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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les visionnaires
n°21

Agreda, Espagne

1602-1665

Marie d’Agreda retranscrit la vie de la Vierge Marie

Vénérable Marie de Jésus est la mère abbesse d’un couvent de conceptionnistes à Agreda, en Espagne. Elle fait preuve de qualités remarquables de gestionnaire qui permettent au couvent de prospérer. Elle est aussi l’auteur d’une œuvre magistrale de 3000 pages : La Cité mystique de Dieu. Il s’agit d’un récit de la vie de la Vierge Marie, écrit à partir des visions qu’elle a reçues ; il ne contient aucune erreur théologique. 

Maria d'Agreda, XVIIIe siècle, Museo Nacional del Virreinato© D.R. Institut National d'Anthropologíe et d'Histore, México
Maria d'Agreda, XVIIIe siècle, Museo Nacional del Virreinato© D.R. Institut National d'Anthropologíe et d'Histore, México

Les raisons d'y croire :

  • Marie est gratifiée de nombreux et impressionnants charismes : visions, bilocations, lévitations. Dans le contexte de l’Inquisition, elle aurait pu être inquiétée et gravement accusée. Durant l’examen du tribunal, les qualificateurs du Saint-Office et l’inquisiteur général approuvent les réponses données par Marie ainsi que son œuvre.
  • Plusieurs missionnaires du Nouveau-Mexique ont confirmé un phénomène de bilocation de Marie, venue échanger avec eux alors qu’elle se trouvait dans le même temps dans son couvent en Espagne. Ils l’ont reconnue grâce à des images d’elle qui leur sont parvenues dans le cadre de leur mission en Amérique. 
  • Marie est de caractère modeste et ne cherche pas le sensationnel : elle prie pour que cessent les phénomènes mystiques extérieurs qui attirent sur elle trop d’attention. Son livre principal, La Cité mystique de Dieu, n’a pas été écrit par initiative personnelle, mais sur ordre de son confesseur. 
  • La vie de Marie d’Agreda et ses écrits sont bien documentés. Les 614 lettres qu’elle échange avec le roi Philippe IV d’Espagne nourrissent l’étude historique, politique et spirituel de l’âge d’or espagnol.
  • Son corps repose, visible, dans une châsse au couvent des conceptionnistes d’Agreda. Imputrescible, il est anormalement bien conservé.
  • Des papes (Innocent XI, Innocent XII, Benoît XIV, etc.) et de multiples théologiens ont ratifié sa vie et ses écrits dès le XVIIe siècle.

Synthèse :

Maria Fernandez Coronel vient au monde en 1602 dans la province de Soria (Castille-et-León, Espagne), dans une famille très modeste, pieuse et aimante. Plusieurs des siens deviendront eux-mêmes religieux. 

Le 13 janvier 1619, elle est admise dans l’ordre de l’Immaculée Conception, dans le couvent de sa ville natale, en même temps que sa mère et sa sœur. Fondé par sainte Béatrice da Silva en 1484, cet ordre contemplatif emprunte aux Franciscains leur idéal spirituel. Rapidement, Marie fait parler d’elle. Les sœurs du couvent sont témoins de faits inexplicables : extases, lévitations et bilocations.

Parmi ces phénomènes, les bilocations (présence d’une personne simultanément en deux lieux différents) occupent une place particulière. Marie rapporte qu’elle s’est sentie projetée dans un pays étranger et chaud, où l’on parle un dialecte indien qu’elle ignore complètement mais qu’elle comprend tout de même, sans aucun apprentissage ni traducteur. Elle échange avec des religieux inconnus d’elle, vêtus comme des Franciscains. À son « retour » à Agreda, elle décrit ces hommes trait pour trait. Ils sont identifiés comme les missionnaires franciscains au Nouveau-Mexique ! Après sa mort, plusieurs de ces missionnaires la reconnaissent à leur tour grâce à des images pieuses de Marie d’Agreda, reconnue vénérable, parvenues dans leur mission, bien qu’ils ne l’aient plus jamais revue depuis la bilocation. 

Marie est gênée par ces phénomènes surnaturels et demande à Jésus d’en être délivrée. Elle est élue abbesse en 1627 et sera réélue jusqu’à sa mort, à l’exception de trois années (1652 à 1655), à sa demande. Elle reste donc 35 ans à la tête du couvent. Elle jouit de la confiance parfaite de ses religieuses et du clergé. Elle fait preuve d’une gestion irréprochable : les comptes du monastère sont tenus de main de maître, les effectifs des religieuses triplent en à peine cinq ans, l’entretien des bâtiments est remarquable. Un nouveau couvent voit le jour en 1633. 

