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Bilocations
n°144

Drôme (Frane) et Turin (Italie)

14 octobre 1878

Une bilocation de saint Jean Bosco

Le 14 octobre 1878, Don Bosco (1815-1888) est à Turin. Pourtant, ce même jour, il guérit miraculeusement un enfant dans le sud de la France. Monsieur Clément, le père de l'enfant, a recueilli chez lui quelques heures auparavant un vieux prêtre fatigué, croisé le long d’une route. L’enfant, aveugle, sourd et muet, est gardé chez une nourrice à quelques kilomètres de là.

Jean Bosco en 1870. © CC0/wikimedia
Jean Bosco en 1870. © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Monsieur Clément, sain de corps et d’esprit, sans aucun antécédent d’accès délirants ou d’alcoolisme, recueille un homme, en chair et en os, dont la description correspond parfaitement à celle donnée indépendamment par la nourrice, qui assiste ce même jour à la guérison de l’enfant par ce mystérieux prêtre. 
  • Ce n’est que plus tard, à la mort de Don Bosco, lorsque des images saintes le représentant circulent et que sa renommée grandit en dehors de l’Italie, que le mystérieux prêtre est identifié par les parents et la nourrice comme étant le saint Jean Bosco.
  • On sait pourtant de source sûre qu’en ce 14 octobre 1878, Don Bosco est à Turin. En effet, il est un personnage reconnu en Italie, fondateur des Salésiens et cofondateur des Filles de Marie Auxiliatrice. Son premier voyage officiel en France date de 1883.
  • Célèbre dans la péninsule italienne, Jean Bosco l’est très peu en France, à cette époque. On conçoit mal de quelle manière et pourquoi le couple Clément et la nourrice de leur fils auraient imaginé la présence d’un prêtre inconnu ressemblant au saint, au beau milieu du département de la Drôme...
  • La guérison miraculeuse du petit garçon est attestée par le corps médical qui souligne que la disparition de telles infirmités, définitives et incurables, n’ont aucune explication naturelle.
  • La vie, les expériences spirituelles et les multiples prodiges de saint Jean Bosco retenus dans les procès de béatification puis de canonisation, comme celui de cette bilocation, sont formidablement documentés et ne peuvent soulever le moindre doute quant à leur véracité.

Synthèse :

Né le 16 août 1815 près de Turin (Italie, Piémont), Jean Bosco est l’enfant d’une famille de petits cultivateurs pratiquants. Il partage la vie paisible avec ses parents et leurs deux autres enfants. Mais son père meurt rapidement et sa mère, restée veuve, est contrainte d’assurer le quotidien pour toute la fratrie. Remarqué dès l’enfance pour ses dons intellectuelles, sa prodigieuse mémoire, mais aussi pour ses talents d’acrobate et de bateleur qui amusent ses petits camarades, il échappe au métier agricole et poursuit des études grâce aux dons de bienfaiteurs.

En 1824, il fait un rêve mystérieux dans lequel il se vit entouré d’une bande de garnements l’injuriant et le menaçant ; mais il aperçut soudainement un homme majestueux qui lui dit conduire ses jeunes « non avec des coups, mais par la douceur et la charité ». Enfin, il vit une femme au « manteau resplendissant » qui l’invita à devenir « humble, fort et robuste ». Ce songe va le poursuivre toute sa vie et il en fait l’une des bases de sa vocation sacerdotale.

Parallèlement à ses études, il apprend plusieurs métiers qui lui permettent de gagner quelques sous : cordonnier, palefrenier, serveur dans un bar, prestidigitateur, etc. Il réussit à mener à leur terme ses études ecclésiastiques et est ordonné prêtre en 1841.

Dès lors commence une vie apostolique hors du commun. Il rassemble des jeunes démunis dans un petit « oratoire » où il leur apprend le catéchisme, visite les prisonniers, les malades, ses confrères prêtres… Ses qualités et ses charismes spirituels lui attirent des centaines de personnes dans les quartiers pauvres de Turin. Trois ans plus tard, pour permettre à son oratoire de continuer à accueillir un nombre toujours croissant de personnes, il en transfère les locaux dans le quartier turinois de Valdocco. C’est un nouveau succès. A ses yeux, il n’est responsable en rien de ces œuvres : « C’est la Vierge Marie qui a tout fait », déclare-t-il plus tard.

C’est à cette époque que le saint que son entourage prend conscience de la réalité de ses dons : discernement, prophétie, lecture des âmes, rêves prémonitoires d’une incroyable justesse, multiplication de nourriture (20 novembre 1860), etc. Parfois, le contact entre le saint et certains jeunes se passe assez mal, du moins au départ. Don Bosco est même expulsé manu militari de certains quartiers et il manque quelquefois d’être battu sauvagement. Mais face au dévouement du saint, et à celui de ses protégés, tous finissent par avouer l’extraordinaire charisme du prêtre.

