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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les martyrs
n°195

Sicile (Italie)

IVe siècle

Sainte Lucie de Syracuse, vierge et martyre pour Jésus-Christ

Sainte Lucie, issue d’une noble et riche famille sicilienne, obtient la guérison de sa mère gravement malade à la suite d’un pèlerinage sur le tombeau de sainte Agathe, à Catane. Pleine de gratitude, elle choisit alors de donner ses biens aux pauvres et de consacrer sa virginité à Jésus-Christ. Sainte Lucie fut martyrisée pour sa foi à la suite des édits de persécution de l’empereur Dioclétien, décrétés en 303 et 304. Les témoignages l’attestant sont très anciens : le premier est une pierre gravée qui remonte à la fin du IVe ou au début du Ve siècle et indique que le culte de la sainte était déjà répandu. Sainte Lucie, fêtée le 13 décembre, est priée pour apaiser les hémorragies et les maux d’yeux.

Mosaïque de la procession des vierges à la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne. Sainte Lucie est désignée par les mots qui la surmontent : +SCA LUCIA+ / © Public domain, via Wikimedia Commons
Mosaïque de la procession des vierges à la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne. Sainte Lucie est désignée par les mots qui la surmontent&nbsp;: +SCA LUCIA+ / © Public domain, via Wikimedia Commons

Les raisons d'y croire :

  • Lorsqu’elle est arrêtée, sainte Lucie refuse de renoncer à la foi chrétienne. Elle est donc exposée à diverses tortures qui n’ont apparemment pas d’effet sur elle : les soldats se saisissent d’elle mais ne parviennent pas à la faire bouger, même tirée avec des cordes et attelée à des bœufs ; mise en feu, elle ne semble pas souffrir des flammes... Vierge et martyre, sainte Lucie est finalement tuée par l’épée.
  • Le culte de sainte Lucie est attesté très tôt. Le martyrologe « hiéronymien » la cite, aux ides de décembre (13 décembre) sous les mots : « Syracusa civitate Siciliae natalis s. Luciae Virginis », c’est-à-dire « À Syracuse, ville de Sicile, jour de la naissance au Ciel de sainte Lucie, vierge. » Le martyrologe hiéronymien est le plus ancien martyrologe de langue latine : il a servi de base à ceux qui sont venus après. Selon les travaux de Louis Duchesne, on peut faire remonter son origine documentaire à trois archives, dont un calendrier liturgique romain constitué au temps de l’empereur Constantin (272 – 337), ce qui nous amène à l’époque où vécut sainte Lucie, dont la passion eut lieu durant la première décade du IVe siècle, très probablement en 303 ou 304.

  • Les découvertes archéologiques appuient également la réalité historique de la personne de sainte Lucie. Dans les catacombes San Giovanni, à Syracuse, une inscription sur une dalle de marbre carrée de vingt centimètres de côté environ, découverte lors de fouilles archéologiques en 1894, révéla le texte grec dont voici la traduction : « Euskia, l’irréprochable, a vécu bonne et pure pendant quinze années environ, mourut en la fête de ma sainte Lucie, qu’on ne peut louer comme il convient ; chrétienne, fidèle, parfaite, reconnaissante à son mari d’une vive gratitude. » Il s’agit d’une épitaphe laissée par un mari éploré. Il est remarquable – parce que très rare – que la date du décès soit indiquée ici non selon le calendrier, mais par la coïncidence avec la fête liturgique du jour. Nous pouvons donc noter que le culte de sainte Lucie existait déjà à Syracuse à l’époque à laquelle l’inscription a été gravée, soit à la fin du IVe ou au début du Ve siècle. Ce témoignage est le plus ancien que l’on possède sur la sainte.

  • Son nom figure au canon de la messe, qui a été composé à partir des traditions antiques vers le IVe siècle (le Memento, où figure le nom de sainte Lucie, ne fait cependant pas partie du groupe uni des prières de l’institution, et il est donc ultérieur.) Il est également cité dans les litanies majeures – prières chantées en procession déjà sous saint Grégoire le Grand (VIe siècle).
  • Sainte Lucie est également représentée parmi les mosaïques de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne. Lucie figure parmi les vierges martyres de la mosaïque de la procession des vierges (la deuxième en partant de la droite), qui fait face à la mosaïque de la procession des martyrs, au registre inférieur dans la nef. Cette série de mosaïques date de l’époque byzantine de Ravenne, à partir de 540. On reconnaît en effet dans l’art de la composition la répétition des attitudes, les motifs végétaux utilisés de manière purement décorative sans chercher à créer du volume, les personnages placés sans soutien dans le plan comme flottant dans l’espace, les figures toujours vues de face et au regard fixe, l’habillement précieux et l’usage du fond d’or, propres à l’art byzantin.
  • Les reliques de la sainte suscitent un intérêt et une dévotion très forte, bien au-delà de la Sicile. Leur localisation peut être retracée tout au long de l’histoire entre Constantinople, Venise, Corsino, Metz et Ottange.

