Recevoir les raisons de croire
< Toutes les raisons sont ici !
TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les saints
n°314

Tours, Québec

1599 – 1672

Sainte Marie de l’Incarnation, « la sainte Thérèse du Nouveau Monde »

La fondatrice des ursulines de Québec, une congrégation de religieuses enseignantes, est née à Tours en 1599. Malgré son attirance pour la vie religieuse à la suite d’un songe mystique, quand elle avait sept ans, Marie Guyart se marie, conformément au désir de ses parents. Un fils, Claude, voit le jour en 1619, qui entrera chez les bénédictins et sera son premier biographe. Les occupations quotidiennes de la jeune femme, après le décès de son mari, à la fin de l’année 1619, sont aussi mystiques que matérielles : sa vie spirituelle, rythmée par des révélations divines, est très forte ; c’est aussi une femme pratique qui prend en main la petite fabrique en faillite de son mari défunt, puis l’entreprise de transport de son beau-frère et de sa sœur. Ce double talent se vérifiera en Nouvelle-France, où elle s’installe en 1639. Elle est alors religieuse depuis neuf ans. Elle fonde à Québec le premier couvent des ursulines en Amérique du Nord et se dédie à l’enseignement des jeunes filles autochtones et des jeunes filles françaises de la colonie. Elle meurt le 30 avril 1672. Jean-Paul II l’élève au rang de bienheureuse le 20 juin 1980 et le pape François la canonise le 3 avril 2014.

Statue de la Sainte-Marie-de-l'Incarnation, fondatrice de l'ordre des ursulines au Canada, devant le couvent de 1641, Québec. / © Shutterstock, Anne Richard.
Statue de la Sainte-Marie-de-l'Incarnation, fondatrice de l'ordre des ursulines au Canada, devant le couvent de 1641, Québec. / © Shutterstock, Anne Richard.

Les raisons d'y croire :

  • Moins de cinq ans après la mort de sa mère, dom Claude Martin publie en 1677 La Vie de la vénérable mère Marie de l’Incarnation, tirée de ses lettres et de ses écrits. Une réédition voit le jour en 1684. Les contemporains des événements rapportés dans la biographie sont vivants : c’est un gage, concernant les informations qui s’y trouvent, d’authenticité et de véracité.
  • Marie Guyart rapporte elle-même à son fils le transport mystique qui lui fit renoncer à elle-même et prendre le parti de Dieu. Un matin de mars 1620, comme elle recommandait instamment à Dieu sa situation matérielle, elle écrit : « Je fus subitement arrêtée intérieurement et extérieurement et... toutes les pensées de mes affaires me furent ôtées de la mémoire. Alors les yeux de mon esprit furent ouverts en un moment, et toutes les fautes, péchés et imperfections, que j’avais commis depuis que j’étais au monde, me furent représentés en gros et en détail, avec une distinction et une clarté plus certaine que toute certitude que l’industrie humaine pourrait exprimer. […] Si la bonté de Dieu ne m’eût soutenue, je crois que je fusse morte de frayeur, tant la vue du péché, pour petit qu’il puisse être, me paraissait horrible»

  • Marie comprend que Jésus-Christ serait mort pour elle seule si elle eût été seule sur cette terre : « De voir que personnellement l’on est coupable, et que, quand l’on eût été seule qui eût péché, le Fils de Dieu aurait fait ce qu’il a fait pour tous, c’est ce qui consomme et anéantit l’âme » (Cl. Martin, La Vie de la vénérable mère Marie de l’Incarnation, p. 29). Devant tant de miséricorde à son égard, la gratitude envers le Seigneur l’envahit. Elle comprend aussi que le Sauveur l’invite à répondre à l’amour qu’il a pour elle par le don de son propre amour envers lui. Marie se rend à la confession sacramentelle le lendemain et décide de se consacrer à Jésus-Christ, dans une vie de solitude et d’abnégation.

