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La Bible
n°118

Palestine

1er siècle

Le critère de dissimilarité renforce la fiabilité des Évangiles

Vous avez sûrement déjà entendu certains affirmer : « Les évangélistes nous rapportent des versions différentes des mêmes événements ; c’est la preuve qu’ils se contredisent et qu’on ne peut pas leur faire confiance ! » Voilà une objection qu’on lit souvent sur Internet, mais il faut savoir qu’elle n’est pas prise au sérieux chez les universitaires. En effet, parmi les critères d’historicité, les spécialistes du Nouveau Testament utilisent – entre autres – le critère de dissimilarité entre les récits pour attester la fiabilité des textes évangéliques.

Détail de La découverte du tombeau vide de Fra Angelico, 1437-1446, musée San Marco, Florence /  © CC0/wikimedia
Détail de La découverte du tombeau vide de Fra Angelico, 1437-1446, musée San Marco, Florence / © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Le critère de dissimilarité affirme la chose suivante : si divers témoignages d’un même événement s’accordent sur les éléments principaux et divergent sur des éléments secondaires, alors l’événement en question est probablement historiquement vrai (au moins dans les grandes lignes).
  • En effet, lorsque quelqu’un fabrique une histoire de toutes pièces, il évite en général de relater des discours en apparence contradictoires. Au contraire, il prend soin – pour paraître crédible – de s’assurer que les différents témoignages sont identiques.
  • Ce principe rationnel est utilisé dans beaucoup d’autres domaines de la vie quotidienne : les enquêteurs de police et les juges en font usage lorsqu’ils écoutent ce qu’ont à dire les différents témoins d’un même événement. Si tous les témoignages sont absolument identiques en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. Au contraire, le fait que les témoins présentent des versions légèrement différentes du même fait atteste de l’indépendance et de la sincérité de la version de chacun. Les témoins en question ne se sont pas concertés pour inventer un récit parfaitement harmonieux.
  • Appliqué aux Évangiles, ce critère de dissimilarité permet de renforcer l’historicité de nombreux passages que certains sceptiques accusent d’être contradictoires. En réalité, le fait que les évangélistes n’aient pas voulu cacher ces « contradictions apparentes » montre bien qu’ils étaient honnêtes dans ce qu’ils rapportaient, et que leur témoignage est historiquement crédible.

Synthèse :

Le fait que les textes évangéliques rapportent différentes versions d’un même événement ne suffit pas pour que les historiens du Nouveau Testament les accusent d’être contradictoires et historiquement erronés. En effet, avoir des témoignages différents n’implique pas nécessairement de contradiction, mais une complémentarité d’informations qui racontent globalement un même fait sous différents angles.

L’accusation à outrance de contradictions, qu’on lit souvent sur Internet, n’impressionne donc pas beaucoup les historiens en ce qui concerne la fiabilité générale du texte. Réfléchissez-y. Il serait tout de même étrange que les quatre récits des Évangiles racontent exactement la même version au détail près. Les enquêteurs de police le savent très bien : si les témoins interrogés livrent rigoureusement le même récit en tous points, il y a une suspicion évidente de complot. En effet, il serait tout à fait suspect de retrouver quatre témoignages absolument identiques, sans omettre aucun détail secondaire. Au contraire, les enquêteurs attendent que les versions données par les individus soient globalement concordantes, car ils savent bien que, lorsque les gens rapportent des témoignages véridiques, il est fréquent qu’ils divergent beaucoup sur les détails secondaires. Cela ne remet pas en cause leur fiabilité générale, maismontre que chacun donne une perspective différente du même événement.

Prenons l’exemple préféré des sceptiques : la divergence sur les femmes qui découvrent le tombeau vide. Lesquelles sont présentes ? La liste varie quelque peu : selon l’Évangile de Marc, il s’agit de Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé. L’Évangile de Matthieu ne rapporte que Marie de Magdala et « l’autre Marie », sans mentionner Salomé. L’Évangile de Luc, lui, se contente de parler d’un « groupe de femmes ». Enfin, l’Évangile de Jean mentionne Marie de Magdala et la présence plausible d’un autre groupe de femmes (cf. l’usage du « nous » dans Jean 20,2).

Ici, les faits sont rapportés de manière différente mais non contradictoire. L’historien peut en conclure que nous avons plusieurs sources historiques indépendantes qui attestent qu’un groupe de femmes a bien découvert le tombeau vide de Jésus trois jours après la crucifixion. Mais il serait absurde d’en conclure, comme c’est le cas chez certains sceptiques, que la découverte du tombeau vide est une fiction sous prétexte que les récits diffèrent sur des détails secondaires.  En effet, si les évangélistes avaient inventé cette histoire de tombeau vide, ils auraient sûrement pris soin d’harmoniser les différentes versions afin d’en produire une seule. On ne peut donc pas les accuser d’avoir trafiqué un récit de toutes pièces.

À ce sujet, le théologien Henri Blocher remarque très justement : « Ceux qui accusent les textes de contradictions nous semblent les aborder avec une étrange rigidité. Ils ne seraient contents que si les Évangiles exhibaient dès la première lecture une correspondance parfaite, que si l’harmonie était d’emblée évidente et sans aucune obscurité. Mais c’est là vouloir une Bible tombée du ciel ! Les juges savent bien qu’en général, des témoignages tous véridiques mais indépendants présentent des variations considérables, et qu’il est d’abord difficile de les harmoniser. Cela tient à la différence des points de vue, aux choix des éléments retenus, à l’élasticité des mots. Lorsque des témoins de foi paraissent s’opposer, le juge ne décrète pas aussitôt qu’ils se contredisent : il tente une conciliation plausible de leurs dires. C’est cette attitude sympathique et souple que les évangélistes méritent aussi. Montrer qu’on peut les lire d’une façon qui ne les oppose pas, ce n’est pas faire un effort désespéré et malhonnête pour sauver un texte sacré de l’incohérence ; c’est simplement leur accorder le minimum qu’exige un homme digne de foi » (Henri Blocher, « L’accord des Évangiles et la résurrection », La Bible au microscope, vol. II, Édifac, 2010, p. 81).

Bien loin d’être un argument contre la fiabilité des Évangiles, la dissimilarité entre les récits (comme pour celui de la Passion de Jésus ou de la découverte du tombeau vide) penche au contraire en faveur de l’authenticité générale du témoignage, écartant toute suspicion d’intention complotiste de la part des évangélistes.

Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


Aller plus loin :

Jim Warner Wallace, Cold-Case Christianity, David C Cook, 2013.


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