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Les saints
n°308

Gênes (Italie, Ligurie)

1447 – 1510

Sainte Catherine de Gênes, ou le feu de l’amour de Dieu

Née dans un milieu très favorisé, sainte Catherine de Gênes est une immense mystique chez qui les charismes incroyables dont Dieu la gratifie sont au service d’une charité exceptionnelle en faveur des démunis et des malades, et d’une bienveillance à l’égard de tous, y compris de ses ennemis et de son époux maltraitant. Son être est centré sur l’amour de Dieu, brûlant comme un feu qui consume son cœur. Ce feu l’anime jusqu’à lui faire quitter les honneurs et les plaisirs de ce monde, que son rang social lui mettait à disposition, pour servir Jésus souffrant.

La vision de sainte Catherine de Gênes, tableau de Marco Benefial (1747), palais Barberini à Rome. / © Public domain, via Wikimedia Commons.
La vision de sainte Catherine de Gênes, tableau de Marco Benefial (1747), palais Barberini à Rome. / © Public domain, via Wikimedia Commons.

Les raisons d'y croire :

  • L’humilité, la patience et le courage de Catherine dépassent l’entendement humain : elle préfère subir les affres d’un mariage insupportable plutôt que de faire le moindre mal à son époux tyrannique, elle accepte de reporter à une date inconnue et incertaine son seul projet de vie cloîtrée et supporte sans gémir ni se révolter les doutes, critiques et trahisons de ses sœurs en religion, et ce jusqu’à son dernier jour.
  • Béatifiée en 1675, elle est élevée sur les autels en 1737 : l’Église catholique considère la sainte comme une mystique exceptionnelle, pas seulement pour les multiples phénomènes extraordinaires qui jalonnent sa vie, mais aussi pour la profondeur de son union à Dieu, le mode héroïque sur lequel elle vit les valeurs évangéliques, y compris dans les situations humaines les plus inextricables.
  • Son inédie de vingt-trois ans est amplement connue et maints témoignages l’attestent. Ses contemporains ont été frappés par le fait que sa santé n’a jamais été si bonne qu’au cours de cette période où elle ne se nourrit que du saint sacrement et d’un verre d’eau par jour.
  • Elle ne tire jamais aucun mérite de l’ascèse et des renoncements qu’elle s’impose et qu’elle dissimule comme elle peut : ceux-ci ne lui servent qu’à se soustraire aux vanités humaines, à combattre l’égoïsme – y compris en matière spirituelle –, à oublier tout ce qui n’est pas Dieu et à mettre Jésus au centre de tout.
  • Certains prétendent qu’elle est guidée par un dolorisme insoutenable : c’est faux. Selon elle, l’ascèse ne sert à rien aux yeux de Dieu si elle n’est pas accompagnée d’un combat contre l’orgueil, source de tous les maux. Elle écrit, en faisant écho à la spiritualité monastique la plus ancienne : « Les macérations infligées au corps sont parfaitement inutiles quand elles ne sont pas accompagnées de l’abnégation du moi. »

  • Catherine ne mène pas une vie passive, retranchée des réalités du monde ; elle mène au contraire une action caritative exemplaire dans la « Maison de la Miséricorde » de Gênes et à l’hôpital : chaque jour, elle arpente les rues de la ville, sans rien craindre, prodiguant soins et réconfort aux lépreux et aux personnes atteintes de maux incurables. Elle leur obtient des endroits salubres où ils peuvent se reposer, distribue du linge, de la nourriture, quelques remèdes, sans jamais oublier de prier pour eux et de leur dire de prier davantage.
  • Avec l’aide de Dieu et la force de son exemple, elle réussit à convertir de façon miraculeuse son époux, qui implore son pardon pour sa vie dissipée : ce retournement brutal, total et définitif, était absolument imprévisible eu égard au profil psychologique de Julien Adorno, qui, avant ce fait, n’a jamais fait montre d’une quelconque piété ou bienveillance envers quiconque. Il devient tertiaire franciscain.
  • Ses deux textes majeurs, les Dialogues et le Traité du purgatoire, ne contiennent aucune erreur, déformation ou imprécision théologique et ont toujours été recommandés par les autorités catholiques comme profitables aux fidèles.
  • Elle guérit miraculeusement de la peste, contractée auprès d’une pauvre malade, sans aucun secours humain d’aucune sorte.
  • Son corps est incorrompu, sans aucun traitement de conservation. Il a été retrouvé tel, dix-huit mois après sa mort, au moment où a été organisé son transport de l’église de l’hôpital de Gênes vers un tombeau plus digne. En 1737, il a été mis dans une châsse de verre à l’église Santissima Annunziata di Portoria. En 1960, une commission scientifique mise sur pied par l’archevêché de Gênes a constaté à son tour l’état de totale préservation des tissus.

