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n°605

Carthagène et Séville (Espagne actuelle)

Vers 560/570 – 636

L’intelligence d’Isidore de Séville au service de la foi

Issu d’une famille célèbre dans l’Espagne wisigothique du début du VIIe siècle, Isidore de Séville est un phare spirituel aussi bien qu’intellectuel. Ses qualités d’évêque sont restées dans toutes les mémoires : justice et charité lui servent de références pastorales. Grâce à son extraordinaire érudition et à son immense culture théologique et scientifique, il transmet à l’Europe entière l’ensemble de la culture de l’Antiquité, oubliée depuis la chute de l’Empire romain d’Occident. Il retourne à Dieu le 4 avril 636, laissant de nombreux travaux dont la qualité est unanimement reconnue et qui lui valent d’être surnommé au XIXe siècle par Montalembert le « dernier maître de l’ancien monde ». En 1722, saint Isidore a été élevé au grade de docteur de l’Église par le pape Innocent XIII.

Statue d’Isidore de Séville à Madrid / © Shutterstock/Renata Sedmakova
Statue d’Isidore de Séville à Madrid / © Shutterstock/Renata Sedmakova

Les raisons d'y croire :

  • Son œuvre Étymologies est une vaste encyclopédie (20 livres et 448 chapitres) de tout le savoir antique : physique, médecine, littérature, droit, mathématiques, musique, agriculture, astronomie, langues, dialectique… L’érudition personnelle d’Isidore est extraordinaire et ne s’arrête absolument pas aux auteurs chrétiens ; on le constate aisément dans sa production littéraire propre. Ses convictions religieuses sont éclairées par cet immense savoir et Isidore s’engage pleinement dans la défense de la foi catholique.
  • Isidore a le souci permanent d'apprendre, autant que d'instruire. Sous son gouvernement, le clergé de Séville est de mieux en mieux formé, non seulement en théologie et en philosophie, mais également dans les disciplines scientifiques et artistiques. Il a la conviction que cette instruction permet une meilleure compréhension des Écritures et mène au Christ.
  • Sous sa plume, l’arianisme de son temps ne résiste pas à l’analyse. La façon dont il sort vainqueur de cette hérésie qui nie la divinité de Jésus force le respect. Isidore permet la conversion des Wisigoths et leur union avec les Hispano-Romains sous la bannière de la foi catholique.
  • En 633, lors du concile de Tolède, que préside saint Isidore, la politique de conversion forcée des juifs est définitivement abandonnée. En effet, s’agissant de la vraie religion, nul besoin de force pour que les cœurs reconnaissent la vérité et se convertissent. L’ouvrage d’Isidore, De fide catholica contra Judeos, n’est pas un traité contre les Juifs, mais un traité de théologie visant à montrer la vérité de l’Évangile.
  • Les écrits théologiques d’Isidore, d’une profondeur remarquable, offrent une réflexion éclairante sur des sujets tels que la Trinité, l’Incarnation et la nature de l’Église. Son œuvre est saluée comme un trésor de la doctrine catholique. Il est l’un des docteurs de l’Église, « Doctor egregius » (« Docteur éminent »).
  • Dans les Sentences, Isidore aborde la question des miracles, distinguant, près d’un demi-millénaire avant la perspective catholique contemporaine, les miracles (en tant que signes de la vérité de la Révélation) des œuvres divines qui soutiennent la foi des hommes.

Synthèse :

En 600, Isidore succède à son frère Léandre sur le siège épiscopal de Séville (Andalousie, Espagne). Quelques années auparavant, les Wisigoths, auparavant ariens, majoritaires dans le pays, se sont convertis à la foi catholique. Leur roi Récarède a lui-même montré l’exemple. C’est dans ce contexte particulier que saint Isidore réalise un épiscopat exemplaire.

Issu d’une famille hispano-romaine connue, frère de saint Léandre (il a également une sœur nommée Florentine et un autre frère, Fulgence), qui fut lui aussi évêque de Séville, Isidore est un puits de science doublé d’un pasteur charitable et efficace.

Sa jeunesse est marquée par l’influence positive que son frère Léandre, alors abbé du seul monastère de Séville, exerce sur lui à la mort de leur père. Son éducation, tant intellectuelle que spirituelle et physique, est très soignée. Le garçon est initié aux langues étrangères, aux arts, à la rhétorique et aux sciences. Devenu tuteur de son jeune frère, Léandre monte sur le trône épiscopal de la Bétique (approximativement l’actuelle Andalousie) en 576 et réussit à convertir le roi Récarède Ier à la foi catholique – le roi wisigoth était auparavant arien. Saint Léandre meurt en 601. À cette date, Isidore, que le clergé sévillan désigne comme le successeur de son défunt frère, est élu évêque de la ville.

Commence alors un long épiscopat au cours duquel Isidore mène parallèlement trois projets extraordinaires : achever l’évangélisation des Wisigoths, entretenir de bonnes relations avec les juifs d’Espagne en leur montrant la vérité de l’Évangile, et écrire une œuvre visant à compiler et à synthétiser toutes les connaissances accumulées par la Grèce et Rome depuis près d’un millénaire. Bourreau de travail et grand priant, il va mener à terme ces trois « chantiers ».

