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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Jésus
n°27

Palestine

1er siècle

Le trilemme de Lewis : une preuve de la divinité de Jésus

Dans un article précédent (Jésus, l’homme qui parlait et agissait comme l’égal de Dieu), nous avons montré historiquement les différentes façons dont Jésus a prétendu être Dieu. Jésus dit avoir le pouvoir de pardonner les péchés, de ressusciter, de juger les vivants et les morts. Il déclare exister avant Abraham, prétend que tout pouvoir lui a été donné sur la terre et dans le ciel et qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il approuve ses apôtres quand ceux-ci lui attribuent des titres divins. C’est en raison de ses prétentions divines que Jésus a été condamné à mort par les grands prêtres : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu » (Jn 10, 33). Est-il rationnel de croire au statut divin que revendique Jésus ?

Unsplash / Paul Zoetemeijer
Unsplash / Paul Zoetemeijer

Les raisons d'y croire :

  • Lorsqu’il s’agit de croire ou non aux prétentions divines de Jésus, C. S. Lewis, le célèbre auteur de Narnia, expose un trilemme : ou bien Jésus est un menteur, ou bien il est fou, ou bien il faut admettre qu’il dit la vérité et qu’il est effectivement Dieu.
  • Si Jésus se fait volontairement passer pour qui il n’est pas, l’objectif de cette escroquerie monumentale est impossible à comprendre : Jésus ne cherche ni les honneurs, ni le pouvoir, ni la richesse. Pourquoi maintenir ce mensonge stérile, alors que cela le conduit à une mort atroce certaine ?
  • Jésus peut-il se tromper, en toute bonne foi ? Sur un sujet tel que la divinité, c’est peu probable ! S’il se croit Dieu sans l’être, c’est qu’il est fou. De nombreux psychologues s’accordent à dire que Jésus ne présente aucun trait relatif à une maladie mentale : au contraire, il tient des propos clairs, sages, et percutants.
  • Jésus n’est ni fou ni menteur, « en conséquence, aussi étrange ou terrifiant ou invraisemblable que cela puisse paraître, je dois accepter l’idée qu’il était et qu’il est Dieu » (C. S. Lewis, Mere Christianity, HarperOne, 2015 [1952], p. 40).

Synthèse :

Le trilemme que C. S. Lewis nous propose dans son livre Mere Christianity est clair et net : « Survient alors le véritable choc. Parmi tous ces juifs, surgit soudain un homme qui se met à parler comme s’il était Dieu. Il prétend pardonner les péchés. Il dit qu’il a toujours existé. Il dit qu’il viendra pour juger le monde à la fin des temps. [...] Vous voyez que ce que dit cet homme est, tout simplement, la chose la plus stupéfiante qui ait jamais été proférée par une bouche humaine. J’essaie ici de dissuader quiconque de dire la chose vraiment idiote que les gens disent très souvent de lui, à savoir : "Je suis tout disposé à reconnaître en Jésus un grand moraliste, mais je refuse sa prétention à être Dieu." C’est vraiment la chose à ne pas dire. Un homme purement homme qui aurait dit le genre de choses que disait Jésus ne serait pas un grand moraliste. Il serait soit un fou [...], soit le diable de l’enfer en personne. Vous devez faire votre choix. Ou bien cet homme était, et est le Fils de Dieu, ou bien c’était un malade mental, voire pire. Vous pouvez le faire taire parce qu’il est fou, vous pouvez le frapper, lui cracher dessus et le tuer comme un démon, vous pouvez enfin tomber à ses pieds comme Thomas et l’appeler "mon Seigneur et mon Dieu", mais je vous en prie, ne vous amenez pas vers lui avec ce petit compliment absurde et condescendant consistant à dire qu’il est un grand moraliste. Il ne nous a pas laissé cette possibilité. Or, il me semble évident qu’il n’était ni fou ni maléfique ; en conséquence, aussi étrange ou terrifiant ou invraisemblable que cela puisse paraître, je dois accepter l’idée qu’il était et qu’il est Dieu » (C. S. Lewis, Mere Christianity, HarperOne, 2015 [1952], p. 40).

