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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Des juifs découvrent le Messie
n°227

Rome (Italie)

Jeudi 20 janvier 1842

Le rendez-vous mystique d’Alphonse Ratisbonne

Le jeudi 20 janvier 1842, Alphonse Ratisbonne (1814 – 1884), jeune avocat d’origine juive, libre penseur et hostile à l’Église catholique, pénètre dans l’église de Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André-des-Buissons), à Rome. Il en ressort quelques minutes plus tard « prêt à mourir pour défendre la foi en Jésus-Christ ». Il n’était pourtant pas du tout disposé à se convertir.

Domenico Bartolini, L'Apparition de Marie à Alphonse Ratisbonne, 1870, Basilica Sant'Andrea delle Fratte, Rome. / © CC0 wikimedia
Domenico Bartolini, L'Apparition de Marie à Alphonse Ratisbonne, 1870, Basilica Sant'Andrea delle Fratte, Rome. / © CC0 wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • La conversion d’Alphonse est humainement incompréhensible : avant le 20 janvier 1842, il ne se sent absolument pas concerné par les choses de la foi et est même plutôt défavorable aux catholiques. C’est également le cas de sa famille. Alphonse ne connaît rien à l’Église catholique, à l’Évangile, à la Vierge Marie, et ne fréquente presque aucun catholique.
  • Lorsque son frère Théodore se convertit et entre au séminaire, toute sa famille et lui-même s’indignent, lui reprochent son parcours et choisissent de rompre ses relations avec lui. La conversion d’Alphonse, qui a lieu douze ans après celle de son frère, n’a donc absolument pas pour but, conscient ou inconscient, de renouer avec lui.
  • La veille de sa conversion, Alphonse se rend à un bal organisé par le prince Torlonia, célèbre et mondain aristocrate romain, sans manifester la moindre velléité spirituelle.
  • Quelques heures seulement avant sa conversion, Alphonse visite le ghetto juif de Rome, dans lequel vivent 4 000 personnes dans des conditions déplorables. Il se met publiquement en colère contre l’Église catholique, responsable à ses yeux de cette situation.
  • Ce n’est d’ailleurs pas de son propre chef qu’il entre dans l’église de Sant’Andrea delle Frate le 20 janvier 1842, mais uniquement pour accompagner le baron de Bussière, qui rencontre le curé pour organiser des funérailles.
  • La conversion d’Alphonse est causée par une apparition de la Vierge Marie qui ne peut être une illusion ou une hallucination : Alphonse n’a jamais souffert de troubles mentaux ni de pathologies oculaires, et encore moins d’une addiction à des substances hallucinogènes. L’apparition telle qu’il la décrit n’est pas une image pieuse, même si elle ressemble à la représentation de la médaille, mais c’est la Reine des anges, Mère de Dieu, montée au ciel et vivante, « pleine de majesté et de douceur », à l’instar de toutes les apparitions authentifiées par l’Église depuis 2 000 ans.

  • En janvier 1842, Alphonse est fiancé avec une jeune fille. Sa conversion subite entraîne leur séparation irrémédiable, car il choisit de se consacrer entièrement à Dieu en prenant l’habit religieux et en devenant prêtre.
  • Cinq jours avant cette apparition, Alphonse accepte, en se moquant de la « sottise » de la piété chrétienne, une médaille miraculeuse (diffusée à la suite des apparitions mariales à sainte Catherine Labouré, douze ans auparavant) que lui offre le baron Théodore deBussière, qui lui demande par ailleurs de réciter deux fois par un jour une prière à Marie. Pour Alphonse, la promesse faite par la Vierge à sainte Catherine Labouré dans la chapelle de la rue du Bac à Paris s’est pleinement réalisée : tous ceux qui porteront la médaille miraculeuse et invoqueront Marie recevront des grâces exceptionnelles. 

  • « Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris ». Ces paroles d’Alphonse rejoignent les propos les plus élaborés des témoins de la mystique, à commencer par sainte Thérèse d’Avila : une expérience visuelle authentique n’est jamais close sur elle-même, mais débouche toujours sur une connaissance infuse de la doctrine de l’Église – connaissance que nul ne peut évidemment naturellement faire sienne en une fraction de seconde. Alphonse a écrit plusieurs ouvrages d’une justesse doctrinale et d’une profondeur spirituelle impressionnantes, comme son Monument à la gloire de Marie, dès 1847.

  • À partir de sa conversion et jusqu’à son décès le 6 mai 1884 (soit pendant quarante-deux ans) toute l’existence d’Alphonse est placée sous le regard du Christ : foi, espérance, charité, ordination sacerdotale, fondations diverses…
  • L’énergie folle, surhumaine, qu’il met à servir Jésus, témoigne de la vérité de sa conversion : création des Sœurs de Sion avec son frère, du couvent de l’Ecce Homo à Jérusalem, une école, un orphelinat pour filles, le monastère de Saint-Jean sur la colline d’Ein Karem, un deuxième orphelinat... 