  • Aussi Dieu est-il tout dans la vie de mère Marie de l’Incarnation : il est le grand amour, qui est le phare guidant ses actions, en même temps que le but, mais aussi le terme auquel tendent toutes ses actions et ses désirs.
  • C’est parce que cette sainte femme s’est abandonnée à la volonté divine qu’elle a pu redresser les affaires de l’entreprise de son beau-frère, élever seule son fils, fonder une maison de sa congrégation dans un continent alors inhospitalier et hostile, construire des monastères et former des religieuses. Si elle s’était cantonnée à ses propres forces, elle n’aurait peut-être jamais quitté Tours ; elle n’aurait probablement produit que des œuvres de peu d’envergure et, en tout cas, seulement humaines. Mais, à l’exemple de saint Paul, elle a laissé le Christ agir en elle. Et Jésus-Christ a pu agir en elle parce qu’elle lui avait fait préalablement don de sa personne et de tout ce qu’elle était. Le Sauveur, dès cette terre, a élevé son intelligence et sa volonté jusqu’à lui et les a en quelque sorte déjà « divinisées » en en prenant possession (Cl. Martin, ibid., p. 107-108).

Synthèse :

C’est à Tours, le 28 octobre 1599, que naît Marie Guyart, dans une famille honnête et peu fortunée. Ses parents lui donnent une éducation pieuse et vertueuse : la vertu de foi et le bon pli donné ainsi à son âme constituent pour elle « le bon fonds » (Cl. Martin, ibid., p. 12-13), qui la disposera plus tard à la plus haute contemplation mystique. Cette dernière grâce commence ostensiblement vers l’âge de sept ans : Jésus-Christ lui apparaît et lui parle. Après l’avoir embrassé, il lui demande : « Voulez-vous être à moi ? » Détail significatif de l’aptitude de l’enfant à la contemplation mystique, qui est un acte de l’esprit et non des sens, elle dira se souvenir très bien des paroles du Christ, mais plus du tout de sa forme corporelle. Or, les paroles sont plus proches de l’intelligence que les images. Ce germe de vocation exclusive se concrétise vers l’âge de quatorze ans : Marie se sent attirée par la vie du cloître des bénédictines de Beaumont.

Mais ses parents l’invitent plutôt à se marier. Aussi Marie épouse-t-elle en 1617 un fabricant de soieries, Claude-Joseph Martin. Ce dernier meurt en 1620, lui laissant des dettes, une fabrique en faillite et un fils : Claude (1619 – 1696), qui entrera chez les bénédictins réformés de la congrégation de Saint-Maur. Se remarier, selon le conseil de ses parents, serait sage. Mais Marie, depuis une confession sacramentelle du 24 mars 1620, veut se consacrer à Jésus-Christ.

Elle doit cependant subvenir aux besoins de son fils. Aussi rejoint-elle, sur leur invitation, sa sœur et son beau-frère : ils lui proposent de travailler avec eux dans leur petite entreprise de transport fluvial. Ses talents d’organisation sont récompensés : elle se voit confier la direction de l’entreprise familiale en 1625. Pourtant, c’est pour le Christ qu’elle veut dépenser ses forces, et elle prononce des vœux privés, anticipant l’état religieux auquel elle aspire. Elle entre chez les ursulines de Tours le 25 janvier 1631, après avoir confié son fils à sa sœur. Sœur Marie de l’Incarnation, selon le nom qu’elle reçoit, prononce ses vœux deux ans plus tard.

Au cours d’un songe, elle entrevoit un pays inconnu : dans un des paysages aperçus, la sainte Vierge tenant l’Enfant Jésus est présente. L’identité de ce pays lui est révélée quelques jours plus tard dans une locution intérieure : c’est le Canada. Aussi se procure-t-elle les Relations des Jésuites (rapports missionnaires) pour tâcher de mieux le connaître. Elle comprend que le Christ l’y appelle, selon la vocation de sa communauté, pour le faire aimer aux jeunes filles qui y habitent. Comment réaliser ce projet qui, matériellement comme moralement, est une gageure ? Elle est dénuée de tous moyens matériels mais fermement disposée à laisser Jésus-Christ agir en se servant d’elle. Aussis’abandonne-t-elle à la Providence divine. L’appui de Jean de Bernières et de Marie-Madeleine de La Peltrie, avec laquelle elle s’embarque en 1639, lui permet d’y parvenir. Deux autres ursulines et une servante de madame de La Peltrie les accompagnent.