Informé de sa renommée, Philippe IV d’Espagne lui rend personnellement visite. De cette rencontre naît une amitié. Ils vont échanger 640 lettres sur des sujets très variés (« Le roi [...] passa en ce lieu et entra en notre couvent le 10 de juillet de 1643, et il me donna commandement de lui écrire ; je lui obéis »). L’intégralité de ces documents est parfaitement connue des chercheurs.

Tout cela ne perturbe jamais sa vie spirituelle, mais au contraire, l’intensifie ! Les directeurs spirituels successifs de Marie – deux franciscains, éminents théologiens – tombent d’accord : ses dispositions naturelles n’expliquent en rien la qualité incompréhensible et la profondeur de sa foi et de ses intuitions. Marie de Jésus n’a jamais rien entrepris sans en faire part préalablement à ses confesseurs, à qui elle se livre totalement. Lorsque la Vierge Marie lui demande d’écrire son existence, telle qu’elle lui sera révélée en vision, elle est d’abord assaillie par le doute. Elle décrit : « Une continuelle frayeur que je ne puis exprimer, et qui est causée par l’incertitude où je me trouvais, ne sachant si j’étais dans le bon chemin, si je perdais Son amitié  ou si je jouissais de Sa grâce. » Ce n’est qu’après avoir obtenu l’autorisation de son confesseur qu’elle se lance dans l’aventure pour laquelle rien ne la prédisposait. Et lorsqu’un premier confesseur lui ordonne de faire disparaître son manuscrit, elle lui obéit immédiatement ! Il est ainsi impossible d’admettre que Marie de Jésus eût été orgueilleuse ou narcissique !

La Cité mystique de Dieu, qu’elle reconstitue patiemment sur ordre d’un nouveau confesseur, rassemble ses visions portant sur la vie de la Vierge. Certains ont cru voir dans ce texte de 3000 pages une œuvre littéraire, une fiction ou un pensum. C’est plus que cela. Le manuscrit a suivi un long et édifiant parcours parmi les savants des XVIIe et XVIIIe siècles, avant d’être reconnu exempt de toutes fautes théologiques. Les prérogatives et les fonctions de la Mère de Dieu discutées dans l’œuvre de Marie d’Agreda sont parfaitement en phase avec l’Écriture, en particulier l’Apocalypse de Jean. Les enseignements de Marie d’Agreda, notamment sur l’Immaculée Conception, l’Assomption, la corédemption et la médiation universelle, ont par la suite été confirmés dogmatiquement.

Le jour des obsèques de Marie de Jésus, le gouverneur civil d’Agreda doit utiliser la force publique pour disperser la foule de fidèles venant lui rendre un dernier hommage. La vitesse à laquelle l’Église ouvre son procès de béatification – dès le 21 novembre 1671 – et surtout la rapidité avec laquelle elle la proclame vénérable (décret d’Innocent XI du 2 août 1679), après une enquête d’une rigueur incroyable, sont éloquents.  Son corps est resté incorrompu depuis 1665.    

Dès 1667, le texte est examiné par les membres de la commission diocésaine établie dans le cadre du procès de béatification entrepris quelques mois plus tôt : avis favorable. Une édition princeps, née en 1670, est relue par huit théologiens franciscains : même résultat. En juillet 1686, l’Inquisition espagnole, pourtant très échaudée par l’illuminisme de l’époque et des cas notoires de supercheries inquiétants, l’approuve à son tour, après une analyse de 14 ans ! Innocent XII nomme trois cardinaux pour relire le livre, tandis que les universités de Salamanque et d’Alcalá rendent à leur tour un avis très favorable dans les dernières années du XVIIe siècle. Au siècle suivant, le pape Benoît XIV témoigne à son tour d’un soutien sans faille.  

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Les révélations privées ne sont pas une alternative à l’Évangile. La position de l’Église catholique à ce sujet est rappelée dans les articles 66, 67 et 514 du Catéchisme de l’Église Catholique (1992) :   

« Au fil des siècles il y a eu des révélations dites "privées", dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas "d’améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. [...] Toute la vie du Christ est un mystère et […] beaucoup de choses qui intéressent la curiosité humaine au sujet de Jésus ne figurent pas dans les Évangiles » (voir Jn 20, 30 et Jn 21, 25).


Aller plus loin :

François-Géraud de Cambolas, Maria d’Agreda et la Cité mystique de Dieu, Paris, France Empire Éditions, 2003.


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