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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Histoires providentielles
n°328

Vilnius (Lituanie)

XIXe siècle

André Bobola prédit la renaissance de la Pologne

En 1819, le tsar Alexandre Ier, inquiet de l’agitation patriotique de la Pologne, partagée entre l’Autriche et l’Empire russe, demande à sa police d’exercer un contrôle étroit sur les intellectuels soupçonnés d’entretenir les sentiments nationalistes du pays. Parmi eux, une partie du clergé catholique maintient – outre l’attachement à la foi de Rome – les coutumes ancestrales, l’usage de la langue polonaise et la transmission de la littérature, interdisant ainsi toute fusion des populations dans le modèle russe orthodoxe. Les prêtres jugés les plus influents, donc les plus dangereux, sont internés. Parmi eux, un jésuite très connu, le père Korzeniecki, est assigné à résidence dans la maison de son ordre, à Vilnius. Après quelques mois d’emprisonnement, démoralisé, il a l’idée de prier le père polonais André Bobola, martyrisé par les Cosaques ukrainiens le 16 mai 1657. Soudain, il entend distinctement la voix du père Bobola lui dire d’ouvrir sa fenêtre pour regarder « un spectacle comme il n’en a jamais vu ».

L'église Saint-André-Bobola, Bydgoszcz (Pologne) / © Shutterstock, kavalenkau.
L'église Saint-André-Bobola, Bydgoszcz (Pologne) / © Shutterstock, kavalenkau.

Les raisons d'y croire :

  • Le père Korzeniecki a raconté dans le détail, sur le moment, sa vision et la prophétie qui l’accompagne ; on en trouve une version publiée en 1854 dans la Civiltà cattolica, revue romaine fort sérieuse. Abondamment diffusée dans les milieux nationalistes polonais, elle est très connue et son authenticité n’a jamais été mise en doute.
  • Quand le jésuite ouvre la fenêtre et regarde au-dehors, à la place du cloître de son couvent, il voit une vaste plaine sur laquelle d’innombrables armées se livrent une bataille titanesque avec des armements inconnus et terrifiants. Les combattants portent des uniformes qui, avec leurs teintes ternes, lui sont également inconnus. Cependant, aux drapeaux déployés sur le champ de bataille, il identifie des troupes russes, autrichiennes, prussiennes, françaises, britanniques et turques. S’y mêlent des étendards qu’il n’a jamais vus. Il ne comprend pas comment des nations aussi diverses peuvent s’affronter ainsi avec une telle violence. Il faudra attendre la Première Guerre mondiale pour que la vision prenne du sens et que l’on reconnaisse les uniformes adoptés à partir de 1915, qui ne ressembleront plus à ceux du passé, qui faisaient de trop bonnes cibles et entraînaient trop de pertes.
  • Interloqué, le jésuite ne sait comment interpréter cette effroyable tuerie. Le père Bobola lui dit alors : « Quand la paix succédera à la guerre que vous voyez, la Pologne sera rétablie. » Ce sera effectivement le cas en 1919, cent ans après la vision. Au cours de ces cent années, malgré bien des drames, les Polonais vont se répéter cette prophétie et croire à sa réalisation, en quoi ils auront raison.

  • Pour convaincre le père Korzeniecki, qui craint d’être victime d’une illusion, André Bobola pose sa main droite sur la table qui se trouve dans la cellule et qui en conserve l’empreinte comme preuve de la véracité de l’événement.
  • Ce n’est pas la première fois qu’en des circonstances tragiques pour la Pologne, le père Bobola se manifeste depuis l’autre monde. Déjà, le 19 avril 1702, alors que la ville de Pinsk, en Lituanie, est menacée par une attaque de Cosaques, que chacun savait impitoyables envers les catholiques, le directeur du collège jésuite, demandant dans ses prières quel saint serait capable de protéger l’établissement, s’entend répondre : « Vous cherchez un protecteur puissant auprès de Dieu ? Pourquoi ne vous adressez-vous pas à moi ? Je suis le père André Bobola, mis à mort par les Cosaques en haine de la foi. Cherchez mon corps et je protégerai le collège. »