Les ursulines s’installent dans la basse ville de Québec. La petite congrégation dirigée par la mère Marie de l’Incarnation se tourne d’abord vers les jeunes filles autochtones, mais les efforts des religieuses ne sont pas couronnés de succès. Elles se dévouent aussi auprès des jeunes filles françaises de la colonie. À la fin de l’année 1642, le monastère qu’elles ont construit dans la ville haute est prêt à les recevoir. Les constitutions adaptées à la vie de la colonie sont rédigées avec le concours du père Lalemant en 1646. Mais, quatre ans plus tard, un incendie dû à une négligence détruit le bâtiment. Dans une lettre à son fils Claude, mère Marie bénit son « doux Seigneur » dans cette épreuve. Les ursulines sont accueillies par madame de La Peltrie, en attendant que les travaux engagés pour la reconstruction soient achevés. La petite communauté reçoit des novices, et la première religieuse ursuline née à Québec, Anne Bourdon, qui a reçu le nom de sœur Anne de Sainte-Agnès, y fait ses vœux en 1660.

Mère Marie de l’Incarnation quitte ce monde le 30 avril 1672, à soixante-douze ans, à la suite d’une maladie. Madame de La Peltrie l’a précédée à la fin de l’année précédente. D’abord inhumée au cimetière du monastère, la dépouille de la fondatrice est honorée depuis 1968 dans l’ancienne chapelle Sainte-Angèle. Déclarée vénérable par le pape Pie X en 1911, elle est béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1980. Son culte liturgique est étendu à l’Église universelle par le décret de canonisation équipollente du pape François le 3 avril 2014.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Au-delà des raisons d'y croire :

Bossuet, dans Les États d’oraisons – reprenant le mot cité par dom Claude Martin faisant allusion à la grande mystique espagnole sainte Thérèse d’Avila –, dit de Marie de l’Incarnation qu’elle est « la Thérèse de nos jours et du Nouveau Monde ».


Aller plus loin :

Le site des ursulines de Québec présente une biographie assez détaillée de la vie de sainte Marie de l’Incarnation. Des onglets donnent accès à d’autres ressources en ligne sur le même sujet. Disponible également en anglais.


En savoir plus :

  • Henri Brémond :
    • Sainte Marie de l’Incarnation, Cerf, 2016, 208 p.
    • Histoire littéraire du sentiment religieux en France : depuis la fin des guerres de religion jusqu’à nos jours, vol. 6, Paris, Bloud et Gay, 1922, p. 3-136.
  • Marie de l’Incarnation :
    • Les Écrits de Tours, Paris, Éditions Arfuyen, coll. « Les carnets spirituels », 2003, 90 p. Cet ouvrage regroupe plusieurs lettres adressées par Marie Guyart à son directeur spirituel pour lui rendre compte de ses révélations mystiques, durant le temps où elle s’occupait de l’entreprise de son beau-frère (entre 1622 et 1634).
    • Autobiographie, Solesmes, 134 p. L’ouvrage reproduit la majeure partie de la relation autobiographique, intitulée Relation spirituelle, rédigée par la sainte au Québec en 1654.
    • Correspondance. Nouvelle édition par dom Guy Oury, moine de Solesmes, Solesmes, 1971, 1071 p.
  • Claude Martin, La Vie de la vénérable mère Marie de l’Incarnation, Solesmes, 790 p. L’auteur était bénédictin et le propre fils de la sainte.
  • Guy-Marie Oury :
    • Marie de l’Incarnation, Solesmes, 614 p. C’est la première biographie à caractère scientifique parue jusqu’alors.
    • Physionomie spirituelle de Marie de l’Incarnation, Solesmes, 155 p.
  • Le Centre d’Études Marie-de-l’Incarnation (CÉMI) de l’Université de Laval (Québec) propose sur son site une foule de documents de tous types concernant la vie et l’œuvre de la sainte.
  • Sur le site Internet de la CEF, courte vidéo présentant le rôle de la miséricorde divine dans la vie de la sainte.
Partager cette raison

