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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Corps conservés des saints
n°357

Europe

951 – 1027

Saint Romuald, ermite et réformateur infatigable

Romuald renonce très tôt à la vie luxueuse et confortable que sa condition d’aristocrate lui promet. Il s’établit dans un monastère bénédictin qu’il quitte au bout de quelque temps, empreint d’un idéal d’érémitisme. Inspiré par les Pères du désert et leur idéal de vie monacale, il finit par fonder son ordre propre, les Camaldules, qui s’inspire de saint Benoît tout en intégrant une dimension érémitique. Il décède dans le plus grand secret, dans sa cellule, le 19 juin 1027. La principale source sur sa vie et sa spiritualité́ est la Vita Romualdi, composée par Pierre Damien vers 1042, à peine quinze ans après la mort de Romuald, notamment à partir des récits de Bruno de Querfurt, un disciple du saint ermite.

Saint Romuald et cinq disciples dans la forêt, Augusto Mussini (1914), église de l'ermitage des camaldules à Camaldoli. / © CC0, wikimedia.
Saint Romuald et cinq disciples dans la forêt, Augusto Mussini (1914), église de l'ermitage des camaldules à Camaldoli. / © CC0, wikimedia.

Les raisons d'y croire :

  • Héritier d’une famille aristocratique de Ravenne, Romuald dispose de tous les biens matériels possibles. Il renonce pourtant à ce monde d’opulence et se tourne définitivement vers le Christ. Son exigence, sa soif d’absolu et son amour du Christ le pousse à devenir ermite, un mode de vie dangereux à l’époque.
  • Alors qu’il a choisi la solitude d’un ermitage, il est sollicité de part et d’autre pour réformer des monastères ou en fonder de nouveaux. Il n’hésite pas à parcourir le continent d’un bout à l’autre ou à revenir à Ravenne lorsque son père, entré dans les ordres, menace de quitter la vie religieuse. Cela montre bien qu’il ne suit pas son propre désir, mais qu’il cherche à le conformer à celui du Christ.
  • Romuald ne peut célébrer une messe sans verser des larmes sincères. Cela montre à quel point cet homme de Dieu est investi du Christ, libéré de l’image qu’il renvoie et empreint d’une grande sensibilité.
  • L’exigence, l’austérité et la sainteté auxquelles Romuald s’efforce de conformer sa vie suscitent admiration et jalousie. Il échappe à deux complots visant sa vie, sûrement protégé par le ciel.
  • Les personnages les plus grands et les plus puissants de l’époque viennent chercher ses conseils et se confier. Beaucoup se convertissent en l’écoutant, allant parfois jusqu’à se dépouiller de leurs biens pour marcher à la suite de ce guide spirituel hors pair.
  • Comme il l’avait prédit vingt ans plus tôt à ses frères, il revient au monastère de Val di Castro pour y mourir dans sa cellule, le 19 juin 1027. Plusieurs miracles ont été rapportés, dans les années qui ont suivi sa mort, par ceux qui ont prié sur sa tombe.
  • Conséquence du culte né spontanément, quinze ans environ après la mort de Romuald, les moines de Val di Castro reçoivent l’autorisation apostolique de construire un autel sur ses reliques. Ils procèdent à une véritable reconnaissance du corps, qu’ils trouvent presque totalement intact, « tel qu’il était lorsqu’ils l’apportèrent pour la première fois au tombeau, sauf qu’un mince mucus duveteux semblait s’être développé sur certains de ses membres » (Vita Romualdi).

  • Dans la nuit du 22 novembre 1466, deux moines de Val di Castro ouvrent par curiosité le tombeau et dévoilent à nouveau aux yeux de tous le corps non corrompu de Romuald, quatre cent trente-neuf ans après sa mort. Les autorités ecclésiastiques et civiles, ainsi que la population alentour, constatent le prodige. L’épisode est rapporté́ par deux sources : la narration contemporaine des faits par Giovanni da Laterino, scribe du prieur général, et la lettre envoyée le 3 décembre 1466 par l’abbé́ Michele de Val di Castro à la communauté́ de Serra San Quirico.
  • L’attention portée aux reliques de Romuald – alors qu’il n’a même pas encore été déclaré saint – soutient leur caractère miraculeux. Elles sont volées le 21 décembre 1481 par deux moines souhaitant les apporter à Ravenne.
  • Dès le lendemain, les voleurs, qui s’étaient arrêtés à Jesi, sont miraculeusement démasqués : dans l’auberge où ils font étape, un grand incendie se déclenche, qui alerte la population. Mais le feu s’éteint dès que l’on pénètre dans leur chambre, sans avoir provoqué́ aucun dégât. Le déroulement des événements est attesté par les comptes-rendus du conseil de la ville de Fabriano (R. Sassi, S. Romualdo e Fabriano).
  • Un des miracles les plus connus de Romuald concerne Lucrezia Tornabuoni, épouse de Piero di Cosimo dei Medici, bienfaiteur de l’ermitage de Camaldoli. Celle-ci est guérie de la peste par l’intercession de Romuald en 1468. La guérison est rapportée dans une lettre de Michele, abbé́ de Val di Castro, à D. Mauro Lapi (13 juin 1468). En remerciement de cette guérison, Piero de Medicis offrit le jour de la fête de Romuald un parement d’or.

