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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Témoignages de rencontres avec le Christ
n°282

Naples (Italie)

1696 – 1787

Jésus parle à Alphonse de Liguori qui, en retour, promet d’entrer dans les ordres

En 1723, Alphonse de Liguori, jeune avocat talentueux, promis à un avenir brillant, commet une erreur banale lors d’un grand procès. Peu après, il est marqué par une expérience inexpliquée : il voit une belle lumière et entend distinctement une voix masculine d’une douceur extraordinaire lui dire : « Alphonse, quitte le monde et, désormais, ne vis que pour moi seul ! » C’est un ébranlement total et définitif. Il quitte le barreau, suit des études de théologie, puis est ordonné prêtre. Jusqu’à son dernier souffle, sans perdre une minute – comme il aime à le dire –, il mène une vie d’une éminente sainteté.

La cathédrale d'Antsirabe, saint Alphonse Liguori et les enfants. / © Shutterstock, godongphoto.
La cathédrale d'Antsirabe, saint Alphonse Liguori et les enfants. / © Shutterstock, godongphoto.

Les raisons d'y croire :

  • S’il avait été victime d’une hallucination visuelle et auditive, la conversion d’Alphonse et sa vocation sacerdotale n’auraient probablement pas perduré jusqu’à la fin de sa vie. Avec du recul, il serait revenu sur ces décisions.
  • Il faut souligner que son milieu de vie et sa famille ne sont en rien favorables à la décision d’Alphonse de devenir prêtre : ils tentent de le dissuader ; en vain.
  • La description laissée par le saint de sa vision et de sa locution, sobre mais très précise, est absolument conforme à bien d’autres phénomènes du même type, répertoriés et reconnus par l’Église catholique au fil des siècles.
  • On imagine mal saint Alphonse de Liguori avoir été dupe au sujet de cette vision, dans la mesure où son autorité exceptionnelle dans le domaine de la théologie est universellement reconnue – il est élevé au rang de docteur de l’Église le 23 mars 1871. En effet, son œuvre écrite est monumentale, tant par la diversité des sujets traités que par sa profondeur spirituelle. Ces ouvrages ne contiennent pas la moindre erreur doctrinale ni un seul jugement spirituel erroné.
  • En particulier, Alphonse de Ligori écrit ceci : « À lire les extases et les ravissements d’une sainte Thérèse […], certaines âmes d’oraison se prennent à désirer ces communautés surnaturelles. De tels souhaits doivent être repoussés, parce qu’ils sont contraires à l’humilité. » Cela témoigne du regard prudent et sans compromis qu’il porte sur les phénomènes mystiques : il n’est absolument pas ce qu’on pourrait appeler un « illuminé ».

  • La fondation des Rédemptoristes, ordre toujours bien vivant en 2024, est aussi le fruit d’une expérience mystique qu’Alphonse a su discerner : le 3 octobre 1731, Marie-Céleste Crostarosa, béatifiée par le pape François en 2016, lui fait part d’une vision que le saint a d’ailleurs rapportée à son confesseur par prudence. Elle avait vu Alphonse aux côtés de saint François d’Assise, qui le montra de la main en disant : « Voici le fondateur d’un nouvel ordre de missionnaires dans l’Église. »

  • La conversion d’Alphonse de Liguori a eu d’innombrables retombées universelles, ce qui indique son origine surnaturelle. Outre la fondation des Rédemptoristes, la conversion d’Alphonse et son ministère sacerdotal sont la source de conversions au Christ, de guérisons (un enfant agonisant qui revient à la vie ; un autre, muet, qui se met à parler ; un aveugle qui retrouve la vue, etc.), de paix retrouvée, etc.

Synthèse :

Alphonse-Marie de Liguori est né dans une famille napolitaine le 27 septembre 1696. L’enfant reçoit une solide éducation intellectuelle. Alors qu’il est encore petit, sa mère, femme de grande piété, lui fait découvrir les choses de la foi ; c’est grâce à elle qu’Alphonse acquiert rapidement une excellente formation catéchétique.

Par ses qualités naturelles, l’enfant fait l’admiration des siens : imagination remarquable, esprit vif, sûreté du jugement, aisance relationnelle, excellente mémoire, sensibilité aux malheurs d’autrui… Le jeune Alphonse étudie de front le latin, le français, l’histoire, la géographie, la géométrie, la peinture, la musique… : une formation supérieure réservée aux élites de l’époque.

Il fait sa première communion à dix ans. Dirigé par un oratorien, le père Pagano, l’adolescent aime prier, participer à la liturgie, et apprécie l’histoire sainte. Il semble alors que sa foi grandit en lui à la vitesse de son corps.