  • Le supérieur fait diligenter des fouilles dans l’église, mais elles ne donnent rien pendant deux jours. Le père Bobola se manifeste alors une seconde fois et indique reposer dans un caveau oublié, à la droite du grand autel. Ayant creusé à l’endroit indiqué, l’on découvre une sépulture abritant des cadavres décomposés et un autre, exempt de toute corruption, dont les ornements liturgiques sont pourris et tombent en poussière : celui d’André Bobola.
  • Les témoins constatent que, conformément à ce qui se dit des conditions du martyre, long et atroce, du père André, le corps est couvert de blessures horribles et de mutilations diverses, qui rendent encore plus impossible son état de conservation parfait.
  • À la stupeur générale, lorsque l’on déplace le corps, les blessures se remettent à saigner ; il en sort du sang rouge et frais, en même temps qu’un parfum exquis dont l’église est embaumée. Comme promis par le martyr, la ville échappe aux Cosaques.
  • Bien des années plus tard, lorsque les Soviétiques s’emparent de la région, l’une de leurs premières préoccupations est d’enlever le corps de saint André Bobola, canonisé en 1938 et déclaré patron de la Pologne – preuve qu’il les dérange, tant pour sa protection sur sa patrie que pour le miracle qu’il incarne et qui gêne le régime athée. Transportée à Moscou, la dépouille est exposée plusieurs années dans un musée destiné à moquer les croyances chrétiennes.
  • Preuve de l’intérêt de l’Église, le Vatican entreprend des négociations pour récupérer les reliques. Il finit par les obtenir et les fait transporter à Varsovie. Pie XII n’en aurait pas tant fait si les miracles attribués à André Bobola étaient faux.

Synthèse :

André Bobola naît le 30 septembre 1591 dans une famille de la noblesse, près de Sandomir (Pologne). Élevé chez les Jésuites, il décide d’entrer dans la Compagnie, y est ordonné prêtre en 1622 et prononce ses vœux solennels en 1630.

Après avoir été pendant quelques années supérieur de la maison de l’ordre à Bobruisk, il renonce à ses fonctions en 1636, préférant prêcher sur les routes de Lituanie pour tenter de ramener au catholicisme les populations orthodoxes, s’attirant la haine du clergé de rite grec, qui le surnomme « le voleur d’âmes ».

Pendant vingt et un ans, Bobola endure d’incessantes vexations, surtout de la part des enfants qui l’insultent et le couvrent d’ordures, mais qu’il ramène par sa douceur et sa bonté. Il devient l’homme à abattre tant pour les Russes que pour les Cosaques ukrainiens et les derniers Tatars musulmans de la région. Il risque sa vie mais ne renonce pas. En 1656, le très catholique prince Radziwill l’appelle dans son fief de Pinsk (actuelle Biélorussie) afin de conforter la minorité fidèle à Rome dans sa foi. Bobola part avec la certitude d’aller au martyre.

Le 15 mai 1657, il est enlevé par un groupe de Cosaques du Dniepr, qui l’attachent à la queue d’un cheval et le traînent jusqu’à la ville de Janow. C’est le début d’un effroyable calvaire. Pendant vingt-quatre heures, les Cosaques et la population vont s’acharner sur le jésuite : on lui crève un œil, on lui coupe le nez, les lèvres et la langue pour lui interdire de proclamer la foi catholique, on lui brise les dents. Les derniers mots audibles de Bobola seront : « Père, que votre volonté soit faite. » Comme si cela ne suffisait pas, on le scalpe pour raviver sa tonsure, on l’écorche vif pour lui tailler une chasuble avec sa propre peau, on lui enfonce des roseaux sous les ongles, puis on l’abandonne agonisant sur le tas de fumier devant l’abattoir de la ville où, après des heures de souffrance, il est achevé par un ataman pris de pitié.

À peine a-t-il rendu l’âme qu’une lumière miraculeuse brille au-dessus de la ville, signe de martyre et de sainteté pour les orthodoxes. Saisis de panique, les Ukrainiens s’en vont, abandonnant le corps que les hommes de Radziwill récupèrent le lendemain et rapportent à Pinsk pour lui donner une sépulture au collège des jésuites.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

R.P. Pierre Olivaint, Notice sur le bienheureux André Bobola de la Compagnie de Jésus, Paris, 1864. Le texte est d’autant plus émouvant que son auteur mourra en mai 1871, lui aussi martyr, victime des communards.


En savoir plus :

  • Hugues Brylard, La Vie et la mort héroïque de saint André Bobola, jésuite polonais, Spes, 1938.
  • Sur le site Internet Jesuits, l’article « Saint Andrew Bobola » (en anglais), et sur le site Internet Jésuites d’Europe Occidentale Francophone, une notice biographique augmentée.
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