Synthèse :

Romuald naît à Ravenne vers l’an 951 dans une riche famille aristocratique. Il grandit dans l’opulence, le confort et la vie légère propres à sa classe. Aux alentours de vingt ans, alors que son père tue son oncle en duel, il est profondément choqué et décide de se ranger à la vie religieuse au monastère bénédictin de Saint-Apollinaire de Classis, où il reste trois ans, menant une vie sévère de pénitence, méditation et prière. Mais il n’y trouve pas son idéal de vie religieuse. L’Église est très controversée à l’époque. On lui attribue toutes sortes d’abus : sa compromission avec le monde politique, le relâchement de la vie religieuse, les mœurs dissolues des prêtres, etc. Cela ne convient pas à Romuald, et beaucoup d’autres choisissent comme lui l’érémitisme, souhaitant retrouver les racines du monachisme oriental, fait d’ascèse et de prière.

À Saint-Apollinaire de Classis, des religieux jaloux de sa conduite complotent contre lui : alerté, il prend la fuite vers la lagune de Venise, où il vit en ermite avec un nommé Marin. À la suite de l’abbé Guarino et du doge de Venise, souhaitant expier sa faute, il se rend avec Marin en Catalogne, à l’abbaye Saint-Michel de Cuxa. Il vit en ermite avec son comparse Marin dans les environs de l’abbaye et y reste dix ans en poursuivant sa formation.

Enrichi de son expérience d’ermite et de ses lectures, il grandit en sainteté et en exigence envers lui-même et les autres. Il décide pourtant de reprendre le chemin de l’Italie, inquiet du désir de son père, qui veut quitter le monastère où il s’était réfugié. Cependant, les habitants du coin, en apprenant la décision de Romuald de retourner sur sa terre natale, décident de le mettre à mort pour récupérer ses reliques, tant cet homme est un modèle de sainteté. Se doutant d’une telle félonie, Romuald se fait passer pour fou et détourne ainsi toutes les intentions des villageois : quel intérêt y aurait-il en effet à récupérer les reliques d’une personne dénuée de raison ?

Il rentre à Ravenne seul et pieds nus pendant que son compagnon Marin et l’abbé Guarino se rendent au Mont-Cassin. Nommé de force par l’empereur Othon III abbé de Saint-Apollinaire de Classis, il renonce un an plus tard, non sans une hostilité des moines à son égard, qui jugent sa discipline beaucoup trop sévère par rapport à la règle de saint Benoît. Il se rend tout d’abord au Mont-Cassin, où il reste quelque temps, avant de se replier dans son ermitage, non loin de Ravenne, où il reçoit la visite des plus grands de ce monde. Après être resté quelque temps en Istrie, Romuald est appelé en Ombrie, en Toscane et dans les Marches afin de fonder des ermitages. Il se rend ensuite en Hongrie à la suite d’un de ses disciples parti évangéliser la région, mais il tombe malade en chemin et est contraint de rebrousser chemin. Sa réputation de vie exemplaire et de sainteté le précède de partout et « en sa présence, les plus puissants seigneurs sentaient fondre leurs entrailles, comme s’ils contemplaient la majesté de Dieu » (saint Pierre Damien).

Romuald arrive en Toscane, à Camaldoli, en 1012, où il rencontre un comte propriétaire d’une maison et d’une forêt. Fasciné par cette figure devenue rare d’ascète vivant pleinement la sequela christi (à la suite du Christ), le comte lui fait cadeau de ses terres et de sa maison. Romuald y fonde un hospice avant de créer un monastère, où il instaure une règle de saint Benoît qu’il modifie quelque peu : les moines troquent l’habit noir contre l’habit blanc et, si leur vie commune allie travail et offices comme les Bénédictins, ils vivent en ermites dans des cellules à deux ou trois kilomètres du monastère. L’ordre des Camaldules est alors fondé et bien des monastères de cet ordre verront le jour du vivant de Romuald, ainsi qu’après sa mort.

Mais l’ambition de Romuald n’a jamais été de fonder un ordre. Il continue donc de parcourir l’Italie et fonde de petits monastères, convaincu que les structures trop grandes empêchent le recueillement et le silence. Malgré la vieillesse, il s’impose durant sept années un silence absolu et une réclusion stricte, dans sa cellule du mont Sitria.

Toute sa vie durant, Romuald a montré une immense bonté à l’égard des nécessiteux et même des animaux, considérant qu’ils méritaient autant que les hommes d’être soignés. Ainsi, il pansait autant les plaies de ses congénères que celles des animaux qu’il recueillait parfois dans sa cellule.

Au début de l’année 1027, Romuald se rend dans son ermitage de Val di Castro, où il meurt dans une petite cellule le 19 juin. Il sera canonisé par Clément VIII en 1595. À sa suite viendra saint Pierre Damien, un disciple de Romuald qui n’aura de cesse de réformer l’Église et sera déclaré docteur de l’Église en 1828.

Son corps resté intact sera transféré plusieurs fois avant de finir son périple en 1481 à Fabriano, dans l’église San Romualdo.

Après bien des revirements, l’ordre des Camaldules existe toujours et un couvent féminin des Camaldules est présent aujourd’hui en France, à La Seyne-sur-Mer.

Camille Mino di Ca, récemment baptisée, s’est convertie à cinquante ans. Passionnée par les récits de conversion et les vies de saints, elle rédige pour Hozana et d’autres supports. Elle pratique l’écriture sous différentes formes, y compris la biographie, le théâtre, la poésie et la chanson.


Au-delà des raisons d'y croire :

Tacente lingua et predicante vita, (avec une langue muette et une vie prêchante) est la devise de saint Romuald. Autrement dit, c’est par la vie exemplaire plutôt que par la parole que nous prêchons.


Aller plus loin :

  • Saint Pierre Damien, Vie de Romuald, 1042.

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