Il entreprend des études de droit qui le mènent au grade de docteur après la soutenance de sa thèse. Il a alors seize ans et obtient une dispense d’âge de quatre ans. Le jeune juriste effectue un long stage de trois ans chez un confrère avocat. Puis il plaide une première fois : il vient d’avoir vingt ans. Son éloquence et sa maîtrise des sciences juridiques lui valent bientôt d’importants succès professionnels.

Mais, en 1723, un événement providentiel met un terme à cette carrière prometteuse, contraignant Alphonse à donner une tout autre direction à sa vie. Le duc Orsini, fortuné et influent, lui confie ses intérêts dans une affaire contre le grand-duc de Toscane, Cosme III, dont l’enjeu dépasse les 500 000 écus. Alphonse croit à la sincérité de son client, mais il se trompe sur l’interprétation juridique d’un document. Prenant acte de cette erreur, il renonce au barreau. Personne ne parvient à le faire changer d’avis. Le voici quelque peu hésitant quant à son avenir. Il se met à prier assidûment, demandant à Jésus ce qu’il doit faire. Il se livre à des activités de bienfaisance et distribue régulièrement du pain et un peu d’argent aux pauvres de la ville.

Un jour, tandis qu’il est occupé à servir les malades dans l’hospice des Incurables, il se voit à deux reprises entouré d’une « lumière éclatante » qui le subjugue, mais dont il ne parvient pas à découvrir l’origine. En même temps, les murs autour de lui vacillent, et il entend très distinctement une voix masculine d’une douceur extraordinaire, qui lui dit : « Alphonse, quitte le monde et, désormais, ne vis que pour moi seul ! » Il considère cet appel comme un ordre céleste. Au bout de quelques jours, il décide d’abandonner les mondanités, renonce à un quelconque métier profane et promet d’entrer dans les ordres.

Son milieu social n’est en rien favorable à cette décision. Son père, Joseph-Félix, homme pragmatique, capitaine de marine, et toute sa parentèle tentent de le dissuader. Mais, chose remarquable, il résiste aux discussions orageuses avec les siens : rien n’y fait, il sera prêtre ou rien. De fait, il reçoit l’habit de clerc le 23 octobre 1723, puis la tonsure l’année suivante. Ses études de théologie se déroulent sous les meilleurs auspices, et Alphonse met maintenant son intelligence pénétrante au service de Dieu et de l’Église.

Il est ordonné diacre le 6 avril 1726, et enfin prêtre le 21 septembre suivant. Ordonné à trente ans, il fonde six ans plus tard la congrégation du Très Saint-Rédempteur (les Rédemptoristes) pour l’évangélisation des populations abandonnées,et écrit une œuvre monumentale, tant par la diversité des sujets traités que par la profondeur spirituelle de chacun de ses ouvrages. En 1769, il est sacré évêque.

Le clergé napolitain sait qu’il peut s’appuyer sur cet homme merveilleux, chrétien exemplaire et humaniste résolu, mais aussi orateur de premier plan, missionnaire, théologien et pasteur. L’Église universelle le sait aussi. Béatifié en 1816 par le pape Pie VII, il est inscrit au catalogue de saints le 26 mai 1839 par Grégoire XVI. Il est déclaré « Doctor zelantissimus » par Pie IX le 23 mars 1871.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

L’exemplarité éthique et matérielle d’Alphonse, l’équilibre parfait de sa spiritualité, sa prudence revendiquée dans le domaine des expériences mystiques, l’ampleur exceptionnelle et la diversité thématique de son œuvre écrite, examinée dans sa totalité par trois fois par le magistère de l’Église (procès de béatification, de canonisation, puis doctorat) sont autant d’indices solides et concordants permettant de penser que sa conversion fut d’origine surnaturelle.


Aller plus loin :

Théodule Rey-Mermet, Le Saint du siècle des Lumières, Alphonse de Liguori (1696 – 1787), préface de Jean Delumeau, Paris, Nouvelle-Cité, 1987.


En savoir plus :

  • R. P. Tannoja, Mémoires sur la vie et l’institut de saint Alphonse de Liguori, Naples, 1793-1802, 3 vol.
  • Cardinal Clément Villecourt, Vie et Institut de saint Alphonse-Marie de Liguori, Tournai, 1863, 4 vol.
  • R. P. Berthe, Saint Alphonse de Liguori, Paris, 1900, 2 vol.
  • J. Kannengieser, Dictionnaire de théologie catholique, t. 1, texte établi par Alfred Vacant et Eugène Mangenot, Paris, Letouzey et Ané, 1909, p. 467-474.
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