Synthèse :

Catherine vient au monde en 1447 à Gênes, qui, à l’époque, est une république indépendante. Sa famille appartient à l’élite sociale de la péninsule italienne : son père, Jacques Fieschi, est vice-roi de Naples et la famille compte deux papes, des cardinaux et deux archevêques de Gênes, des magistrats et des militaires de haut rang.

La fillette reçoit une éducation solide, dans tous les domaines. Mais c’est en matière de religion qu’elle excelle, tant dans l’étude de la Bible que dans la pratique. Elle aime prier, assister à la messe et aux différents offices, et voue très tôt une grande dévotion à la Vierge Marie. Ses parents, eux-mêmes pieux, lui transmettent magnifiquement les valeurs de l’Évangile.

Dès l’âge de huit ans, on surprend Catherine en prière, agenouillée devant une image pieuse (elle possède dans sa chambre une représentation d’une pietà) ou une statue. Elle pratique des austérités inhabituelles pour une fille de son âge : elle couche sur une paillasse et improvise un oreiller avec un morceau de bois.

Toutefois, ses pratiques ne l’empêchent jamais de mener la vie normale d’une enfant de son rang social : participation aux réceptions et aux repas organisés par les siens, études, etc. D’ailleurs, elle n’en parle pratiquement à personne et ne se met jamais en avant : cette humilité l’accompagnera jusqu’à son dernier souffle.

À partir de 1460, Catherine, devenue adolescente, affirme de plus en plus sa foi. Sa spiritualité prend un accent nettement christologique : elle se met à méditer sur la Passion du Christ et sent grandir en elle un désir d’abandon à la volonté du Sauveur, en qui elle met toute sa confiance, à un point tel que ses parents sont bien forcés d’admettre que leur fille se met à mépriser mondanités, honneurs, plaisirs et promesses d’avenir dans ce monde. Un jour, elle fait part de son projet de vie : prendre le voile pour aimer et servir Jésus.

Son choix s’arrête sur le couvent génois de Notre-Dame des Grâces, placé sous la règle de saint Augustin. Son confesseur, constatant sa volonté inébranlable, en parle à la supérieure du couvent. Mais Catherine est refusée du fait de son jeune âge. Elle doit prendre patience. Ce qu’elle fait, remettant tout à Dieu.

Son père meurt en 1460 et, de ce fait, elle se retrouve sous la tutelle de son frère aîné, Jacques. À l’époque, Gênes, en proie à la guerre civile, est brusquement occupée par le duc de Milan, ennemi des Fieschi, qui profite des troubles pour conquérir la cité. Finalement, un compromis est trouvé entre les deux cités et, pour fêter cette trêve, Jacques Fieschi donne à Julien Adorno, duc de Milan, la main de sa sœur Catherine.

Le 13 janvier 1463, après avoir vu dans cette union une épreuve divine, Catherine se marie avec Julien. Son projet de vie lui semble remis à une date inconnue, peut-être à jamais…

De surcroît, Julien Adorno est un homme violent qui aime le jeu et la guerre. Il trompe son épouse allégrement.

Celle-ci se retranche dans ses appartements et poursuit de plus belle sa vie de prières, faisant en sorte de dire les offices successifs au long des journées et des nuits. Cette situation dure cinq ans. Les expériences mystiques se multiplient et la sainte se nourrit de moins en moins, sans que sa santé en soit atteinte. Sa foi ne chancelle jamais.

Le 11 juillet 1474, jour de la fête de saint Benoît, elle entre dans l’église consacrée à ce saint, se prosterne à terre devant l’autel, et supplie le patriarche des moines de l’aider.

Le lendemain, elle confie son désarroi à sa sœur Limbania, religieuse à Notre-Dame-des-Grâces, et, sur son conseil, parle au confesseur du couvent.

Leur entretien est décisif. Lorsqu’elle entre chez elle, Catherine s’enferme dans sa chambre et jette ses parures de prix et ses bijoux. En elle, la lumière a jailli.