La période des fondations est arrivée. Puisque son modèle est saint François de Sales, dont il admire la douceur pastorale et la fermeté doctrinale, il rebaptise sa première communauté du nom « Oratoire Saint-François-de-Sales ». Cours du soir, catéchisme, apprentissages professionnels, le saint intervient à tous les niveaux. Il se met à écrire des manuels d’instruction scolaire et religieuse. Mystique, missionnaire et entrepreneur, Don Bosco est aussi un pédagogue hors pair.

Enfin, le 26 janvier 1854, il fonde la Société de Saint François de Sales que nous désignons couramment sous le vocable de Salésiens. Le pape Pie IX approuve cette fondation dès 1869. Cette branche masculine du nouvel ordre est complété dans les années 1870 par celle des femmes, les « Filles de Marie Auxiliatrice », puis celle des laïcs, la « Pieuse Union des Coopérateurs salésiens ».

C’est cet homme que rencontre un petit agriculteur français, Monsieur Clément, le 14 octobre 1878 sur une route du département de la Drôme, non loin de sa maison, à Saint-Rambert d’Albon. Il voit surgir au détour d’un virage un homme vêtu comme un ecclésiastique. Il ne le connaît pas. Lui-même originaire de la région, comme sa parentèle depuis des générations, il connaît pourtant le clergé diocésain. L’inconnu a l’air épuisé. C’est un homme âgé qui avance maladroitement devant lui en regardant le sol.

Pris de pitié, il arrête sa charrette et demande au mystérieux visiteur s’il veut se reposer, et, pour ce faire, lui propose de le transporter jusqu’à chez lui. L’homme accepte. Parvenu au domicile de M. Clément, une discussion s’engage entre le prêtre recueilli sur le bord du chemin et le couple Clément. Touchés par son allure, et la transparence de son cœur, ils lui partagent qu’un de leurs fils, confié à une nourrice non loin d’ici souffre d’une grave infirmité. Le petit, aveugle, sourd et muet, est perdu aux yeux de la médecine.

Soudain, le prêtre inconnu se tourne vers Adèle, la mère, et lui dit : « Priez et vous serez exaucée ». Les deux époux se regardent sans comprendre ce que ce propos peut bien vouloir dire. En attendant, ils se préparent à partager un repas avec le prêtre mystérieux. A table, après la récitation du Benidicite, il pointe du doigt un broc d’eau blanc, cerclé d’argent, en disant ces mots : « Conservez ce broc en souvenir de moi ».

Le repas achevé, il semble avoir repris des forces. Il remercie les époux Clément et prend congé sans attendre. « Vous serez exaucé... » : qui était ce prêtre que nul dans le village n’a jamais vu ? Adèle et son mari veulent en avoir le cœur net : ils se rendent chez la nourrice de leur enfant malade, à Coinaud, à quelques kilomètres de leur domicile. Ce qu’ils y découvrent les bouleversent à tout jamais.

La nourrice leur explique que, vers midi, elle a reçu la visite d’une personne âgée, vêtue avec des habits sacerdotaux, qu’elle n’avait jamais rencontrée. Le visiteur savait - elle ignore comment – qu’elle gardait ces jours-ci un petit garçon très malade et il a insisté pour voir celui-ci afin de prier à son intention. Elle a du mal à poursuivre son propos tant ses paroles sont entrecoupées de sanglots : l’inconnu a étendu ses deux mains sur la tête de l’enfant, prié en silence quelques instants, puis a disparu avant qu’elle eût le temps de dire quoi que ce soit. Lorsqu’elle est revenue dans la pièce, le fils Clément voyait, entendait et riait aux éclats en entendant pour la première fois des sons sortir de sa bouche.

Le couple Clément et leur nourrice ont rassemblé puis recoupé tous les détails de leur aventure. Leurs descriptions du prêtre âgé sont unanimes : un véritable portrait-robot. Or, dix ans plus tard, lorsque Dieu a rappelé à lui son serviteur, de nombreuses images du saint furent diffusées dans le monde catholique. Un jour, les parents, l’enfant miraculé et la nourrice ont reconnu sur l’une d’elles le guérisseur inconnu du 14 octobre 1878.

Admiré par le pape Léon XIII qui lui demanda parfois conseil, Jean Bosco est béatifié en 1929 par Pie XI qu’il avait connu à l’époque où il n’était qu’un jeune prêtre. Le même Souverain pontife le déclare saint le 1er avril 1934.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Remarquables par leur ampleur comme par leur diversité, les réalisations religieuses et charitables de Don Bosco voient le jour dans un contexte difficile : d’origine modeste, il n’a aucun ni argent ni réseaux, et les crises politiques traversant l’Italie, opposant catholiques et républicains, freinent considérablement ses projets.


Aller plus loin :

Morand Wirth, « Jean Bosco (saint) », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 393-395.


En savoir plus :

  • Francis Desramaut, Don Bosco en son temps (1815-1888), Societa Editrice Internazionale, 1996.
  • Morand Wirth, Don Bosco et la famille salésienne. Histoire et nouveaux défis (1815-2000), Paris, 2000.
  • Guillaume Hunermann, Don Bosco, l’apôtre des jeunes, Paris, Salvator, 2018.
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