonde honnêteté intellectuelle. S’il a raconté le songe des sept étoiles, c’est qu’il en a été profondément frappé et que celui-ci s’est réalisé, dans la mesure où il lui annonçait symboliquement l’arrivée à Grenoble de Bruno et de ses compagnons. Il n’avait aucune raison de l’inventer.
  • Certes, Hugues connaît Bruno Von Hautenfaust depuis longtemps, puisque celui-ci a jadis été son professeur à l’université de Reims, mais les rapports entre l’étudiant pauvre et cet éminent universitaire ont été à l’époque quasi-inexistants et Bruno, quand il cherche un refuge montagnard où fonder son ordre religieux, a oublié Hugues de Châteauneuf, et ne sait pas qu’il est devenu évêque de Grenoble.
  • C’est donc bien la Providence divine qui ramène l’un vers l’autre le professeur chassé de sa chaire, dégoûté du monde, et son ancien étudiant, en attente d’un soutien spirituel, doutant que Dieu dirige avec amour les événements de ce monde et se préoccupe des difficultés humaines. Leurs retrouvailles sont la solution à leurs malheurs, qu’ils réclamaient tous deux à Dieu.
  • Le rêve d’Hugues est très simple : il marche dans la montagne, vers le lieu-dit « la Chartreuse », où il aime se réfugier pour prier. Le seul aspect déconcertant de ce songe est que l’évêque se voit cheminer de nuit, traçant la route à sept étoiles très brillantes, qu’il guide, mais qui éclairent ses pas dans les ténèbres.
  • Lorsque, le lendemain matin, Bruno, escorté de ses six frères, se présente à sa porte et lui expose ses projets – sa recherche d’un endroit très isolé où fonder un monastère dans la plus grande solitude –, Hugues, en le reconnaissant, ne doute pas un instant que les futurs chartreux soient les étoiles vues en rêve et il les emmène donc à l’endroit désigné par Dieu.
  • La réussite de la fondation cartusienne, en dépit de l’extrême rigueur de la règle voulue par Bruno et du départ définitif de celui-ci pour l’Italie, mais aussi la destruction des premiers bâtiments lors d’une avalanche qui tue plusieurs frères, démontre que l’association d’Hugues et Bruno dans cette œuvre commune était voulue par Dieu.

Synthèse :

À la fin des années 1060, Hugues de Châteauneuf, né en 1053 près de Valence, en Provence, est étudiant à Reims. Bruno Von Hautenfaust, issu d’une grande famille de Cologne, où il est né en 1035, compte parmi ses maîtres. Tout sépare l’étudiant pauvre du noble et riche enseignant, qui ne garde nul souvenir de lui.

Hugues devient chanoine de la cathédrale de Valence, mais il n’est pas ordonné prêtre car il se croit indigne du sacerdoce. Son humilité et son dédain des carrières et bénéfices ecclésiastiques attirent l’attention du légat du pape, Hugues de Die. En ce XIe siècle, Rome veut réformer les mœurs d’un clergé ignare, impie, concubinaire, qui étale publiquement ses bâtards, pratiquant en leur faveur le népotisme, et qui pratique la simonie. Les clercs purs et désintéressés sont rares. Hugues est l’exception. Il est si chaste qu’il n’a jamais regardé une autre femme que sa mère. Méprisant l’argent, sans ambition, pieux et mortifié, il semble exemplaire au légat pontifical, qui en fait son conseiller, désireux de l’élever aux plus hautes fonctions dans l’intérêt de l’Église.

En 1080, l’évêque de Grenoble meurt. Il a ruiné le diocèse, mais rempli ses coffres grâce au trafic des sacrements ! Il faudrait un saint pour réparer les dégâts. Ce sera Hugues de Châteauneuf. Pour ce jeune homme de vingt-sept ans, qui n’a reçu que les ordres mineurs, l’épiscopat est une croix qu’on lui impose. Hugues de Die l’ordonne prêtre, puis l’emmène se faire sacrer évêque à Rome.

Aussitôt, Hugues éprouve de terribles doutes contre la foi, la bonté divine et la Providence, qui le plongent dans la nuit de l’âme et le poussent à blasphémer. Par un effort héroïque, il résiste. Preuve de son indignité ? Le pape, auquel il se confesse, lui affirme que c’est le contraire et que le démon, effrayé, tente de le décourager.

À Grenoble, Hugues prêche, exhorte, reprend, prie, jeûne, se mortifie, se prive au profit des pauvres. En vain. Son diocèse est irréformable. Convaincu de son incapacité, il se réfugie au monastère de La Chaise-Dieu, où Grégoire VII le fait chercher, lui enjoignant de regagner son diocèse. Il obéit, la mort dans l’âme, jusqu’à l’arrivée de Bruno et son installation à la Chartreuse, où il espère le rejoindre, ce que son ancien maître ne lui permettra jamais, le replaçant toujours devant ses devoirs épiscopaux. Hugues ne les fuira plus jamais et mourra en avril 1132, toujours évêque de Grenoble.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

Guigues le Chartreux, Vie de saint Hugues de Grenoble, 1134.


En savoir plus :

  • Albert du Boys, Saint Hugues de Grenoble, 1837.
  • Aurélien Le Coq, Hugues de Châteauneuf, 2015.
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