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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
La civilisation chrétienne
n°111

Europe

XIe-XXe siècles

La science moderne est née dans la chrétienté

La soi-disant opposition de l’Église à la science est un mythe grotesque qui a été forgé au XIXème siècle. Et ce n’est pas seulement faux, c’est exactement l’inverse : c’est en réalité le christianisme qui a créé la science moderne et il ne pouvait en être autrement, comme l’ont bien montré Pierre Duhem (La Science catholique, en 1906) et Rodney Stark (Le Triomphe de la raison, en 2005). Le christianisme médiéval a fourni un cadre conceptuel, intellectuel et culturel qui a favorisé l’émergence de la science moderne. Dans la logique chrétienne d’un Dieu « logos », c’est-à-dire parole, sens, rationalité, l’Église a promu le réalisme, la recherche en vue de l’explication du monde, la rationalité, la liberté, l’individu, les droits des individus, la foi dans le progrès et la raison, la recherche de l’orthodoxie, tournée vers l’avenir (plutôt que l’orthopraxie, tournée vers le passé), favorisant le développement du commerce, du capitalisme (moines, Venise, Gênes, Florence) mais aussi et surtout du savoir, de l’éducation, de l’école et des grandes universités où étaient rassemblées et développées toutes les connaissances. Jamais le christianisme n’a brûlé les bibliothèques : dans les monastères médiévaux, bien au contraire, les moines et des savants ont préservé et transmis les connaissances antiques, et développé de nouvelles idées. La volonté de bâtir des églises et des cathédrales toujours plus grandioses et de favoriser les arts et la civilisation a stimulé fortement le développement des sciences et des techniques.

© iStock/Getty Images Plus/ChatkarenStudio
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Les raisons d'y croire :

  • L’Europe chrétienne, qui explore la Terre à partir du XVIe siècle (Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492 ; Vasco de Gama atteint l’Inde en 1498 ; Magellan fait le tour du monde en 1522), découvre qu’elle a une immense avance technologique sur le reste du monde, et c’est ce qui va conduire à sa domination globale dans les siècles qui suivent.
  • Dès ce XVIe siècle, l’Europe, qui a construit de monumentales églises et cathédrales romanes puis gothiques, dispose d’inventions que personne d’autre ne détient : moulins à eau, moulins à vent, barrages, production mécanique de papier, attelages de chevaux, harnais, fers, charrue, boussole, lunettes, loupes, cheminées, horloges, chimie, astronomie, techniques agricoles, techniques de tissage, industrie textile, industrie de la fonte (cloches, canons), maîtrise de la poudre, techniques d’architecture, peinture à huile, savoir de navigation, instruments de musique (orgue, violon, clavecin), notation musicale, etc.
  • C’est au Moyen Âge, en Europe encore, que sont créées des universités, à Bologne (1088), Paris (1150), Oxford et Cambridge (XIIe siècle), et beaucoup d’autres encore, chacune avec ses propres spécialités et domaines d’excellence, maintenant ainsi une longue histoire d’excellence académique, ainsi que des contributions importantes à la recherche et à l’éducation supérieure dans le monde.
  • La science moderne prendra son essor à partir de cette base développée dans et par le christianisme et c’est pourquoi, du Moyen Âge au XXe siècle, tous les grands scientifiques qui font progresser la science moderne sont d’origine européenne et judéo-chrétienne.
  • Le martyrologe des savants persécutés par l’Église ne comporte qu’un nom : Galilée, qui fut, en tout et pour tout, condamné à résider chez lui et à réciter les sept psaumes une fois par semaine pendant trois ans, peine dont il confia l’exécution à sa fille religieuse.

Synthèse :

Le mythe d’une opposition de l’Église à la science a été diffusé au XIXe siècle. Deux ouvrages ont contribué à donner lieu à cette interpretation : le livre de John William Draper, History of the Conflict between Religion and Science (1874), et celui d’Andrew Dickson, White A History of the Warfare of Science with Theology in Christendom (1896). Ces livres sont apparus à la suite de la publication de Darwin en 1859 : L’Origine des espèces, et ils ont entretenu l’impression que les critiques religieux du darwinisme menaçaient la science, comme le décrit très bien Stephen Meyer dans le livre Le retour de l’Hypothèse Dieu qui va paraître prochainement aux éditions Guy Tredaniel, dans la nouvelle collection Dieu, la science, les preuves : « la thèse de Draper-White a été couramment utilisée dans les écrits de vulgarisation scientifique par les médias et dans des ouvrages d’histoire des sciences », si bien qu’on s’est mis à croire à l’idée d’une guerre entre la science et la religion.