Synthèse :

Alphonse Ratisbonne a une enfance aisée. Né le 1er mai 1814 dans une famille juive d’Alsace, connue, respectée et matériellement à l’aise, il est un enfant aimé, recevant une éducation soignée, sur tous les plans. Son père, banquier, adjoint au maire de Strasbourg et président du consistoire israélite du Bas-Rhin, exerce une influence profonde sur lui. Selon sa volonté, le jeune garçon reçoit un enseignement religieux traditionnel qu’il abandonne radicalement à l’adolescence. « J’étais juif de nom, mais je ne croyais même pas en Dieu », se souvient-il quelques années plus tard. Sa scolarité est bonne, sans aucune difficulté. Il reçoit une solide formation littéraire et scientifique au collège royal de Strasbourg.

En 1825, un événement provoque un choc dans la famille Ratisbonne. Son frère, Théodore, demande le baptême. Contrairement à ce que vivra Alphonse, ce n’est pas une conversion fulgurante occasionnée par une expérience mystique. Néanmoins, il fait dorénavant de la foi catholique l’axe de sa vie et entre au séminaire. Il sera ordonné prêtre cinq ans plus tard, au grand dam de ses parents et de ses amis, et de son propre frère, qui lui reproche non seulement d’avoir abandonné la foi de ses pères, mais également d’avoir cédé aux sirènes de ses amis catholiques. « Tout jeune que j’étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère […]. La conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j’en eus horreur », explique-t-il ultérieurement. Alphonse est devenu antichrétien, rompant même les relations avec son frère aîné qu’il refuse de revoir.

Un autre événement, qui passe presque inaperçu aux yeux d’Alphonse, mérite d’être évoqué sur le plan spirituel : en 1840, Théodore est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame-des-Victoires à Paris. Il y rencontre le curé, l’abbé Desgenettes, fondateur de l’Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, et... voyant de la Vierge. Les deux hommes prient constamment pour la conversion de la famille Ratisbonne, et pour celle d’Alphonse en particulier.

Ce dernier entreprend à Paris des études juridiques et revêt bientôt la robe d’avocat. Puis ses parents meurent et il hérite d’une fortune considérable qui lui permet de mener une vie de dilettante. En 1841, il se fiance à Flore, âgée de seize ans. En attendant le mariage, Alphonse part en voyage à travers l’Europe. Son périple, qui doit le mener en Orient, doit durer de longs mois.

Il arrive à Rome le 6 janvier 1842. Outre les monuments historiques de la cité éternelle, il se rend dans le ghetto juif, visite qui ne fait que renforcer son sentiment antichrétien : « Je dois dire, sans crainte d’exagérer, que jamais de ma vie je n’avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes. » Un peu plus tard, au cours d’une de ses visites de la ville, il rencontre un ami de collège, Gustave de Bussière, fervent catholique, comme son frère, le baron Théodore de Bussière, voyageur et écrivain. Alphonse en profite pour lui dire ses projets de voyage. Gustave l’invite à rencontrer son frère pour lui demander conseil. Alphonse accepte sans savoir que cette rencontre est providentielle.

Le 15 janvier, avant de partir pour Naples, il se rend chez Théodore de Bussière. La conversation est courtoise, mais prend une tournure différente lorsque Alphonse commence à parler du ghetto juif. Théodore exprime sa foi totale en Jésus-Christ tandis que le jeune avocat égratigne l’Église catholique, le clergé et la piété populaire. Le baron interrompt alors la discussion et lance le défi suivant à son interlocuteur : « Puisque vous détestez la superstition et que vous professez des doctrines si libérales, puisque vous êtes un esprit fort si éclairé, auriez-vous le courage de vous soumettre à une épreuve bien innocente ? » Alphonse, intrigué, lui demande de quelle épreuve il peut bien s’agir. « Ce serait de porter sur vous un objet que je vais vous donner… Voici ! C’est une médaille de la Sainte Vierge. Cela vous paraît bien ridicule, n’est-ce pas ? Mais, quant à moi, j’attache une grande valeur à cette médaille. » Ne sachant que répondre, et manquant de rire, Alphonse regarde la médaille, puis il se tourne vers Théodore à qui il dit accepter son défi, qu’il qualifie pourtant de puéril. À cet instant, il ignore totalement qu’il s’agit d’un exemplaire de la médaille miraculeuse de la rue du Bac à Paris.

Puis le baron prévient qu’il y a aussi une seconde épreuve : réciter matin et soir le Memorare (« Souvenez-vous ») à Marie, inspirée par saint Bernard de Clairvaux. Alphonse n’y tient plus. Il propose de laisser là cette « sottise » et de prendre congé. Cependant, Théodore de Bussière insiste, lui expliquant que son refus de réciter la prière rendrait l’épreuve nulle et qu’en s’obstinant de la sorte, Alphonse prouverait l’obstination légendaire du peuple juif. « Je ne voulus point attacher trop d’importance à la chose, et je dis : "Soit ! Je vous promets de réciter cette prière ; si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal !», lance l’avocat sceptique.