Synthétisons le raisonnement :

1. Jésus prétendait être Dieu.

2. Soit il disait vrai, soit il disait faux.

3. S’il disait faux, ou bien il savait qu’il disait faux, ou bien il ne le savait pas.

4. Si Jésus savait qu’il disait faux, il était un menteur.

5. Si Jésus ne savait pas qu’il disait faux, il était fou.

6. Or, il est très improbable que Jésus fût un menteur.

7. Or, il est très improbable que Jésus fût fou.

8. Donc il est très improbable que Jésus ait dit faux.

9. Donc il est très probable que Jésus disait vrai.

10. Donc il est très probable que Jésus était Dieu.

La proposition n° 1 a été établie dans notre article précédent (Jésus, l’homme qui parlait et agissait comme l’égal de Dieu). Les propositions n° 2 à 4 sont évidentes. La n° 5 semble de bon sens, mais nous y reviendrons dans un second temps. Voyons la proposition n° 6.

 

L’hypothèse du menteur

Persévérer dans un tel mensonge auprès d’une douzaine de pauvres pêcheurs galiléens, rien que pour le plaisir, supposerait un niveau de malhonnêteté extraordinaire. Cela contredirait le portrait général de Jésus dressé par les Évangiles et sa prédication morale effectuée tout au long de son ministère. Les charlatans religieux sont généralement des gens avides de pouvoir, de gloire, bouffis d’orgueil et de vanité. Or, on ne retrouve aucun de ces défauts dans la personne du Christ. Bien au contraire ! On observe un homme doux, attentif aux plus pauvres et à la misère humaine. Il prend soin des femmes, il lave les pieds de ses disciples et prêche l’amour du prochain. Il demande à ses apôtres de se détacher de leurs biens matériels et de vivre dans la pauvreté. Il démontre son humilité et son service envers les autres au quotidien. Il ne se met pas en colère quand on le frappe. Il affirme être venu « non pas pour être servi mais pour servir » (Mc 10, 15). Soyons clairs : si Jésus avait vraiment menti, nous serions réellement face à l’escroquerie la plus hypocrite et malhonnête de l’histoire de l’humanité. Il nous semble qu’un tel orgueil pathologique est exclu par ses vertus.

Mais même à supposer que Jésus eût voulu mentir (scénario inimaginable d’après ce que nous venons de dire), pourquoi aurait-il voulu maintenir ce mensonge coûte que coûte devant les autorités juives qui voulaient le crucifier ? Pourquoi aurait-il voulu être flagellé et torturé pendant de longues heures, pour une chose qu’il savait être fausse ? Tout cela n’a aucun sens ! Même si l’on était amené à penser que Jésus eût pu mentir pendant trois ans à ses apôtres, une fois arrivé devant le tribunal juif, nous pouvons imaginer qu’en voyant la mort atroce qui l’attendait, il aurait enfin admis la vérité pour y échapper, en affirmant par exemple : « Non, mes disciples ont mal compris, je n’ai jamais prétendu être Dieu. Ne me torturez pas. » Mais il ne fait rien de tel. Il accepte de subir une passion longue et douloureuse, suivie d’une mort terrible par crucifixion. Un menteur ne serait jamais allé si loin. Oui, des gens meurent et acceptent la torture pour des choses fausses (Daech est un bon exemple), mais les gens ne meurent pas pour des choses qu’ils savent être fausses (les djihadistes meurent et acceptent la torture pour des croyances qu’ils pensent être vraies, pas pour le plaisir de se faire exploser). Il est donc manifeste que Jésus n’est pas un menteur crédible. La moindre des choses que nous puissions lui accorder, c’est qu’il croyait vraiment à ce qu’il prêchait.

 

L’hypothèse de la folie

Mais alors, Jésus serait-il fou ? S’il l’était, on devrait s’attendre à retrouver des signes de folie que l’on pourrait rapprocher du syndrome du God complex dans les manuels de psychiatrie. Or, rien dans ce que nous rapportent les Évangiles ne penche en faveur de cette idée. Jésus ne montre aucun signe de folie. Il était clair, direct et convaincant dans ses enseignements. Il a toujours donné des réponses qui laissaient sans voix ses adversaires qui cherchaient à le piéger. Bien loin de toute folie, Jésus a prononcé des paroles dont la sagesse n’est plus à démontrer :

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21).

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8, 7).

« Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2, 27).

Il est très peu probable qu’un fou ait pu prononcer des paroles si sages, dont la pertinence s’est affermie à travers les siècles. Qui peut honnêtement soutenir que l’auteur du Sermon sur la montagne et de la parabole de l’enfant prodigue serait un déséquilibré mental ? Il nous semble que la sagesse du Christ exclut un tel état pathologique. Si Jésus avait manifesté ne serait-ce qu’un signe de folie lors de son ministère, on peut imaginer que les foules ou les Juifs auraient rapporté ce fait. Or, on constate précisément l’inverse : « Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule était dans l’admiration pour son enseignement » (Mt 7, 28) ; « Tous ceux qui l’entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses » (Lc 2, 47).

