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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Conversions d'athées
n°287

France

29 mars 1924

Madeleine Delbrêl, éblouie par Dieu

L’itinéraire religieux de Madeleine Delbrêl (1904-1964) ressemble d’abord à celui de millions d’autres enfants de ce siècle : fille de parents catholiques non-pratiquants, elle est baptisée et catéchisée dans son enfance, mais abandonne petit à petit la foi dans l’adolescence, jusqu’à l’athéisme le plus virulent. Mais lorsqu’elle rencontre, dans ses premières années d’études, de jeunes étudiants chrétiens, elle doit admettre que l’existence de Dieu n’est sans doute pas aussi ridicule qu’elle l’imaginait, puisque des gens intelligents et équilibrés professent une foi vive et enthousiaste. Acceptant honnêtement de se poser la question, elle l’aborde d’abord par la réflexion et l’étude, mais décide finalement de faire l’expérience de la prière. C’est dans cette prière, le 29 mars 1924, qu’elle est « éblouie par Dieu », saisie par cet amour auquel elle consacrera désormais sa vie.

© CC0
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Les raisons d'y croire :

  • Madeleine Delbrêl n’était pas athée par indifférence ou par ignorance, mais par conviction.
  • Sa rencontre avec Dieu a été préparée par un honnête cheminement intellectuel : la rationalité y a toute sa part.
  • En même temps, sa conversion n’a pas été qu’un processus rationnel : au terme de la recherche intellectuelle, il a fallu le don d’une grâce surnaturelle, le don de la foi, reçu dans la prière.
  • Par sa vie entièrement donnée aux autres, Madeleine Delbrêl témoigne de la réelle fécondité de la foi dans nos vies.

Synthèse :

Madeleine Delbrêl naît en 1904 à Mussidan, en Dordogne. Son itinéraire religieux est d’abord semblable à celui de millions d’autres Français de ce siècle (et d’aujourd’hui). Née de parents non-pratiquants, elle est baptisée enfant, et prépare sa première communion en allant au catéchisme où elle montre même une certaine ferveur. Le catéchisme achevé, alors que Madeleine adolescente s’est installée à Paris avec ses parents, elle abandonne assez rapidement cette foi de son enfance. « À 15 ans, j’étais strictement athée », dira-t-elle (témoignage publié dans La Question des prêtres-ouvriers).

Mais elle va plus loin dans l’athéisme que la plupart des jeunes filles de son âge. Elle n’a pas simplement cessé de croire en Dieu : elle veut aller jusqu’au bout et tirer toutes les conséquences philosophiques de l’inexistence de Dieu. À 17 ans, elle rédige une virulente profession d’athéisme : « On a dit : “Dieu est mort.” Puisque c’est vrai, il faut avoir le courage de ne plus vivre comme s’il vivait. On a réglé la question pour lui ; il faut la régler pour nous. Tant que Dieu vivait, la mort n’était pas une mort pour de bon. La mort de Dieu a rendu la nôtre plus sûre. La mort est devenue la chose la plus sûre. Il faut le savoir. Il ne faut pas vivre comme des gens pour qui la vie est la grande chose » (texte publié dans Éblouie par Dieu).

Pour elle alors, la foi n’est même pas une question. « Jusque-là », témoignera plus tard Madeleine Delbrêl (dans Ville marxiste, terre de mission), « je n’avais autour de moi que très peu de chrétiens. Leur religion m’apparaissait comme un comportement social relevant du même ordre de discussion et d’importance que d’autres “us et coutumes” […]. Ils ne posaient aucune des difficultés qu’une foi aurait posées. »

Pourtant, dans les années qui suivent, la jeune femme éprise de sorties, de danse, de piano, commence à fréquenter un certain nombre d’étudiants, parmi lesquels plusieurs chrétiens fervents. Pour Madeleine, ces étudiants chrétiens sont une énigme : comment de jeunes gens intelligents et équilibrés peuvent-ils être croyants ? Elle continue ainsi son témoignage : « Mes camarades, au contraire ne posaient, et brutalement, que les difficultés posées par une foi. Oui, ils étaient fort à l’aise dans tout mon réel ; mais ils amenaient ce que je devais bien appeler “leur réel”, et quel réel ! […] À les rencontrer souvent pendant plusieurs mois, je ne pouvais plus honnêtement laisser non pas leur Dieu mais Dieu dans l’absurde. » Madeleine est même amoureuse de l’un d’entre eux, un nommé Jean Maydieu, avec lequel on l’imagine déjà fiancée… alors qu’il rentrera finalement chez les religieux dominicains.

Madeleine ne peut plus ignorer la question de Dieu, ce Dieu qu’elle croyait sans consistance, et qui pourtant semble si réel à d’autres. La jeune femme réfléchit, elle lit beaucoup, et l’existence de Dieu lui devient un peu moins improbable. Mais il faut aller plus loin. « Si je voulais être sincère », raconte-t-elle, « Dieu n’étant plus rigoureusement impossible ne devait pas être traité comme sûrement inexistant. Je choisis ce qui me paraissait le mieux traduire mon changement de perspective : je décidai de prier. »

Et le 29 mars 1924, c’est la rencontre avec Dieu, qu’elle décrit avec beaucoup de pudeur : « Dès la première fois je priai à genoux par crainte, encore, de l’idéalisme. Je l’ai fait ce jour-là et beaucoup d’autres jours et sans chronométrage. Depuis, lisant et réfléchissant, j’ai trouvé Dieu ; mais en priant j’ai cru que Dieu me trouvait et qu’il est la vérité vivante, et qu’on peut l’aimer comme on aime une personne. » Plus tard, Madeleine Delbrêl dira simplement qu’elle a été, ce jour-là, « éblouie par Dieu » (Nous autres, gens des rues).

À partir de là, toute la vie de Madeleine Delbrêl sera un vivant témoignage de l’amour de Dieu : après avoir pensé à rentrer au couvent, elle fait le choix le rester dans le monde, mais comme célibataire, entièrement consacrée à l’amour de Dieu et du prochain. Installée comme assistante sociale avec quelques compagnes à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, ville ouvrière largement acquise au communisme, elle y restera jusqu’à sa mort en 1964.

Tristan Rivière


Au-delà des raisons d'y croire :

En plus de son activité d’assistante sociale, Madeleine Delbrêl écrit aussi des textes mystiques, dans lesquels elle aborde notamment un aspect assez rarement traité par ailleurs : la place de l’humour dans la vie spirituelle. Plusieurs de ces textes ont été réunis dans le recueil Humour dans l’amour et dans Alcide le petit moine, 3e et 4e volumes des œuvres complètes. Une façon amusante et originale d’aborder la vie spirituelle.


Aller plus loin :

Gilles François et Bernard Pitaud, Madeleine Delbrêl. Poète, assistante sociale et mystique, « Récit », Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2014.


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