LES RAISONS DE LA SEMAINE

L’Église , Les saints , Les apparitions et interventions mariales
Saint Simon Stock reçoit le scapulaire du Mont Carmel des mains de la Vierge Marie
Les saints
Saint Pascal Baylon, humble berger
Les saints , Corps conservés des saints , Stigmates
Sainte Rita de Cascia, celle qui espère contre toute espérance
Les saints
L’étrange barque de saint Basile de Riazan
Les saints , Corps conservés des saints
Saint Antoine de Padoue, le « saint que tout le monde aime »
Les saints , Conversions d'athées , Témoignages de rencontres avec le Christ
L’extraordinaire conversion de Micheline de Pesaro
Les saints , Les anges et leurs manifestations , Corps conservés des saints
Saint Antoine-Marie Zaccaria, médecin des corps et des âmes
Les saints
Les saints époux Louis et Zélie Martin
Les saints , La profondeur de la spiritualité chrétienne
Frère Marcel Van, une « étoile s’est levée en Orient »
Les saints
Sainte Anne et saint Joachim, parents de la Vierge Marie
Les saints
Saint Loup, l’évêque qui fit rebrousser chemin à Attila
Les saints
Saint Ignace de Loyola : à la plus grande gloire de Dieu
Les saints
Saint Nazaire, apôtre et martyre
Les saints , Des miracles étonnants , Guérisons miraculeuses
Saint Jean-Marie Vianney, la gloire mondiale d’un petit curé de campagne
Les moines , Les saints
Saint Dominique de Guzman, athlète de la foi
Les saints , Témoignages de rencontres avec le Christ
Sainte Faustine, apôtre de la divine miséricorde
Les moines , Lévitations , Stigmates , Conversions d'athées , Témoignages de rencontres avec le Christ
Saint François, le pauvre d’Assise
Les saints , Les grands témoins de la foi
Ignace d’Antioche : successeur des apôtres et témoin de l’Évangile
Les saints
Antoine-Marie Claret, un tisserand devenu ambassadeur du Christ
Les saints
Alphonse Rodriguez, le saint portier jésuite
Les saints , Des miracles étonnants , Bilocations
Martin de Porrès revient hâter sa béatification
Les saints , Des miracles étonnants
Saint Martin de Tours, père de la France chrétienne
Les saints
Saint Albert le Grand, les noces de l'intelligence et de la foi
Les saints
Saint Grégoire le Thaumaturge
Les saints , Une vague de charité unique au monde , Corps conservés des saints
Virginia Centurione Bracelli : quand toutes les difficultés s’aplanissent
Les saints
Lorsque le moine Seraphim contemple le Saint-Esprit
Les saints , Les apparitions et interventions mariales , Des miracles étonnants , Corps conservés des saints
Saint Pierre Thomas : une confiance en la Vierge Marie à toute épreuve
Les saints
À Grenoble, le « saint abbé Gerin »
Les saints , Les apparitions et interventions mariales , Guérisons miraculeuses
Gabriel de l’Addolorata, le « jardinier de la Sainte Vierge »
Les saints , Les mystiques , Des miracles étonnants , Corps conservés des saints , Histoires providentielles
Sainte Rose de Viterbe : comment la prière change le monde
Les saints
Bienheureux Francisco Palau y Quer, un amoureux de l’Église
Les saints , Les apparitions et interventions mariales
La maturité surnaturelle de Francisco Marto, « consolateur de Dieu »
L’Église , Les saints , Les apparitions et interventions mariales
San Simón Stock recibe el escapulario del Carmen de manos de la Virgen María
Les saints
San Pascual Baylon, humilde pastor
Les saints , Corps conservés des saints , Stigmates
Santa Rita de Casia, la que espera contra toda esperanza
Les saints , Histoires providentielles
L’absolue confiance en Dieu de sainte Agnès de Montepulciano
Les saints
Sainte Catherine de Gênes, ou le feu de l’amour de Dieu
Les saints
Sainte Marie de l’Incarnation, « la sainte Thérèse du Nouveau Monde »
Les saints
Rosa Venerini ou la parfaite volonté de Dieu
L’Église , Les saints , Les apparitions et interventions mariales
Saint Simon Stock reçoit le scapulaire du Mont Carmel des mains de la Vierge Marie
Les saints
Saint Paschal Baylón: from humble shepherd to the glory of sainthood
Les saints , Corps conservés des saints , Stigmates
Saint Rita of Cascia: hoping against all hope
Les saints
Camille de Soyécourt, comblée par Dieu de la vertu de force
L’Église , Les saints , Les apparitions et interventions mariales
San Simone Stock ricevette dalle mani della Vergine Maria lo scapolare del Monte Carmelo
Les saints
San Pascal Baylon, umile pastore
Les saints
François de Girolamo lit dans les cœurs
Les saints , Corps conservés des saints , Stigmates
Santa Rita da Cascia, colei che spera contro ogni speranza
Les saints
Jeanne-Antide Thouret : partout où Dieu voudra l’appeler
Les saints
Saint Augustin de Cantorbéry apporte la bonne nouvelle sur la terre des Angles