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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
La Bible
n°66

Palestine

1er siècle

Les auteurs des Évangiles sont des témoins oculaires, ou de proches associés de ces témoins

Selon certains, les Évangiles ne sont pas historiquement fiables, car ils auraient été rédigés par des anonymes, longtemps après la mort des apôtres. Or, cette thèse contredit toutes les données historiques dont nous disposons. L’attribution traditionnelle des Évangiles à Luc, Matthieu, Marc et Jean est historiquement très crédible. Matthieu et Jean sont deux véritables témoins oculaires ; Marc et Luc, deux de leurs proches associés. L’historicité des Évangiles est fondamentale, car elle montre que les informations contenues dans ces récits proviennent directement de personnes en mesure de donner des éléments fiables sur la vie de Jésus, ce qui renforce considérablement leur crédibilité.

Détail des Quatre Evangélistes de Jacob Jordaens, 1625-1630, musée du Louvre /  © CC0/musée du Louvre
Détail des Quatre Evangélistes de Jacob Jordaens, 1625-1630, musée du Louvre / © CC0/musée du Louvre

Les raisons d'y croire :

  • Les sources externes qui étayent l’attribution traditionnelle des Évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean abondent dès le IIe siècle. On en dénombre six dans un délai de cent cinquante ans : Papias (qui écrit vers l’an 125), saint Justin Martyr (vers l’an 150), saint Irénée (vers l’an 180), Clément d’Alexandrie (vers 190), Tertullien (vers 207) et le fragment de Muratori (vers 160-170). En comparaison, d’autres œuvres connues de l’Antiquité ne voient leur auteur mentionné que par une seule personne.
  • La totalité des manuscrits anciens qui nous sont parvenus comportent des titres complets : « Évangile selon Matthieu », « Évangile selon Marc », etc. Il n’existe aucun manuscrit d’Évangile sans son titre ni son auteur. Si ces textes avaient circulé de manière anonyme, toutes sortes de noms leur auraient été attribués (comme ce fut le cas avec l’Épître aux Hébreux). Or, aucune autre attribution n’existe.
  • Avant l’an 400, personne n’a osé remettre en question cette traditionnelle attribution. Même les ennemis du christianisme, comme Celse, reconnaissaient que les Évangiles étaient bien de Matthieu, Marc, Luc et Jean.
  • Enfin, l’Église primitive n’aurait eu aucune raison de mentir à ce sujet. Hormis Jean, les évangélistes ne sont pas des personnages de premier plan à même de renforcer l’autorité des Évangiles. Marc et Luc ne font pas partie des Douze, et Matthieu est un apôtre méconnu et peu aimé des Juifs, car il est collecteur d’impôts.  S’il avait fallu inventer des auteurs, ces choix n’auraient donc pas été très judicieux : il eût été largement préférable de faire appel à des personnages plus connus et prestigieux (comme Pierre, Jacques, Jean, Thomas ou André).

Synthèse :

Comment savons-nous que les Évangiles ont pour auteurs Matthieu, Marc, Luc et Jean ? En étudiant ce que nous disent les sources historiques primitives à propos de ces ouvrages. Si les Évangiles avaient d’abord circulé de manière anonyme, il est certain que des noms divers et variés auraient été attribués à leurs auteurs. Or, ce n’est pas le cas. La Tradition est formelle : l’Évangile de Matthieu a été écrit par Matthieu ; celui de Marc, par Marc (l’interprète de Pierre) ; celui de Luc, par Luc qui était médecin (Col 4,14) et compagnon de Paul. Enfin, celui de Jean aurait été écrit par Jean, fils de Zébédée.