Mais il faut rectifier cette présentation erronée, comme l’a fait tout un chœur d’historiens, de philosophes et de sociologues des sciences du XXe et XXIe siècles comme Herbert Butterfield, A. C. Crombie, Michael B. Foster, Loren Eiseley, David Lindberg, Owen Gingerich, Reijer Hooykaas, Robert Merton, Pierre Duhem (auteur de « La science catholique » en 1906), Colin Russell, Alfred North Whitehead, Peter Hodgson, Ian Barbour, Christopher Kaiser, Holmes Rolston III, Steve Fuller, Peter Harrison et Rodney Stark (auteur de « Le triomphe de la raison » en 2005), pour n’en nommer que quelques-uns. Tous ces historiens notent que la croyance en un Dieu – et le christianisme en particulier – a joué un rôle décisif dans l’essor de la science moderne.

Il faut noter en particulier le rôle important d’Étienne Tempier, évêque de Paris, qui a condamné en 1277 avec le soutien du pape Jean XXI la « théologie nécessaire» et 219 thèses distinctes influencées par la philosophie grecque sur ce que Dieu pouvait ou ne pouvait pas faire, qui avait limité la science. Avant ce décret, les théologiens et philosophes chrétiens (en particulier ceux de l’influente université de Paris) suivaient les théories cosmologiques, physiques ou biologiques d’Aristote et d’autres qui pensaient que la nature devait se conformer à des principes et des nécessités logiques, apparemment évidents. Par exemple : l’éternité de l’Univers, la perfection du ciel, les orbites forcément circulaires, l’impossibilité de créer un espace vide, d’autres systèmes planétaires ou de nouvelles espèces. La doctrine judéo-chrétienne biblique concernant la création a ainsi aidé à libérer la science occidentale d’une telle pensée « nécessaire » déductive en affirmant la contingence de la nature à la volonté d’un Dieu rationnel.

L’une des figures les plus importantes de la révolution scientifique et le fondateur de la chimie moderne, Robert Boyle, l’avait expliqué ainsi : le travail du «philosophe de la nature » n’est pas de se demander ce que Dieu a dû faire, mais ce que Dieu a réellement fait. Par ailleurs, comme le disait le philosophe britannique Alfred North Whitehead : « Il ne peut y avoir de science vivante sans une conviction instinctive largement répandue dans l’existence d’un ordre des choses. Et, en particulier, d’un Ordre de la Nature. » Ainsi, l’hypothèse qu’un esprit rationnel doté d’un dessein avait créé l’Univers a donné naissance à deux idées, la contingence et l’intelligibilité, qui à leur tour, ont fourni un mouvement fort pour étudier la nature avec confiance, car on était persuadé qu’il était possible de la comprendre. Et c’est avec cette approche double, confiante et empirique, basée sur l’observation du monde réel et sur l’expérimentation (Grosseteste, Bacon), que la science allait véritablement décoller.

Ian Barbour conclut que « la science, sous sa forme moderne » est apparue « dans la seule civilisation occidentale, parmi toutes les cultures du monde », parce que seul l’Occident chrétien avait les « prémisses intellectuelles nécessaires, à l’essor de ladite science » (Ayala, Darwins Revolution, p. 4).

Que reste-t-il alors dans le dossier ? Au XIXe siècle, l’affaire Galilée a été montée en épingle. Certes, dans cet épisode des hommes d’Eglise ont effectivement eu des torts, comme l’a reconnu en l’an 2000 le Pape Jean-Paul II, après avoir fait analyser le dossier de manière très circonstanciée. Mais il est aussi absurde de prétendre en s’appuyant sur ce cas malheureux que l’Eglise s’oppose à la science que de dire qu’elle serait contre la sainteté parce qu’elle a brûlé Jeanne d’Arc … 

Il serait aussi absurde d'affirmer que la République est en guerre contre la science parce que quand Antoine de Lavoisier est arrêté en novembre 1793 et condamné à mort, Jean Baptiste Coffinhal, le président du tribunal révolutionnaire, explique « la République n'a pas besoin de savants ! ». Il s'agit là aussi d'un cas isolé qui n'est pas représentatif.

