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Conversions d'athées
n°205

Paris

25 décembre 1886

La conversion de Paul Claudel : un grand poète bouleversé pour la vie

Paul Claudel (1868 – 1955), futur poète, dramaturge et ambassadeur de France, vit à la Noël 1886 une conversion fulgurante qui change radicalement sa vie. Comme toutes les véritables conversions, Claudel sait qu’il y a un « avant », marqué par l’indifférence et même l’hostilité envers le spirituel, et un « après », vécu dans une joie et une paix qu’il ignorait jusqu’à ce jour, faisant de sa conversion l’événement qui domine toute sa vie. Cela se passe le 25 décembre 1886, durant la messe de minuit à la cathédrale Notre-Dame.

Intérieur de Notre-Dame de Paris / © Unsplash, Jianxiang Wu.
Intérieur de Notre-Dame de Paris / © Unsplash, Jianxiang Wu.

Les raisons d'y croire :

  • Enfant, Paul Claudel a été élevé dans un milieu de tradition catholique. Mais, en 1886, il ne pratique pas du tout, n’a aucun ami catholique, ne connaît aucun prêtre, n’a jamais fréquenté de mouvement de jeunesse catholique et fait preuve d’une grande ignorance quant au christianisme… Plus encore : il est franchement agnostique, ne connaissant de Jésus que ce qu’en dit Ernest Renan – auteur qu’il goûte à cette époque, et qui lui fournit alors des arguments en faveur de son incroyance.
  • En quelques minutes, il passe d’un agnosticisme affiché (« J’ignorais même qu’il [Jésus] se fut jamais dit Fils de Dieu » et « J’étais alors aussi ignorant de ma religion qu’on peut l’être du bouddhisme ») à une confession chrétienne (« Je l’avouais avec le centurion, lui, Jésus, était le Fils de Dieu. C’est à moi, Paul, entre tous, qu’il s’adressait et promettait son amour… »). La psychologie est incapable de rendre compte de ce phénomène.

  • Après sa conversion, sa vie change concrètement en tous points : il se plonge dans la Bible, dévore des auteurs chrétiens inconnus jusqu’ici, lit Bossuet, Pascal ainsi que les visions de la bienheureuse Anne Catherine Emmerick. Il pratique sa foi (« Je passais tous mes dimanches à Notre-Dame ») et adore la liturgie (« Chaque mouvement du prêtre s’inscrivait profondément dans mon esprit et dans mon cœur. »)

  • La conversion de Claudel est donc non seulement subite et imprévisible, mais également définitive : il restera un fervent catholique jusqu’à son dernier souffle.
  • Bien qu’il n’ait eu aucune vision ni locution, le récit qu’il fait de sa conversion est en tous points analogue à celui d’autres grands convertis (Ratisbonne, Frossard, etc.) : il ne s’agit pas d’une idée, d’un pur raisonnement intellectuel, ni moins encore de la reviviscence d’un passé lointain, mais d’une rencontre extraordinaire avec une personne, Jésus.
  • Les fruits de sa conversion sont extrêmement abondants et variés : il consacre les 4 000 pages de son œuvre littéraire à la fois à Jésus, à Marie, et à la quête spirituelle des hommes. Xavier Tilliette disait de lui qu’il était « le plus grand poète catholique depuis Dante ».

  • Selon ses propres mots, sa conversion est aussi un bouleversement philosophique qui lui permet de s’évader du « bagne matérialiste » dans lequel il évoluait alors avec insouciance : il prend subitement ses distances avec l’athéisme, le naturalisme et le positivisme. Jusqu’au 25 décembre 1886, sa vision du monde est fille de l’épistémologie néokantienne : un enchaînement d’effets et de causes. En quelques secondes, son esprit s’ouvre, contre toute attente et sans sa volonté propre, à la transcendance.

  • Paul Claudel n’a jamais été un homme farceur, et encore moins crédule : il remplit des fonctions diplomatiques de très haut niveau (il est ambassadeur de France à trois reprises), élu à l’Académie française et fait docteur honoris causa de l’université de Laval. Claudel n’a rien d’un illuminé ou d’un déséquilibré : toute sa vie artistique et diplomatique en témoigne.
  • Tout au long de sa carrière littéraire, il a à cœur de convertir les personnes qui l’entourent, notamment nombre d’intellectuels, comme André Suarès ou André Gide.
  • Authentiquement désireux de servir Dieu, il songe à devenir prêtre, et fait même une tentative de vie monastique. Il devient oblat de l’abbaye bénédictine de Ligugé.
  • A priori, Paul Claudel n’avait aucun intérêt à se convertir, à quelque niveau que ce soit : entourage athée, milieu littéraire éloigné de la foi ou carrément positiviste, milieu professionnel marqué du sceau de l’anticléricalisme du début de la IIIe République, etc.