 

Les sources historiques

Ces faits sont confirmés par six sources historiques primitives, d’auteurs différents, disséminés à travers le monde. La pluralité des sources attribuant la paternité d’un texte à un écrivain est un luxe peu répandu à cette époque : certaines œuvres ne voient ainsi leur auteur certifié que par une seule et unique source. En l’occurrence, pour les Annales, seul saint Jérôme affirme que Tacite en est l’auteur, et ce, trois cents ans après la publication de la version originale. Voici la liste des six sources les plus anciennes qui attestent de la paternité traditionnelle des Évangiles :

Papias, évêque de Hiérapolis (vers 125)

Vers l’an 125, Papias, évêque de Hiérapolis ayant connu saint Jean, déclare (propos rapportés par Eusèbe de Césarée) : « Matthieu écrivit donc les oracles en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il put. Marc, devenu l’interprète de Pierre, écrivit avec exactitude, mais sans ordre, tout ce qu’il se rappelait des choses dites ou faites par le Christ. En effet, il n’a pas entendu le Seigneur et ne l’a pas suivi, mais après, comme je l’ai dit, il a suivi Pierre, qui adaptait son enseignement aux besoins de ses auditeurs, mais sans avoir l’intention de faire un compte rendu cohérent des discours du Seigneur, de sorte que Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant ainsi certaines choses telles qu’il s’en souvenait. En effet, il a veillé à ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et à n’en rapporter aucune fausseté » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, 39).

Justin Martyr (vers 150)

Vers l’an 150, saint Justin Martyr appelait les Évangiles les « mémoires des apôtres » et certifiait qu’ils avaient été rédigés par eux : « En effet, les apôtres, dans les mémoires qu’ils ont composés et qui sont appelés Évangiles, nous ont transmis ce qui leur était prescrit » (Première Apologie, 66).

Fragment de Muratori (vers 170 ap. J.-C.)

Le fragment de Muratori, daté par la plupart des experts – chrétiens ou non – des environs de l’an 170, nous rapporte que Luc et Jean sont bien les auteurs des Évangiles. Le texte que nous avons retrouvé est amputé au début et à la fin. Mais comme, après une phrase incomplète, il parle du troisième Évangile comme étant celui de Luc, puis du quatrième Évangile comme étant celui de Jean, les historiens admettent qu’il devait parler juste avant de ceux de Matthieu et de Marc. « [….] Le troisième livre de l’Évangile est celui de Luc. Luc, le médecin bien connu, après l’ascension du Christ, et alors que Paul l’avait emmené avec lui en tant que zélé pour la loi, le composa en son nom propre, selon la croyance [générale]. Cependant, il n’avait pas vu le Seigneur en chair et en os, et c’est pourquoi il a commencé à raconter l’histoire à partir de la naissance de Jean, puisqu’il était en mesure d’établir les événements. Le quatrième Évangile est celui de Jean, l’un des disciples. »

Irénée de Lyon (vers 180)

En l’an 180, saint Irénée, disciple de Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean, donna précisément l’origine de l’ensemble des quatre Évangiles : « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Église. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Évangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse » (Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, 1, 1).

Clément d’Alexandrie (vers 180-200)

Vers 180-200, Clément d’Alexandrie rapportait : « Marc, disciple de Pierre, alors que Pierre prêchait publiquement l’Évangile à Rome en présence de quelques chevaliers de César et qu’il rendait de nombreux témoignages sur le Christ, sur leur demande de lui laisser un enregistrement des choses qui avaient été dites, a écrit l’Évangile qui est appelé Évangile de Marc à partir des choses dites par Pierre, tout comme Luc est reconnu comme la plume qui a écrit les Actes des Apôtres et comme le traducteur de la Lettre de Paul aux Hébreux » (Adumbrationes in epistolas canonicas).

Tertullien de Carthage (vers 207)

Enfin, vers l’an 207, Tertullien mentionne que les Évangiles ont pour auteurs les apôtres (Jean et Matthieu), ainsi que les hommes apostoliques (Luc et Marc) : « J’affirme tout d’abord que les documents de l’Évangile ont pour auteurs les apôtres et que cette tâche de promulguer l’Évangile leur a été imposée par le Seigneur lui-même. […] En bref, parmi les apôtres, Jean et Matthieu implantent en nous la foi, tandis que parmi les hommes apostoliques, Luc et Marc la réaffirment » (Contre Marcion, livre IV, 2, 1-2).

Nous avons donc une confirmation externe précoce de nos quatre Évangiles. On remarquera que ces preuves viennent d’endroits très divers : la Turquie, la Palestine, l’Italie, la France, la Tunisie et l’Égypte. Lorsque le témoignage de témoins anciens, originaires de régions géographiquement très éloignées, s’accorde, alors il vaut de l’or.