En réalité, comme le rappelle Frédéric Guillaud dans son dernier livre Et si c’était vrai ?, page 35 :

« Qui examine avec attention l’histoire du procès de Galilée comprendra qu’il s’agit plus d’un conflit entre le Saint-Office, la congrégation de l’Index et le pape Urbain VIII (ami de Galilée) que d’une manifestation d’on ne sait quelle hostilité millénaire de l’Église à l’égard de la science. Dès que les preuves optiques de la rotation de la Terre furent publiées par Bradley – on oublie que Galilée n’en avait pas ! – Benoît XIV donna son imprimatur, en 1748, à une édition complète de Galilée. Puisqu’on en est à lancer des noms, rappelons tout de même que Copernic était chanoine et qu’il dédia son livre au pape Paul III ; que les lois de la génétique ont été découvertes par un moine augustin, Gregor Mendel, et que la théorie du Big Bang a été élaborée par le physicien Georges Lemaître, prêtre belge de son état. Mais il faut aller plus au fond.

Non seulement la foi catholique n’a rien de contraire à la raison, mais il faut relever un fait historique : la science moderne est née dans le monde chrétien, et nulle part ailleurs. Les civilisations raffinées n’ont pourtant pas manqué dans l’histoire : la Grèce antique, Rome, la Chine, l’Inde, les Incas, la Perse islamique – mais aucune n’inventa la science expérimentale. Or, il y a là plus qu’une simple coïncidence. Le christianisme est en effet le seul à affirmer trois choses capitales, qui constituent un cadre particulièrement propice à l’entreprise scientifique :

1. L’Univers physique tout entier a été créé librement par un Dieu doté de « logos ».

2. L’homme a été créé à l’image de Dieu, doté d’une intelligence capable de retrouver dans le réel les traces de l’intelligence divine.

3. Le temporel jouit d’une certaine autonomie à l’égard du spirituel. Dans un tel cadre, il y a un sens à rechercher les lois universelles de fonctionnement de la nature, et l’entreprise consistant à le faire n’est pas empêchée par le pouvoir spirituel, puisqu’elle aboutit à glorifier la sagesse du Créateur.

Il en allait bien différemment dans les autres systèmes du monde.

Pour les hindous et les bouddhistes, le monde n’est qu’une vaste illusion sans consistance, ce qui décourage toute entreprise scientifique ; pour les animistes, il est « plein de dieux » qui expliquent les événements, ce qui empêche toute recherche de lois régulières ; pour les Grecs, il y a une séparation radicale entre le monde sublunaire et le monde supralunaire, ce qui cantonne la science à la réalisation de relevés astronomiques, le monde terrestre étant d’emblée pensé comme trop désordonné pour que les mathématiques puissent s’y appliquer. Enfin, pour l’islam, le monde physique n’est pas conçu comme réglé par des lois, mais comme soumis à chaque instant à la volonté arbitraire d’Allah. À quoi s’ajoute la dévalorisation des activités temporelles. Autant dire que, sans le savoir, les scientifiques les plus anticléricaux ont bénéficié du terreau chrétien ! »

À noter qu’on adjoint parfois Giordano Bruno (1548 – 1600) au cas de Galilée, mais à tort, car ce dernier ne fut pas condamné pour ses quelques travaux scientifiques mais pour athéisme, magie et occultisme. Dieu n’était pour lui que l’esprit de l’univers (panthéisme), et il affirmait la réincarnation et le salut final pour Satan (apocatastase) ; pour lui, Jésus-Christ n’était qu’un mage habile ; il niait la Sainte Trinité, rejetait la bienheureuse Vierge Marie, affirmait que toutes les religions étaient bonnes et se valaient, et pratiquait la magie. Zoolâtre, il prônait aussi, pour cette raison, le végétarisme. Sans bien évidemment légitimer la condamnation au bûcher, qui faisait malheureusement partie des mœurs de l’époque partout dans le monde, on doit insister sur le fait que Giordano Bruno n’est pas du tout un martyr de la science et il n’a pas été condamné pour avoir affirmé « la pluralité des mondes habités ».

Olivier Bonnassies


Au-delà des raisons d'y croire :

La science et ses extraordinaires avancées permettent de s’émerveiller encore davantage et plus que jamais de cet univers fantastique que Dieu a créé.


Aller plus loin :

Le livre de Rodney Stark, Le Triomphe de la raison, Presses de la Renaissance, Paris, 2005.


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