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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Une vague de charité unique au monde
n°273

Brésil

1914 – 1992

Sœur Dulce, le « bon ange de Bahia »

Née à Salvador de Bahia d’un père dentiste, Maria Rita de Souza Brito Lopes Pontes, connue sous le nom d’Irma Dulce, connaît une enfance heureuse. Dès treize ans, l’adolescente se met au service des nécessiteux et manifeste son désir de devenir religieuse. À force de prières et de travail, elle parvient à créer un réseau de solidarité exceptionnel, faisant d’elle un symbole de la charité. La vie spirituelle de celle que l’on surnomme le « bon ange de Bahia », incroyable tant par sa densité que par la variété des grâces dont Dieu la gratifie, émerveille ses contemporains dans le monde entier. Sœur Dulce rend l’âme le 13 mars 1992, à l’âge de soixante-dix-sept ans ; ses obsèques sont publiques et une procession de six kilomètres rassemble des milliers de personnes. Son procès de canonisation, démarré en janvier 2000, est l’un des plus courts de l’histoire contemporaine : il est achevé seulementvingt-sept ans après sa mort.

Bahia, Brésil / © CC0 Pexels, LEONARDO DOURADO.
Bahia, Brésil / © CC0 Pexels, LEONARDO DOURADO.

Les raisons d'y croire :

  • La précocité avec laquelle la bienheureuse commence son apostolat en faveur des pauvres est difficilement concevable : elle n’est encore qu’une adolescente lorsqu’elle prend l’initiative d’accueillir dans la cuisine familiale femmes, hommes et enfants, à qui elle donne nourriture et réconfort, faisant de la maison « l’ordonnance de Saint-François ». 

  • La réussite et la pérennité des établissements caritatifs qu’elle fonde sont inexplicables étant donné l’absence totale de moyens matériels personnels. À titre d’exemple, sœur Dulce rassemble d’abord les malades qu’elle souhaite faire soigner dans un ancien poulailler, jouxtant un couvent de la ville. En à peine cinq ans, cet endroit devient l’hôpital Saint-Antoine, le plus grand établissement hospitalier de Bahia – structure hospitalière de plusieurs centaines de millions d’euros.
  • De même, l’Hospice social Sœur-Dulce est aujourd’hui un grand complexe : 40 000 mètres carrés de surface et 954 lits répartis en une vingtaine de spécialités médicales. Chaque jour, 2 000 personnes y sont accueillies. On y pratique 12 000 actes chirurgicaux par an, en plus des 18 000 hospitalisations.
  • Union ouvrière de Saint-François, cercle ouvrier de Bahia, collège San Antonio, hôpital San Antonio, Hospice social Sœur Dulce, auberge Saint-Antoine, institut des Filles de Marie, Servantes des pauvres… : son activité tous azimuts est d’autant plus extraordinaire que, toute sa vie, sœur Dulce souffre de problèmes respiratoires qui l’obligent parfois à ralentir ses initiatives et provoqueront son décès.
  • Sœur Dulce en était elle-même convaincue : c’est bien Dieu qui donnait le nécessaire pour lui permettre d’entreprendre et réussir une œuvre caritative d’une telle ampleur – l’une des plus importantes du Brésil à ce jour. Nourriture, vêtements, soins médicaux, scolarisation, catéchisme : c’est par centaines de milliers que l’on compte le nombre des personnes bénéficiaires de son apostolat, non seulement à Bahia et dans sa région, mais également dans tout le pays.
  • Les miracles retenus dans le cadre de son procès de canonisation se passent de commentaires : seule une « aide divine » pourrait sauver Claudia, victime d’une terrible hémorragie après avoir accouché, en 2003. L’hémorragie est stoppée net lorsqu’on demande l’intercession de sœur Dulce ; seize médecins ont témoigné de l’inexplicabilité scientifique du phénomène. En 2014, Mauricio, aveugle depuis quatorze ans (nerfs optiques détruits), passe une image de la bienheureuse sur ses yeux en priant Jésus et sœur Dulce de l’aider ; il recouvre la vue quelques heures plus tard.
  • Le corps de sœur Dulce, placé dans une châsse de verre dans l’église de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu, à Bahia, est encore totalement incorrompu dix-huit ans après sa mort.
  • Ni l’État brésilien ni l’Église n’ont jamais exprimé la moindre réserve à l’égard de ses initiatives, bien au contraire. En 1988, sa candidature est présentée pour l’obtention du prix Nobel de la paix par les soins du président brésilien José Sarney et par la reine Silvia de Suède. L’Église lui témoigne admiration et reconnaissance, comme Jean-Paul II, qui lui rend visite à deux reprises (1980 et 1991) ou Mère Teresa (1979).