Le 20 janvier 1842, Alphonse se rend dans un café de Rome pour y lire les journaux. En sortant, il croise Théodore de Bussière qui l’invite à se rendre jusqu’à l’église de Sant’Andrea delle Fratte, où il a rendez-vous avec le curé pour préparer les funérailles d’un ami mort brutalement trois jours auparavant, M. de La Ferronnays. Parvenu devant l’édifice, Théodore propose à son ami de l’attendre dans la voiture, mais ce dernier préfère visiter l’église, qu’il ne connaît pas encore. Les deux hommes y pénètrent ensemble. Dix minutes se passent. Théodore cherche Alphonse pour le prévenir que l’entrevue avec le prêtre est terminée. Mais lorsqu’il retrouve le jeune avocat juif, il manque de défaillir : Alphonse est en larmes, prosterné devant l’autel de saint Michel. Il tire sur sa médaille, l’embrasse, en criant : « Je l’ai vue, je l’ai vue ! » Théodore ne comprend rien et ignore ce qui vient de se passer.

L’explication viendra de la bouche même d’Alphonse quelques instants plus tard : « J’étais depuis un instant dans l’église, lorsque, tout d’un coup, je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable. J’ai levé les yeux ; tout l’édifice avait disparu à mes regards ; une seule chapelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière et, au milieu de ce rayonnement, a paru debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille. Une force irrésistible m’a poussée vers elle, la Vierge m’a fait signe de la main de m’agenouiller, elle a semblé me dire : "C’est bien !"Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris. »

Le doigt de Dieu est là. Alphonse est converti, éclairé en une fraction de seconde sur tous les mystères de la vie du Christ, sur le poids de ses péchés, et sur l’infini amour de Dieu. Avec la fougue du néophyte, il demande aussitôt le baptême, manifeste son désir d’être moine à la Trappe, de mourir martyr et de convertir ses frères. Six mois se passent. Informé de l’événement, le clergé romain, après enquête, reconnaît l’authenticité de la conversion d’Alphonse, qu’elle juge inexplicable par des causes naturelles.

Alphonse prie désormais pour celles et ceux qui furent l’objet de son dédain : les catholiques en général, son frère Théodore, les frères de Bussière et M. de La Ferronnays, qu’il n’a jamais rencontré mais dont il sait, par un parent, qu’il a beaucoup prié pour sa conversion avant de mourir. Le 12 avril 1842, il écrit une longue lettre à l’abbé Desgenettes en action de grâces. Ce que la Vierge avait promis à sainte Catherine Labouré douze ans plus tôt s’est réalisé : ceux qui porteraient la médaille miraculeuse et prieraient Marie recevraient des grâces formidables.

Le 31 janvier 1842, soit onze jours seulement après l’apparition, il reçoit le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Théodore de Bussière est son parrain. Le 20 juin suivant, il prend l’habit religieux chez les Jésuites. Il est ordonné prêtre en 1848, puis quitte la Compagnie de Jésus pour rejoindre son frère dans la congrégation Notre-Dame de Sion, que Théodore a fondée cinq ans auparavant. Il s’installe en Palestine, où il fonde monastères, écoles et orphelinats. Il consacre toutes ses forces au catéchuménat des convertis d’origine juive et musulmane.

Il rend son âme à Dieu le 6 mai 1884 au monastère Saint-Pierre de Sion (dit monastère Ratisbonne, aujourd’hui centre d’études salésien) dans un faubourg de Jérusalem. Pas une seconde il n’a oublié celle qu’il a rencontrée quarante-deux ans plus tôt.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

« Si quelqu’un m’avait dit dans la matinée de ce jour "Tu t’es levé juif, tu te coucheras chrétien", je l’aurai regardé comme le plus fou des hommes », a témoigné plusieurs fois Alphonse de Ratisbonne, converti subitement, devenu prêtre catholique, sans aucun signe précurseur ni aucune préparation.


Aller plus loin :

René Laurentin et Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, Paris, Fayard, 2007, p. 822-823.


En savoir plus :

  • Jean Guitton, La Conversion de Ratisbonne, Wesmael-Charlier, 1964.
  • René Laurentin, Alphonse de Ratisbonne, vie authentique, Paris, F.-X. de Guibert, 1980 et 1993, 2 volumes.
  • Théodore de Bussière, Le Converti de la Médaille miraculeuse : Alphonse Ratisbonne, Paris, Téqui, 1998.
  • Alphonse Ratisbonne écrit à l’abbé Dufriche-Desgenettes (fondateur et directeur de l’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires) en 1842 (année de son entrée dans la Compagnie de Jésus) pour raconter sa conversion. Un long extrait de cette lettre est disponible en ligne.
  • Sur le site Internet Notre Histoire avec Marie, l'article « La conversion fulgurante d'Alphonse Ratisbonne ».
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