Synthèse :

Paul Claudel naît en 1868 dans le village de Villeneuve-sur-Fère (France, Aisne). Sa famille est bien implantée dans la région et jouit d’une bonne réputation. Les revenus financiers, sans être importants, permettent aux Claudel de vivre très correctement. La fratrie est de tradition catholique, mais ne pratique pas beaucoup. Devenu adolescent, Claudel ne se souviendra guère de son catéchisme et moins encore de l’enseignement de l’Église, faute de l’avoir jamais vraiment connu. Après sa première communion, et surtout après le déménagement de sa famille à Paris, Paul glisse lentement de l’indifférence religieuse à un athéisme affirmé.

Ses années de lycéen à Louis-le-Grand n’arrangent rien. Ses camarades et ses professeurs n’ont d’yeux que pour la science et le matérialisme. Il se passionne pour Aristote, lit Zola, et il est reçu au concours du corps diplomatique de l’École libre des sciences politiques de Paris : sa carrière de diplomate peut commencer. Le jeune homme de dix-huit ans pense comme son époque : les sciences expliqueront bientôt tout. Après sa famille « nettement étrangère aux choses de la foi », la société de pensée dans laquelle le futur académicien évolue avant décembre 1886 se méfie publiquement du clergé.

Le 25 décembre 1886, il se rend à la messe de minuit à la cathédrale Notre-Dame. Il ne recherche rien de particulier : il s’y rend non pour prier, mais pour recevoir un « excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents ». Il s’ennuie et traverse une période de questionnement sur sa vocation diplomatique, car il a commencé à écrire et envisage de consacrer sa vie aux lettres. La cérémonie lui semble longue et il se demande ce qu’il est venu faire là. Debout, « près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie », il compte les minutes le séparant de la fin de l’office. Il tend à peine l’oreille quand les enfants de la maîtrise vocale entonnent le Magnificat ; à cet instant, il ignore complètement cette prière.

Puis, subitement,le temps est suspendu. Son passé, sa vision du monde, ses idées, ses présupposés, sa conception de la vie et de la mort, son matérialisme et ses doutes, tout, absolument tout disparaît en lui, comme un cauchemar au réveil. Jésus vient de convertir son être : « En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi, ni à vrai dire la toucher. »

Paul, à 2 000 ans d’intervalle, vient de vivre ce que vécut l’apôtre saint Thomas. « Un Être nouveau et formidable (...) s’était révélé que je ne savais concilier avec rien de ce qui m’entourait. » Rien n’est en mesure d’expliquer cette conversion dans une perspective scientifique. Psychologie, psychiatrie et psychanalyse ont proposé des pistes, mais aucune d’elles ne rend compte de la puissance et de la portée de ce phénomène : en quelques minutes, Claudel est devenu un des plus grands auteurs chrétiens en devenir alors que rien ni personne ne le destinait à cette existence.

Élu au fauteuil n° 13 de l’Académie française, Paul Claudel achève sa vie avec les honneurs dus à son talent. Jusqu’au bout, il a proclamé sa foi, y compris dans des circonstances difficiles, passant notamment, sous l’Occupation, d’une attitude conciliante envers le maréchal Pétain à un sentiment d’effroi et de révolte qu’il fait publiquement connaître après les premières exactions antisémites, en décembre 1941. Homme de foi, homme de lettres, Paul Claudel est aussi un serviteur de la charité qui, sous sa plume, et dans la parole de l’Église, est l’autre nom de Jésus.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Aucune œuvre littéraire de Claudel ne passe la foi sous silence, et il met son talent d’écrivain au service de Jésus, pensant que l’art est un don de Dieu.


Aller plus loin :

François Angelier, Claudel ou la conversion sauvage, Paris, Salvator, 1998.


En savoir plus :

  • Émile Rideau, « La conversion de Paul Claudel. Notes théologiques », Nouvelle Revue Théologique, n° 4, 1955, p. 359-371.
  • Dominique Millet-Gérard, Paul Claudel et les Pères de l’Église, Paris, Honoré Champion, 2016.
  • Claude Pérez, PaulClaudel : « Je suis le contradictoire ». Biographie, Paris, Le Cerf, 2021.
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