Aucune tradition ni aucun témoignage ne sont venus contredire cette attribution, ce qui n’aurait pas manqué de se produire si les Évangiles avaient été écrits de manière anonyme. Même les ennemis du christianisme, comme Celse, reconnaissent que les évangélistes sont bien Matthieu, Marc, Luc et Jean. Avant la fin du IVe siècle (et Fauste de Milève), personne, pas même les hérétiques, n’ont osé contester l’attribution des Évangiles.

 

Confirmation par les manuscrits

Ajoutons que tous les manuscrits anciens des sont bien signés par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Brant Pitre dans son ouvrage The Case for Jesus, en constitue la liste « The Manuscript Evidence: No Anonymous Gospels » qui peut être consultée sur cette page. . Il n’existe aucune copie anonyme des Évangiles parmi les manuscrits existants.

Au contraire, si l’on s’intéresse à l’Épître aux Hébreux, on constate que l’identité de son auteur était discutée dès les premiers siècles, car il s’agissait d’un texte vraiment anonyme. Certains Pères de l’Église l’ont attribué à Paul, d’autres à Barnabé, d’autres à Clément de Rome, ou encore à Timothée, si bien qu’Origène d’Alexandrie, à la fin du IIe siècle, abandonna l’entreprise de trouver son réel auteur : « Quant à l’auteur de l’Épître aux Hébreux, seul Dieu le sait » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre VI, 25, 14).

 

Un mensonge collectif ?

Enfin, si les premiers chrétiens avaient voulu mentir au sujet des auteurs des Évangiles, pourquoi ne pas les attribuer à des personnes plus populaires ? Pourquoi ne pas choisir deux des douze apôtres ayant directement côtoyé Jésus, plutôt que Marc et Luc, des associés méconnus ?

En effet, Marc est rarement mentionné dans l’ensemble du Nouveau Testament, et pas toujours de manière gratifiante : il a abandonné sa première mission en Pamphylie, si bien que Paul a refusé de l’emmener de nouveau en mission (Ac 15,37-40). Cet échec a laissé des traces, et Marc ne serait certainement pas un homme de premier choix si l’on avait voulu inventer l’attribution des Évangiles.

En ce qui concerne Luc, le compagnon de Paul, son prénom n’est mentionné que trois fois dans tout le Nouveau Testament (Col 4,14 ; 2 Tim 4,11 ; Phm 24), faisant de lui un choix bien moins intéressant que d’autres disciples de Paul plus connus, comme Timothée (mentionné vingt-cinq fois), Tite (cité treize fois) et Silas (mentionné douze fois). Un faussaire n’aurait donc jamais eu l’idée d’attribuer à Luc l’écriture de l’Évangile ou des Actes des Apôtres s’il n’était pas avéré qu’il en était bien l’auteur.

On peut aussi imaginer que des faussaires auraient sûrement voulu prendre un autre nom que Matthieu, qui était l’un des apôtres les moins connus. De plus, son Évangile était spécialement écrit pour prêcher la Bonne Nouvelle aux Juifs. Or, Matthieu, en plus d’être un apôtre méconnu, est aussi un collecteur d’impôts (Mt 9,9) : ces derniers étaient détestés des Juifs qui les considéraient comme des collaborateurs des Romains et comme des pécheurs (Mt 9,11).

En somme, mis à part Jean, les noms des évangélistes ne sont pas ceux qui seraient venus spontanément à l’esprit d’un faussaire qui aurait voulu inventer des auteurs, afin de renforcer le prestige et l’autorité de ces textes. Des prénoms plus connus, comme Jean, Pierre, Thomas ou Jacques, auraient été plus attrayants. Il est donc raisonnable de penser que l’attribution traditionnelle est correcte.

 

Conclusion

Ainsi, les Évangiles sont bel et bien de véritables témoignages oculaires, ou des comptes rendus de personnes ayant directement côtoyé ces témoins. Cela renforce considérablement la crédibilité historique de ces textes et démontre qu’ils ne sont pas des mythes ou des légendes tardives, mais bien des biographies détaillées de la vie de Jésus, ancrées dans le réel, dont les informations sont de première main.

Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


Aller plus loin :

Abbé Bernard Lucien, Apologétique : la crédibilité de la Révélation divine transmise aux hommes par Jésus-Christ, Nuntiavit, 2011.


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