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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
La Bible
n°71

Babylonie

VIe siècle av. J.-C

Le prophète Daniel a annoncé un « fils d’homme » qui est le portrait du Christ

Le prophète Daniel a marqué l’histoire biblique par deux prophéties étonnantes qui indiquaient la date de la venue du Messie (les « soixante-dix septénaires » et le « 4e Royaume » après Nabuchodonosor), mais aussi par une très importante prophétie sur la venue décisive d’un « fils de l’homme » (Dn 7,13 ; 8,15), à qui il sera donné de marcher « sur les nuées du Ciel » (Dn 7,13), ce qui lui vaudra d’être au niveau de Dieu et de fonder « un royaume éternel qui n’aura pas de fin » (Dn 7,14) - royaume qui ne peut donc être qu’au Ciel, puisque rien n’est éternel sur Terre, ni même dans notre univers. Avec ces nouvelles annonces prophétiques, d’une très grande portée, l’attente du Messie se fait encore plus précise dans les derniers siècles de la révélation vétéro-testamentaire. L’apport spécifique de Daniel est donc, après avoir annoncé la date précise de la venue du Messie, de prophétiser qu’il sera d’un rang qui le met au niveau de Dieu, et qu’il inaugurera au Ciel un règne éternel qui n’aura pas de fin, proposant ainsi des perspectives finales étonnantes qui correspondent parfaitement au plan divin de l’Incarnation rédemptrice du fils de Dieu.

Daniel dans la fosse aux lions, Rubens, 1614-1616, National Gallery of Art, Washingotn / © CC0/wikimedia
Daniel dans la fosse aux lions, Rubens, 1614-1616, National Gallery of Art, Washingotn / © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Personne, dans l’Histoire, n’a jamais osé prétendre être ce « fils de l’homme » prophétisé, à l’exception d’un seul homme : le Christ. Ce dernier fait explicitement référence à cette grande prophétie de Daniel, dès le début de sa vie publique, quand il s’adresse à Nathanaël (Jn 1,51), et surtout à la fin, lorsqu’il dit que sa venue « sur les nuées du Ciel » (Mt 24,30 ; 26,64 ; Mc 13,26 ; 14,62) va précéder l’avènement de son règne (Mt 16,28 ; 24,27-44 ; Lc 17,22-30), son jugement final (Jn 5,27) et la « manifestation de sa gloire » (Mt 25,31 ; Mc 13,26 ; Lc 21,27-36).
  • C’est encore par ce titre, et en faisant explicitement référence à cette incroyable prophétie de Daniel, qu’au moment critique de sa Passion – qui va déterminer son sort –, le Christ donne au grand prêtre la réponse choquante qui lui vaudra condamnation : « Vous verrez le fils de l’homme siéger à la droite de la Puissance et venir sur les nuées du Ciel » (Mt 26,64 ; Mc 14,62 ; Lc 22,69).
  • C’est ainsi également que le voit Étienne avant de mourir : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7,56).
  • Il est donc absolument certain que le Christ s’est totalement identifié à cette annonce de Daniel, qui prophétise un être divin qui régnera éternellement.
  • On est au final frappé par la cohérence de cette annonce avec tout l’Évangile et la révélation de Jésus, à qui seront finalement attribués tous les titres qui étaient explicitement réservés à Dieu dans l’Ancien Testament.

Synthèse :

La vision de Daniel est impressionnante, et elle introduit plus clairement que jamais l’idée de la divinité du Messie et de son règne éternel : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du Ciel, comme un fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. À lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit » (Dn 7,14).

Contrairement à une interprétation qu’ont tenue certains Juifs, il s’agit nécessairement du royaume éternel dans le Ciel, auprès du Dieu éternel, car rien sur la Terre ne peut être éternel.

La même notion est évoquée dans quelques autres prophéties bibliques, par exemple dans le refrain « Éternel est son amour » (Ps 105 ; 106 ; 117 ; 135), dans le verset « Ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges » (Ps 144,13),  ou encore « Ouvrez-vous les portes éternelles : qu’il entre, le Roi de gloire ! Qui est ce roi de gloire ? C’est le Seigneur, le fort, le vaillant » (Ps 28,4), et aussi « Au-dessus du trône, tout en haut, un être ayant apparence humaine » (Ez 1,26), et enfin la promesse de Samuel à David : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours » (2 Sa 7,16). Mais les paroles de Daniel sont plus précises et renvoient clairement au Messie.

