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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Reliques
n°101

France

XIIIe siècle

Saint Louis et les attributs de la Passion

Le roi de France Louis IX, que l’on fête le 25 août sous le nom de Saint Louis, a acquis au fil des ans plusieurs reliques insignes de la Passion du Christ auprès de l’empereur latin de Constantinople Baudouin de Courtenay. Celui que le moine anglais Mathieu Paris appelait « le roi des rois de la terre » bâtit pour les accueillir le splendide édifice de la Sainte-Chapelle sur l’île de la Cité à Paris. C’est Notre-Dame de Paris qui conserve aujourd’hui la couronne d’épines, le morceau de la croix et un clou.

Louis IX recevant les Saintes Reliques, Chroniques de Saint-Denis, vers 1332-1350; / © CC0/wikimedia
Louis IX recevant les Saintes Reliques, Chroniques de Saint-Denis, vers 1332-1350; / © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Saint Jean l’évangéliste, qui est un témoin direct de la Passion, atteste l’existence de la couronne d’épines : « Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d’épines qu’ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre » (Jn 19,1-2) ainsi que de la crucifixion de Jésus.
  • Les instruments de la crucifixion sont vénérés en Orient par les chrétiens depuis au moins le IVe siècle.
  • Les localisations des reliques de la Passion du Christ ont été soigneusement consignées à travers l’Histoire. Par exemple, saint Paulin de Nole mentionne la couronne d’épines en 409 parmi les reliques sacrées de la basilique du mont Sion à Jérusalem. En 570, la couronne d’épines y est encore car Antoine le Martyr, en pèlerinage, la trouve exposée à la vénération des fidèles dans cette même basilique.
  • Louis IX n’aurait pas engagé la moitié du trésor annuel du Royaume de France pour racheter la couronne d’épines en 1238 s’il y avait un doute quant à son authenticité. Il en va de même pour les autres reliques de la Passion.
  • Ces objets de vénération chers aux chrétiens du monde entier ont miraculeusement survécu à l’incendie qui a ravagé l’édifice parisien le 15 avril 2019.

Synthèse :

La vénération des instruments de la Passion, comme reliques éminentes du Christ, remonte très loin dans l’histoire. Dès les premiers siècles, les chrétiens d’Orient les exposent pour les fidèles, notamment dans la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem. On parle alors de la Sainte Couronne, mais aussi des Saints Clous, de la Sainte Lance, de la Sainte Éponge, du Saint Sang, de la Sainte Pierre, etc.

Mais entre les VIIe et Xe siècles, à cause des périls perses puis arabes, ces reliques sont progressivement transférées à Constantinople, à l’abri des pillages. Là, à Constantinople, les empereurs les conservent précieusement, d’abord aux Blachernes, puis à l’église du Phare. Le détournement de la quatrième croisade et le sac de la ville font disparaître certaines reliques, que l’on retrouvera plus tard en Occident. C’est le cas notamment du linceul de Turin. Néanmoins, les nouveaux empereurs latins de Constantinople détiennent encore de nombreuses reliques. Acculés et leur trésor vide, ils sont dans la nécessité de les gager auprès de prêteurs génois ou florentins.

C’est ainsi qu’en 1238, Baudouin II de Courtenay, l’empereur latin de Byzance, vend la couronne d’épines à Louis IX, qui y engage la moitié du trésor annuel du Royaume de France. Aussi pieux que sa mère Blanche de Castille, le saint roi se réjouit d’accueillir de tels objets, d’autant qu’il est en train de devenir, entre le pape et l’empereur germanique, qui se déchirent, le nouvel arbitre de la chrétienté. Le 19 août 1239, après de multiples péripéties, les reliques arrivent en procession à Paris. Le roi délaisse ses atours royaux, endosse une simple tunique et, pieds nus, porte lui-même la couronne d’épines jusqu’à Notre-Dame de Paris. Il fait édifier un reliquaire monumental pour conserver les reliques : la Sainte-Chapelle.

Les besoins d’argent de l’empereur Baudouin s’accroissant, Louis lui rachète plus tard à grands frais d’autres reliques de la Passion : en 1241, il acquiert une partie importante de la Vraie Croix, la Sainte Éponge et le fer de la Sainte Lance, pour 135 000 livres, constituant ce qu’on appelait la « Sainte Collection ».

Depuis, et notamment à cause de la Révolution française, certaines de ces reliques ont disparu. Aujourd’hui, demeurent encore dans le trésor de Notre-Dame, la couronne d’épines, un fragment du bois de la Croix et un clou. Le site Internet de Notre-Dame de Paris présente ainsi les trois reliques :

« La couronne d’épines est la plus précieuse et la plus vénérée des reliques conservées à Notre-Dame. Selon le vœu de Saint Louis, elle n’était montrée aux fidèles qu’à Pâques […]. Cette couronne est constituée d’un cercle de joncs de 21 cm retenus par des fils d’or. Les épines sont dispersées au cours des siècles à travers divers dons. Soixante-dix épines sont répertoriées comme issues de cette couronne. Depuis 1896, un tube de cristal et d’or protège la couronne. […]

Le fragment du bois de la Croix provient du trésor de la Sainte-Chapelle. Prélevé lors de la destruction du reliquaire à la Révolution, un membre de la Commission temporaire des arts sauve le bois et le remet à l’archevêque de Paris, en 1805. Conservé dans un écrin de cristal, ce fragment mesure 24 cm. Il présente à son extrémité une mortaise destinée à son encastrement. Cet élément correspondrait à l’une des traverses de la Croix.

Le clou, mesurant 9 cm, provient, lui, du trésor du Saint-Sépulcre. Le patriarche de Jérusalem le remet, avec d’autres reliques de la crucifixion, à l’empereur Charlemagne en 799. C’est à Aix-la-Chapelle que le roi Charles II l’enlève pour l’offrir à l’abbaye de Saint-Denis. À la Révolution française, un membre de la Commission temporaire des arts sauve ce clou, avec le fragment de bois. Il est conservé dans un reliquaire en forme de clou, simple tube de cristal orné d’une tête et d’une pointe en argent doré. »

Jacques de Guillebon est essayiste et journaliste. Il collabore notamment à la revue catholique La Nef.


Au-delà des raisons d'y croire :

La Sainte-Chapelle, si elle demeure l’un des plus beaux édifices du monde, est aujourd’hui vide de reliques. Cependant, la France, grâce à Saint Louis, peut se targuer d’être toujours le pays qui possède les reliques les plus nombreuses et les plus précieuses de la Passion du Christ.


Aller plus loin :

Jannic Durand, Le trésor de la Sainte-Chapelle, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 2001.


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