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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les martyrs
n°67

Paris

1974

Les seize Carmélites martyres de 1794

Pour les révolutionnaires français du XVIIIe siècle, l’entrée dans un ordre cloîtré est une atteinte à la liberté, et l’expression d’un fanatisme religieux suranné qu’il faut proscrire. Les religieuses du carmel de Compiègne font pourtant le choix de rester fidèles jusqu’au bout à leurs vœux. En plein cœur de la Terreur, elles sont faussement accusées d’avoir ourdi un complot : elles sont alors emprisonnées et condamnées à mort. Les seize Carmélites sont décapitées le 29 messidor de l’an II (17 juillet 1794). Elles montent à l’échafaud en chantant pour la paix.

L'exécution des carmélites, vitrail de l'église Notre-Dame du Mont-Carmel, Quidenham, Angleterre. / © CC BY-SA 2.0/John Salmon
L'exécution des carmélites, vitrail de l'église Notre-Dame du Mont-Carmel, Quidenham, Angleterre. / © CC BY-SA 2.0/John Salmon

Les raisons d'y croire :

  • Nous disposons de l’acte d’accusation et de l’ouvrage de sœur Marie de l’Incarnation (La Relation du martyre des seize Carmélites de Compiègne), écrit quarante ans après les faits. Le récit de leur martyre a également été relaté par leurs codétenues, les sœurs bénédictines anglaises de Cambrai, qui ont survécu.
  • Il faut souligner que les Carmélites de Compiègne acceptent de prêter tous les serments exigés par les révolutionnaires, à condition qu’ils ne soient pas en contradiction avec leurs vœux : elles ne sont pas insensées et ne souhaitent pas mourir.
  • Elles font le choix de maintenir leur vie communautaire et de rester fidèles à leurs vœux, même lorsqu’on leur ordonne le contraire, même lorsqu’elles sont séparées les unes des autres, hors de leur couvent, et même lorsque leur vie est menacée. Cette attitude montre à la fois la force et la liberté de leurs convictions.
  • Paradoxalement, c’est en prison, à la Conciergerie, que les Carmélites ont la joie de pouvoir à nouveau vivre ensemble leur règle de vie. Denis Blot, témoin des faits, déclare « qu’on les entendait toutes les nuits, à deux heures du matin, récitant leur office ». Leur joie sereine fait forte impression aux détenus et aux geôliers : « Elles avaient l’air d’aller à leurs noces. »
  • À la fin du XVIIe siècle, soit un siècle avant la Révolution, une carmélite de ce monastère, sœur Élisabeth-Baptiste, voit en songe toutes ses sœurs du carmel dans la gloire du Ciel, revêtues de leur manteau blanc, et tenant une palme rouge à la main. Leur martyre était annoncé depuis plusieurs dizaines d’années, et les sœurs du couvent s’y préparaient.
  • De façon très inhabituelle, l’arrivée des sœurs à leur exécution impose à la foule le plus grand calme. Les Carmélites chantent et montent les unes après les autres à l’échafaud, avec une fermeté mêlée d’allégresse. Cette attitude décontenance la foule, muette, ainsi que le bourreau Charles-Henri Samson qui, pourtant, en a vu d’autres. On rapporte que la novice, première à monter à l’échafaud, « paraît une reine allant recevoir un diadème ».
  • Pour les Carmélites, le martyre qu’elles vivent ne doit pas être une tragédie mais une fête, car elles sont certaines d’aller à Dieu. C’est pourquoi elles chantent en montant à l’échafaud.
  • Selon l’acte de consécration prononcé par ces religieuses en 1792, leur sacrifice volontaire a pour but que la « divine paix que [le Christ] était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État ». De fait, le spectacle de leur mort inique et de leur courage a retourné l’opinion publique, lui faisant prendre conscience de l’horreur de la violence révolutionnaire. Onze jours après leur décapitation, la chute de Robespierre mit fin à la Terreur.

Synthèse :

Elles sont seize carmélites dans la charrette qui les conduit à la mort, à la barrière de Vincennes (aujourd’hui place de la Nation), à Paris, le 17 juillet 1794 (le 29 messidor an II). La Terreur s’est abattue sur le pays mais, jusqu’ici, leur communauté avait pu survivre en toute discrétion. Ce jour-là, leurs vêtements civils sont à la lessive ; c’est donc avec leur habit (en grand manteau blanc) qu’elles montent à l’échafaud. Elles chantent le psaume « Laudate Dominum », traditionnellement chanté lors de la fondation d’un carmel, car elles s’en vont former leur communauté dans l’éternité.

Ce sacrifice d’innocentes enregistre une immense audience. Onze jours plus tard, la Terreur prend fin avec le 9 thermidor : Robespierre est guillotiné, malgré une tentative de salut par ses amis émeutiers, compromise par la pluie. Soljenitsyne y a vu la délivrance du pays, à la différence de l’U.R.S.S. qui sombrera dans les massacres généralisés.

La vie et l’arrestation de ces Carmélites ont inspiré plusieurs grandes œuvres : des livres (de Gertrude von Le Fort et de Georges Bernanos), des pièces de théâtre, un opéra (de Francis Poulenc), des films, dont celui de Philippe Agostini et du père Bruckberger OP, etc. Ce dernier a été profondément touché par leur fidélité ; un exemple qu’il n’a rejoint que sur le tard, disait-il. Évêque de Beauvais jusqu’en 1995, Mgr Hardy avait milité pour que le titre de docteur de l’Église soit décerné à Thérèse de l’Enfant-Jésus, avec l’espoir de voir les Carmélites de Compiègne être canonisées.

Le Carmel en France doit beaucoup à la famille royale. Loin des domaines agricoles et des vastes bâtiments des Bénédictines de l’époque, cette vie religieuse de petites communautés avait besoin de la protection des Bourbons. Une fille de Louis XV a pu vivre sa vocation au carmel de Saint-Denis.

Le pape François a signé le décret « d’équipollence » qui permettra de canoniser ces seize Carmélites sans la reconnaissance d’un miracle qui fait passer de bienheureux à saint, après la béatification par Pie X en 1906. Par égard envers la République, elles ne sont pas qualifiées de martyres. C’est pourtant bien par haine de la foi catholique qu’elles ont été décapitées.

Eric Lebec, auteur, réalisateur (télévision), journaliste, écrivain. Il a longuement rencontré le père Bruckberger (o. p.), qui lui a fait découvrir les Carmélites de Compiègne.


Aller plus loin :

Sœur Marie de l’Incarnation, La Relation du martyre des seize Carmélites de Compiègne (édition critique des manuscrits originaux, commentaires et notes de William Bush), Paris, Cerf, 1993.


En savoir plus :

  • Bruno de Jésus-Marie, Le sang du Carmel, 2e édition, Paris, Cerf, 1992.
  • Hélène Vigié, Les 16 Carmélites de Compiègne, Carmel de Compiègne, 1985.
  • Claude Gendre, Destinée providentielle des Carmélites de Compiègne dans la littérature et les arts, Carmel de Compiègne, 1994 : une analyse de chacune des œuvres inspirées par le martyre des Carmélites.
  • Film Le Dialogue des Carmélites, Canal Plus VOD.
  • Vidéo d’Arnaud Dumouch : Le martyre des seize Carmélites de Compiègne, qui firent cesser la Terreur en France († 1794).
  • « Franck Ferrand raconte », sur Radio Classique : L’histoire des Carmélites martyres de Compiègne.
  • L’opéra de Francis Poulenc, en particulier la scène finale : le couperet qui tombe éteint une à une les voix du Salve Regina final (partiellement disponible en ligne).
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