Son Histoire des Goths relate la conversion de ces derniers au catholicisme, ce qu’il considère comme un fait providentiel. La documentation qu’il utilise et la précision de ses développements font d’Isidore bien plus qu’un chroniqueur.

Contrairement à ce qui a été prétendu par certains, Isidore n’a pas participé à la politique de conversion forcée des juifs de Séville. Des mesures à leur encontre avaient été prises bien avant qu’il soit évêque : c’est Sisebut, roi de 612 à 621, qui les renforça. Au contraire, Isidore s’oppose aux menaces visant la communauté israélite. Le sort des juifs s’améliore nettement à partir du règne du roi Swinthila (621-631), et les juifs exilés en Gaule regagnent petit à petit l’Andalousie. Les conversions forcées sont définitivement interdites au quatrième concile de Tolède, que préside Isidore en personne.

La cité andalouse devient sous son épiscopat un haut lieu culturel, où l’héritage de l’Antiquité grecque et romaineest magnifiquement mis en valeur et conservé. Après avoir renforcé la place de la bibliothèque de Séville comme haut lieu de savoir, il écrit une œuvre monumentale qui explore d’innombrables champs de la connaissance : philosophie, théologie, sciences naturelles, médecine, grammaire, littérature, astronomie, etc. D’emblée, ses contemporains puis les générations suivantes le comparent aux Pères de l’Église les plus prestigieux, comme Tertullien, saint Hilaire de Poitiers ou saint Ambroise... Son chef-d’œuvre, Étymologies, divisé en 20 livres répartis en 448 chapitres, veut restituer toutes les branches du savoir de l’Antiquité à travers l’étude étymologique de milliers de noms communs et de noms propres. Grâce à lui, le large savoir que cette encyclopédie renferme devient aisément communicable : l’œuvre est rééditée plus d’une dizaine de fois rien qu’entre 1470 et 1530. Aux côtés du Physiologus, qui date du IIe siècle de notre ère, le livre XI d’Étymologies, De homine et portentis (L’Homme et les monstres), servira de référence incontournable au bestiaire du Moyen Âge, jusqu’à la Renaissance.

En 633, au quatrième concile de Tolède, il propose une théorie de la royauté catholique particulièrement instructive : à ses yeux, le roi doit être avant tout serviteur du Seigneur. Pour cela, il doit rendre compte de ses actes devant Dieu et devant les évêques, garants de la Tradition par leur nature de successeurs des apôtres. Si les souverains ne font pas preuve de bonté et de justice, le peuple de Dieu peut légitimement les renverser.

Le « dernier maître de l’ancien monde » (Charles de Montalembert) meurt le 4 avril 636. Dès le huitième concile de Tolède, dix-sept ans plus tard, l’Église catholique en fait le Doctor egregius (Docteur éminent). En 1063, Abbad II Abû Amr, sultan musulman du royaume de Séville, impressionné par la réputation du saint catholique, autorise le transfert des cendres d’Isidore dans l’église San Juan de Léon, qui devient alors l’église San Isidoro. Ce sanctuaire est inauguré par l’empereur Ferdinand de Castille. C’est en 1722 qu’il est élevé au rang suprême de docteur de l’Église.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au-delà des raisons d'y croire :

En écrivant une œuvre encyclopédique, Isidore de Séville a su compiler le savoir de plusieurs siècles et il a donné à celle-ci une structure proche du concept de la base de données, utilisé en informatique de nos jours. Son œuvre constitue un pont culturel entre l’Antiquité et le Moyen Âge. C’est pourquoi l’Église a fait de lui le saint patron des informaticiens, d'Internet et des internautes.


Aller plus loin :

Pierre Cazier, Isidore de Séville et la naissance de l’Espagne catholique, collection « Théologie historique » (no°96), Paris, Beauchesne, 1994.


En savoir plus :

  • Isidore de Séville, Opera omnia, éd. F. Arévalo, dans abbé Migne, Patrologiae cursus completus, t. 83 et 84, Rome, 1797-1803.
  • Le livre 15 de Étymologies peut être consulté en ligne : « Les constructions et les terres ».
  • Jacques Fontaine, Isidore de Séville. Traité de la Nature, suivi de l’Épître en vers du roi Sisebut à Isidore, Paris, Féret et fils, 1960.
  • Jacques Fontaine, Isidore de Séville, Turnhout, Brépols, collection « Témoins de notre histoire », 2001.
  • Le 18 juin 2008, Benoît XVI a consacré la catéchèse de l'audience générale à Isidore de Séville : « L'enseignement de saint Isidore de Séville sur les relations entre vie active et vie contemplative ».
  • Pierre Cazier, « Isidore de Séville (saint), vers 560-636 », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 386-387.
  • Roger Collins, Early Medieval Spain, New York, Saint Martin’s Press, 1995.
  • Lee Eden Bradford, « Isidore of Seville », dans Christopher Kleinhenz (et alii), Medieval Italy: An Encyclopedia, Taylor and Francis, 2004.
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