Il existe cependant bien d’autres promesses évoquant un triomphe du Messie qui semble promis sur Terre, par exemple celles-ci :

« Il dominera de la mer à la mer et du fleuve aux confins de la Terre » (Ps 72,8).
« On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car la connaissance du Seigneur emplira la Terre comme les eaux recouvrent la mer » (Is 11,9).
« Ils forgeront des socs de leurs glaives et des serpes de leurs lances. On ne lèvera plus l’épée peuple contre peuple et l’on n’apprendra plus la guerre » (Is 2,4).
« Il durera sous le soleil et la lune, siècle après siècle » (Ps 72,5).
« En ces jours fleurira la justice, et grande paix jusqu’à la fin des lunes » (Ps 72,7).
« Alors personne n’enseignera plus son prochain, ni personne son frère, en disant : "Connaissez le Seigneur", car tous me connaîtront » (Jr 31,34).
« Tu conduiras les nations avec un sceptre de fer, et comme vases de potier tu les casseras » (Ps 2,9). 

L’apport de Daniel est donc vraiment très intéressant, complémentaire et important pour saisir la perspective prophétique plénière.

Au final, dans la tradition juive, on accepte et on attend bien évidemment l’idée de « la vie éternelle » (2 M 7,9), du « siècle infini » (Ps 21,5 et P.-L.-B. Drach, De l’harmonie entre l’église et la synagogue, 1844, t. 1, p. 185), et d’un triomphe futur des élus dans le Ciel auprès de Dieu… Mais, on est d’abord très attentif à toutes les promesses ci-dessus, et à bien d’autres encore, qui concernent le Messie et un triomphe terrestre qui n’est pas encore accompli

En réalité, la non-réalisation, pour l’instant, de ces prophéties liées au triomphe terrestre du Messie, est certainement le plus grand obstacle à la reconnaissance de Jésus comme Messie par les Juifs, aujourd’hui comme hier (cf. La dispute de Barcelone, Éditions Verdier, 2002, p. 41-42).

Dans la vision juste, complète et chrétienne, il faut donc bien distinguer, d’une part, ce qui concerne le triomphe éternel qui est promis au Christ dans le Royaume de Dieu, notamment selon les prophéties de Daniel, et d’autre part, tout ce qui relève de sa prochaine venue glorieuse sur la terre, qui est, elle aussi, tout à fait promise et effectivement non encore accomplie, comme le précise saint Pierre lui-même aux Juifs, juste après la Pentecôte :

« Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes » (Ac 3,19-21).

Cette « restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes » doit encore venir sur la Terre, et elle n’est donc pas encore accomplie, de l’aveu même du prince des apôtres.

Cette « manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus-Christ » (Dei Verbum I,4) est aussi ce que nous attendons et confessons en récitant, dans le Credo : « Il reviendra dans la gloire. » C’est également une demande du « Notre Père » : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel » (Mt 6,10). C’est ce que promettent les anges après l’Ascension : « Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le Ciel » (Ac 1,11).

Et c’est le mot de la fin du Nouveau Testament : « Le garant de ces révélations l’affirme : "Oui, mon retour est proche !" Amen, Maranatha, viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20). 

« Ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois – non plus à cause du péché – mais pour le salut [littéralement : pour la vie] de ceux qui l’attendent » (He 9,28).

À quoi correspond exactement l’économie annoncée de cette venue glorieuse de Jésus ? En fait, l’Église Corps du Christ doit « suivre l’Agneau » (Ap 14,4) : elle doit « suivre son Seigneur dans sa mort et sa résurrection » (CEC 677) et passer analogiquement par là où il est passé.

Voilà tout ce que nous attendons et que prépare le « Nouvel Avent », évoqué par Jean-Paul II, que nous vivons, « mais le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

La séquence complète annoncée, qui ressort de ces prophéties et de beaucoup d’autres, est donc que le Messie qui viendra au temps fixé sera un être divin, qu’il inaugurera un règne éternel au Ciel, qui ne passera jamais, mais qu’il interviendra aussi sur la Terre à un second moment en faveur des élus, pour mettre fin à l’apostasie et à l’iniquité dominante, afin d’établir une situation nouvelle.

À noter enfin, pour finir, une autre prophétie de Daniel, liée à la prophétie des soixante-dix semaines, qui évoque (Dn 9,26) « un Messie supprimé » puis « la destruction de la ville et du Lieu saint » avec « des guerres et des dévastations », ce qui correspond aussi très bien à la séquence qui voit s’enchaîner la mort du Christ en l’an 30, puis la destruction de Jérusalem et du Temple 40 ans après, en 70, et de manière plus complète en 135, après une série de terribles guerres contre les Romains.

Olivier Bonnassies


Au-delà des raisons d'y croire :

L’attente de la venue du fils de l’homme, à laquelle nous devons nous préparer, est au cœur de la foi chrétienne, et de l’espérance d’une Terre nouvelle et de Cieux nouveaux.


Aller plus loin :

Françoise Breynaert, La venue glorieuse du Christ, Éditions du Jubilé, 2016. L’auteur a également lancé son propre MOOC.


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