Même les ennemis du Christ n’osaient pas remettre sa sagesse en question : « Ainsi, les huissiers retournèrent vers les principaux sacrificateurs et les pharisiens. Et ceux-ci leur dirent : "Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?" Les huissiers répondirent : "Jamais homme n’a parlé comme cet homme" » (Jn 7, 44-46).

Il faut le dire : le profil psychologique de Jésus tout au long des Évangiles ne laisse entrevoir aucune trace de folie. Comme le remarque Frédéric Guillaud : « Jésus a tout d’un original, mais rien d’un psychotique, paranoïaque ou schizophrène. Les gens atteints d’un complexe mégalomaniaque de ce genre sont narcissiques, égocentriques, impatients, tyranniques, privés d’empathie. Leurs relations avec autrui sont complètement anormales, infructueuses, dépourvues d’amour et d’attention. Les fous de ce calibre sont incapables d’une réflexion morale profonde et rationnelle. Jésus, à leur différence, hormis cette prétention inouïe d’être le Fils unique de Dieu, ne présente bizarrement aucun trait spécifique du "God complex" décrit par les manuels de psychiatrie : au contraire, alors même qu’il affirme implicitement être Dieu, il agit de la manière la plus humble : il refuse d’être proclamé roi, il refuse toute puissance terrestre, il ne veut pas être servi, mais servir, il lave les pieds de ses disciples, refuse d’être défendu par les armes, enseigne partout l’humilité par son exemple et fait preuve d’une empathie manifeste à l’égard des plus petits et des plus faibles. D’un point de vue étroitement humain, on pourrait dire que son profil psychologique est totalement incohérent : il se dit Dieu mais agit en serviteur. S’il est vrai que Jésus offre un visage surprenant de Dieu, il faut dire aussi qu’il ne fait pas un fou crédible » (Frédéric Guillaud, Catholix reloaded, Cerf, 2015).

 

Jésus s’est-il tout simplement trompé sur son identité ?

Enfin, certains pourraient contester la prémisse n° 5 et soutenir que Jésus se serait peut-être tout bonnement et involontairement « trompé » sur sa propre identité, sans être fou. Cette hypothèse n’est pas crédible non plus . Aucun être humain ne peut se convaincre soi-même d’être de nature divine sans être fou. Si vous croisez un homme dans la rue qui croit réellement et honnêtement être Napoléon Bonaparte, il serait irrationnel de soutenir qu’il n’a aucun problème mental. De même, si vous croisez un homme affirmant qu’il est Dieu, qu’il a existé avant Jules César, et qu’il faut l’adorer en le préférant à votre propre femme et à vos propres enfants, qu’allez-vous en conclure ? Il serait parfaitement stupide de répondre : « Cet homme n’est ni fou ni menteur. Il s’est tout simplement trompé. » Cela n’aurait aucun sens ! Il en va de même avec les affirmations choquantes de Jésus. Si celui-ci n’est qu’un homme, alors ses prétentions ne peuvent relever que de la folie ou du mensonge. Il est donc parfaitement absurde de suggérer que Jésus se serait simplement trompé sans être fou. Or, comme nous l’avons vu, Jésus n’est ni fou ni menteur. 

La conclusion s’ensuit donc logiquement et nécessairement : Jésus disait vrai. Il est Dieu ! 

Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel devenez catholique.


Au-delà des raisons d'y croire :

La divinité du Christ est un élément central de la foi chrétienne. C’est par son Incarnation que Dieu s’est uni à la nature humaine pour se faire proche de nous.


Aller plus loin :

Stephen T. Davis, Christian Philosophical Theology, Oxford, 2006, ch. 9.


En savoir plus :

  • Matthieu Lavagna, Soyez rationnel devenez catholique, deuxième édition 2023.
  • Abbé Bernard Lucien, Apologétique, La crédibilité de la Révélation divine transmise aux hommes par Jésus-Christ, éd. Nuntiavit, 2011, p. 479-481.
  • Voir l’excellent article du philosophe Steven T. Davis « The Mad/Bad/God Trilemma: A Reply to Daniel Howard-Snyder », disponible en ligne : https://docslib.org/doc/8131094/the-mad-bad-god-trilemma-a-reply-to-daniel-howard-snyder.
  • On pourra aussi se référer au psychiatre O. Q. Hyder pour plus de précisions sur la santé mentale de Jésus : « On the Mental Health of Jesus Christ », Journal of Psychology and Theology, Biola University, vol. V, n° 1, décembre 1977, p. 3-12.
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