Synthèse :

Le personnage historique de sainte Lucie et le culte dont elle fut l’objet sont tous deux antiques. Il est certain qu’elle fut martyrisée lors de la grande persécution (303-311 pour la partie occidentale de l’Empire) sous Dioclétien, à Syracuse, en Sicile. Le martyrologe romain, à la date du 13 décembre, lui consacre une notice plus détaillée, dont les données historiques proviennent essentiellement des Actes de sainte Lucie. Les témoignages qui corroboreraient ces Actes font malheureusement défaut. Cela ne signifie pas cependant que ce qu’ils nous apprennent ne puisse se trouver fidèle à la vérité historique. En voici le récit : Eutychie, la mère de notre sainte, était affligée d’un flux de sang depuis quatre ans. Lucie et sa mère se rendirent en pèlerinage au tombeau de sainte Agathe, à Catane. La prière de Lucie obtint la guérison d’Eutychie. Lucie demanda à sa mère, en remerciement envers Dieu, la permission de consacrer sa virginité à Jésus-Christ, et ses biens aux pauvres. Lucie fut par la suite arrêtée comme chrétienne, et Paschase, gouverneur de Sicile, la condamna à être abandonnée à la prostitution publique. Mais, quand on voulut l’emmener, elle se trouva immobile et nul effort ne put lui faire faire un pas hors du lieu où elle se trouvait. On la couvrit de poix, de résine et d’huile bouillante, puis on alluma alors du feu autour d’elle, mais elle n’en éprouva aucun mal. Enfin, après avoir été percée d’un coup d’épée, elle rendit l’esprit quelque temps après.

Sainte Lucie est traditionnellement priée pour apaiser les hémorragies (en raison de la guérison de sa mère rapportée par les Actes de son martyre) et les maux d’yeux. Pourquoi les affections oculaires ? Une raison possible est tirée de son nom. « Lucie » provient du mot latin lux qui signifie la lumière. La coïncidence de la date de sa fête selon le calendrier julien, le 13 décembre, y contribue : le 13 décembre correspondait au début du ive siècle à l’époque qui suit le solstice d’hiver, à partir duquel les jours gagnent en longueur et la lumière semble l’emporter sur les ténèbres. La lumière créée d’ici-bas n’est-elle pas le symbole de la lumière incréée qu’est Dieu ? Le jour de son martyre, sainte Lucie a découvert la lumière éternelle. On peut voir en son prénom une invitation à désirer la lumière surnaturelle qu’est la vision béatifique.

Les reliques de sainte Lucie furent d’abord transportées à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle à Constantinople par les Byzantins, quand ces derniers durent fuir l’avancée lombarde. Faisons un saut dans le temps : lors de la IVe croisade, qui fut détournée de son but initialement prévu par le pape Innocent III – la délivrance des lieux saints – et prit le tour d’une expédition intéressée vers Constantinople, la ville fut prise en 1204. À la suite du sac, le doge de Venise Enrico Dandolo, qui participait à l’expédition, envoya à Venise les reliques de sainte Lucie qui furent conservées dans une église qui prit son nom. Depuis la démolition de cette dernière au XIXe siècle, pour laisser la place à la gare ferroviaire de Venise, nommée pour cette raison stazione Santa Lucia, elles sont vénérées aujourd’hui dans l’église San Geremia. Quelques fragments des reliques ont été rapportés à Syracuse.

Le culte de sainte Lucie s’est également développé à Metz après qu’une partie de ses reliques fut rapportée en l’abbatiale Saint-Vincent. La Chronique des évêques de Metz, de Sigebert de Gembloux, moine de l’abbaye bénédictine Saint-Vincent, rapporte que Faroald, duc de Spolète, alors qu’il s’était rendu maître de la Sicile sur les Byzantins au début du VIIIe siècle, grâce au roi des Lombards Luitprand dont il dépendait, fit enlever de Syracuse le corps de sainte Lucie, pour enrichir, dans son duché, la ville de Corsino. Presque quatre siècles plus tard, lors d’un voyage en Italie avec l’empereur Othon Ier, son cousin, l’évêque de Metz Thierry Ier obtint par le moyen de ce dernier une foule de reliques, dont il enrichit l’abbaye Saint-Vincent, qu’il avait fondée en 968. Il rapporta en particulier le corps de sainte Lucie, qu’il déposa dans l’abbatiale de Saint-Vincent, dont il fit solennellement la dédicace en 972.

Il semblerait donc que les reliques de sainte Lucie furent divisées en deux groupes quand les Byzantins perdirent Syracuse. Une partie prit la route de Constantinople : ce sont les reliques qu’on peut vénérer aujourd’hui à Venise, à San Geremia. L’autre partie fut transportée à Corsino, puis de là à Metz : on peut prier sainte Lucie devant ces dernières reliques à Ottange, dans l’église Saint-Willibrord, en Moselle.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin :

Paul Guérin, Les Petits bollandistes, Paris, 1876, tome XIV, p. 236 et p. 238-242.


En savoir plus :

  • Louis-Sébastien Lenain de Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, Paris, 1698, tome V, p. 142-143.
  • Henri Leclerc, article « Lucie (sainte) » dans le Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, Letouzey et Ané, 1930, tome IX, 2e partie, col. 2616-1618.
  • Louis Duchesne, « Les sources du Martyrologe hiéronymien », dans Mélanges d’archéologie et d’histoire, vol. 5, 1885, p. 120-160 (disponible en ligne).
  • Pierre-Édouard Wagner, Culte et reliques de sainte Lucie à Saint-Vincent de Metz, Académie nationale de Metz, 2002, 24 p.
  • Michel Parisse et Arnaud Hari, Catalogue historique des évêques de Metz. Le Moyen Âge, LAMOP (Université Paris 1-CNRS), 2015, p. 23-24 (disponible en ligne).
  • Mireille Chazan, « La chronique de Sigebert de Gembloux : succès français d’une œuvre lotharingienne. À propos d’un exemplaire de l’édition princeps conservé à la bibliothèque municipale de Metz », Société d’histoire et d’archéologie de la Lorraine, Les Cahiers Lorrains, 1990, p. 1-26 (disponible en ligne).
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