Synthèse :

Maria Rita Lopes Pontes vient au monde le 26 mai 1914 dans une famille de cinq enfants de Salvador de Bahia, au Brésil. Son père, dentiste de son état, est un croyant engagé dans les œuvres caritatives. Il exercera une influence remarquable sur sa fille. Rita perd sa mère lorsqu’elle a six ans. C’est une enfant heureuse, au caractère volontaire, intelligente et attentive à tout et à tous. Elle aime accompagner son père à la messe et prie dans sa chambre dès qu’elle le peut. La douceur du foyer, la bienveillance de son père et l’accueil que lui réservent ses maîtres à l’école font que Rita grandit sans encombre. Cet équilibre psychologique lui permettra incontestablement de penser et de réaliser un travail caritatif hors du commun.

En 1927, l’adolescente qu’elle est devenue, à l’heure où beaucoup veulent poursuivre une scolarité normale, songe à devenir religieuse pour servir Jésus dans la personne des pauvres. C’est de cette époque que date sa première initiative en faveur des démunis : accompagnant son père qui apporte son aide dans les quartiers défavorisés, elle a l’idée d’ouvrir la cuisine familiale aux plus désespérés. Pendant deux ans, hommes, femmes, enfants venus des favelas s’y retrouvent à ses côtés. Son quinzième anniversaire vient d’être célébré. Elle sent en elle que Dieu l’appelle à autre chose, quelque chose de plus grand. Elle commence à manifester son désir de devenir religieuse. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus l’accompagne dès lors et ne la quittera plus jamais.

Avec l’accord paternel (elle est encore mineure), elle frappe à la porte du couvent de Desterro, mais elle n’est pas admise en raison de son jeune âge. Ce n’est que partie remise. Si le Seigneur en veut ainsi, il en sera ainsi. Elle poursuit ses études avec brio et obtient des diplômes qui lui permettent de devenir institutrice. Elle a mené de front son cursus scolaire, ses activités de charité et une vie de prière d’une rare densité.

Cette fois, elle est majeure et son projet a mûri. Elle demande son admission parmi les Sœurs missionnaires de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu, congrégation apostolique fondée quelques années plus tôt au Brésil. C’est gagné : elle entre au noviciat et prend, pour l’éternité, le nom de sœur Dulce (15 août 1934).

Entrée au couvent le 8 février 1933, elle fonde seulement trois ans plus tard le premier mouvement ouvrier de Salvador de Bahia, avec l’assentiment de ses supérieures et des autorités épiscopales : l’Union ouvrière de Saint-François, organisme prototype en quelque sorte, qui lui servira de modèle au fil des années pour étendre la charité à l’infini. C’est une petite structure d’inspiration franciscaine qui aide les travailleurs les plus humbles sur le plan matériel, mais aussi à favoriser foi, prière et conversions parmi eux.

L’année suivante, elle fonde avec son confesseur, le père Hildebrando Kruthaup, un cercle ouvrier qui rassemble déjà plusieurs dizaines de nécessiteux, SDF, adolescents déscolarisés et femmes sans ressources. En 1939, le collège Saint-Antoine ouvre ses portes dans un quartier désargenté de Bahia. Des religieuses viennent y faire la classe à des enfants sans le sou. Sœur Dulce ne possède rien elle-même, mais le matériel scolaire est offert de façon providentielle.

Parallèlement, la sainte continue de recueillir un nombre croissant d’indigents. L’année 1949 marque la date du célèbre épisode du « poulailler » : avec l’autorisation de sa congrégation, elle regroupe une soixantaine de malades dans un ancien poulailler qui jouxte une communauté religieuse dans la ville. C’est le point de départ de ce qui va devenir le plus grand hôpital de Bahia (aujourd’hui 40 000 mètres carrés de superficie !). C’est réellement sans moyens humains et matériels qu’un projet d’une telle envergure a été mené : sans argent, sans réseau, sœur Dulce met sur pied en quelques années une structure hospitalière qui, aujourd’hui, coûterait des centaines de millions d’euros. C’est avec une foi indestructible qu’elle réussit à convaincre médecins, infirmières, personnel administratif, éducateurs, à la rejoindre. Devant elle, tous les obstacles semblent fondre comme neige au soleil.

Dans les années 60, c’est la consécration. Bien qu’elle vive la pauvreté évangélique à un degré héroïque, pouvoirs publics et prélats catholiques l’honorent régulièrement. En 1979, elle rencontre Mère Teresa. Les deux saintes échangent sous les regards émus des religieuses brésiliennes et de témoins venus de tout le continent. Par deux fois, elle rencontre Jean-Paul II. La seconde fois (le 20 octobre 1991), le pape bouscule son emploi du temps pour pouvoir demeurer plus longtemps à ses côtés.

Sœur Dulce, dont le corps est demeuré vierge de toute décomposition dix-huit ans après la mort, a été béatifiée le 22 mai 2011, puis le pape François a proclamé sa sainteté le 13 octobre 2019.

Patrick Sbalchiero


Aller plus loin :

Sur le site de la congrégation pour la cause des saints : une biographie, les décrets de reconnaissance des miracles et d’autres documents relatifs à la canonisation de sœur Dulce Lopes Pontes (en italien).


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