À peine a-t-elle terminé de se débarrasser de ces biens devenus encombrants et vains que le Christ lui apparaît, ensanglanté, portant sa Croix. « Vois, ma fille, tout ce sang répandu au Calvaire pour l’amour de toi, en expiation de tes fautes », lui dit-il. Catherine, agenouillée, a quitté ce monde en esprit.

Trois jours après, elle fait une confession générale et obtient la permission, exceptionnelle à cette époque, de communier tous les jours. C’est le début d’une longue inédie de vingt-trois ans, période pendant laquelle la sainte ne se nourrit que d’une hostie consacrée quotidienne. Sa seule boisson se résume à un verre d’eau, auquel on ajoute parfois un peu de vinaigre et de sel. Sa santé n’est jamais altérée ; au contraire, elle ne s’est jamais mieux portée que durant ces années de totale abstinence.

Son oraison prend alors une dimension extraordinaire. Catherine prie six à sept heures par jour, plongée dans des ravissements qui peuvent durer des heures. Elle dort aussi de moins en moins, mais ne semble jamais fatiguée.

Pour dire les choses brièvement, l’amour de Dieu gouverne son existence, sur tous les plans.

La charité est le fruit de la prière et, chez Catherine, cette charité est à la mesure de son oraison : totale, sans limites, offerte à tous. Elle est admise dans la Société de la Miséricorde de Gênes, où siègent quatre responsables municipaux entourés de huit dames de charité choisies dans les rangs de la noblesse locale. On y secourt pauvres, malades et orphelins. Catherine n’y ménage pas sa peine et montre l’exemple en parcourant chaque jour les rues de la ville à la recherche des plus démunis. Elle ne le dit pas, mais c’est un combat de chaque jour, car elle a horreur depuis toujours des maladies, et la vue du sang la dégoûte.

La grâce de Dieu et l’exemple de la sainte vont déclencher contre toute attente la conversion de Julien Adorno, qui, repenti de ses erreurs, devient membre d’un tiers ordre franciscain. Il meurt à la fin de 1497.

Son directeur spirituel, conscient de la sainteté de sa dirigée, lui demande d’écrire ce qu’elle vit. Son Traité du Purgatoire et ses Dialogues forment deux maîtres livres en matière de spiritualité et de mystique chrétiennes, où personne n’a décelé la moindre erreur ou imprécision théologique.

Les dix dernières années de Catherine sont pleines de souffrances physiques. C’est une forme d’adieu à ce monde qui ne trouble aucunement sa foi. Elle a des visions répétées d’anges, et la Vierge Marie vient la visiter sur son lit de souffrances.

Le 25 août 1510, elle s’évanouit. Quand elle revient à elle, elle fait ouvrir ses fenêtres pour contempler l’azur du ciel, et trouve la force de chanter le Veni Creator Spiritus. Puis elle tombe en extase en disant : « Allons-nous-en ! Plus de terre ! »

Le 14 septembre, un peu après minuit, on lui demande si elle veut communier. Sachant sa fin imminente, elle montre le ciel du doigt, pour expliquer que le Seigneur l’y attend. C’est alors que les traits de son visage prennent une expression de paix profonde.

Puis elle dit : « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains », et s’éteint, radieuse.

Dix-huit mois seulement après sa mort, le pape Jules II décide d’ouvrir un procès de béatification, qui aboutit en 1675. Elle est proclamée sainte en 1737 par Clément XII.

Son corps, préservé miraculeusement de la corruption naturelle, est conservé dans une châsse en verre, depuis l’année de sa canonisation, à la chapelle supérieure du grand hôpital de Gênes.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

L’Église catholique, dont la prudence en matière de phénomènes mystiques est universellement connue, n’a jamais modéré son amour pour Catherine de Gênes, qui en fut pourtant gratifiée durant sa vie. La raison est simple : le discernement ecclésial et les témoignages de tant de ses contemporains ont fourni les preuves indubitables de sa charité et de son amour des plus faibles – charité qui, chez elle, est tout sauf une activité « accessoire », mais plutôt l’alpha et l’oméga de sa vie de foi, puisque « Dieu est amour ».


Aller plus loin :

Biographie de sainte Catherine de Gênes (1447 – 1510), dans l’Encyclopædia Universalis.


En savoir plus :

 

 

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