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Les martyrs
n°367

Irlande

1er juillet 1681

Oliver Plunkett, « coupable de promouvoir la foi catholique »

Le 1er juillet 1681, l’archevêque d’Armagh et primat d’Irlande, Mgr Oliver Plunkett, est pendu au gibet de la prison londonienne de Tyburn, puis son cadavre est éviscéré et démembré, conformément à la décision, que tout le monde sait inique, d’un tribunal qui a bafoué les droits de la défense et de l’humanité. Le scandale provoqué par ce procès truqué et cette exécution sera tel qu’après cette date, aucun catholique ne sera plus condamné à mort au Royaume-Uni en raison de sa foi.

© Shutterstock/Stephen Barnes
© Shutterstock/Stephen Barnes

Les raisons d'y croire :

  • La famille Plunkett, « Pluincead » en gaélique, appartient à cette minorité de la noblesse anglo-irlandaise qui, lors de la Réforme, a refusé d’abjurer la foi catholique et qui demeure fidèle à Rome en ce milieu du XVIIe siècle, en dépit des tracas et des persécutions entraînés par ce choix. Il existe donc parmi les ancêtres d’Oliver une longue tradition de courage et de fidélité qu’il poussera jusqu’à l’héroïsme et au martyre, ce que l’on regarde alors comme une grâce, et non comme un malheur.
  • En 1649, le Lord Protecteur Oliver Cromwell, qui gouverne l’Angleterre d’une main de fer, envahit l’Irlande, infidèle aux intérêts britanniques. Les Anglais vainqueurs imposent à l’Irlande un arsenal de « lois pénales » qui interdisent le culte catholique, ferment les églises, pourchassent les prêtres, spolient les fidèles, nobles ou paysans, de leurs propriétés… Ces lois interdisent aussi l’enseignement et la pratique du gaélique, la musique, les danses et traditions irlandaises, pénétrées de catholicisme. Pendant quinze ans, culture et foi se maintiendront dans la clandestinité, bien que la corde attende les contrevenants. Cette acceptation, par tout un peuple, de la souffrance et du martyre pour ne pas renier la foi catholique ne s’explique que par une série de grâces exceptionnelles.
  • Oliver se sent tôt appelé au sacerdoce et part s’y préparer à Rome en 1647. Ce choix lui impose, par fidélité à sa vocation, plus de vingt ans d’exil. En effet, le contexte politique et religieux n’offre pas la possibilité à Oliver Plunkett de regagner son pays. Ordonné en 1654, Plunkett y représente l’épiscopat irlandais clandestin auprès du Saint-Siège.
  • Au Royaume-Uni, une certaine tolérance envers le catholicisme accompagne la Restauration du roi Charles II, en 1660, et l’on envisage une normalisation de la situation. Le 9 juillet 1669, Plunkett est sacré archevêque d’Armagh, ce qui fait de lui le primat d’Irlande. Il regagne son île le 7 mars 1670. Il ne peut ignorer la précarité de sa situation et le possible recommencement de la persécution. Il sait qu’en ce cas, il jouerait sa tête. S’en remettant à la protection de Dieu, il n’en occupe pas moins sa charge et en assume les devoirs. Seules une grande foi et une grande confiance en la providence peuvent faire adopter pareille attitude.
  • Sous le coup d’accusations qui peuvent l’envoyer à l’échafaud comme traître à la Couronne, Plunkett passe dans la clandestinité. On le conjure de quitter l’Irlande, mais il refuse « d’abandonner son troupeau dans l’épreuve ». Il se conforme ainsi au modèle évangélique du Bon Pasteur, qui ne s’enfuit pas quand vient le loup et donne sa vie pour ses brebis.

  • Plunkett est arrêté le 6 décembre 1679 après une cavale de six ans ; il est enfermé au château de Dublin avec Mgr Talbot, archevêque de la ville. Alors qu’il sait sa tête en jeu, Oliver oublie ses propres malheurs pour tenter de soulager ceux de son ami, qu’il assiste dans ses derniers instants. Cette abnégation héroïque vient de Dieu.
  • Comprenant qu’il sera impossible d’obtenir la condamnation de l’archevêque en Irlande, ses accusateurs le font transférer en Angleterre début 1681. Incarcéré à la prison londonienne de Newgate, Plunkett est déféré devant un premier tribunal, composé de protestants, qui n’ose cependant le condamner mais n’a pas le courage de l’acquitter, ouvrant la porte, en juin, à un second procès intégralement à charge.
  • Lors de son procès, Oliver est mis dans l’impossibilité de se défendre, car le président lui assène qu’il « est inutile de perdre son temps et le sien à se justifier ». Privé d’avocat et de témoins à décharge, empêchés de comparaître, accablé par de faux témoins, qui se révéleront des repris de justice, Plunkett choisit de se taire, imitant le Christ devant ses juges. Comprenant qu’on le condamne « en haine de la foi » et que sa mort sera un martyre, Plunkett ne se défend pas et, quand la peine capitale est prononcée, s’écrie : « Deo gratias ! »

  • Seule l’assistance du Saint-Esprit promise par le Christ aux témoins explique ce détachement et cette acceptation paisible d’un sort terrible.

Synthèse :

Oliver Plunkett naît à Loughcrew, dans le comté de Meath, en Irlande, le 1er novembre 1625, dans une famille de la noblesse irlando-anglo-normande demeurée fidèle au catholicisme malgré la Réforme. Il est élevé par un oncle, Padraig Plunkett, abbé du monastère Sainte-Marie de Dublin. Après ses études à Dublin, se sentant appelé au sacerdoce, il est emmené à Rome par un oratorien, le père Scarampi, qui représentait le pape auprès des insurgés de la Confédération irlandaise. Inscrit au Collège irlandais, il est ordonné prêtre en 1654. Comme il ne peut regagner l’Irlande, sous la coupe des troupes de Cromwell, qui persécutent cruellement les catholiques, le jeune homme, professeur de théologie au collège de la Propaganda Fide, devient représentant de l’épiscopat irlandais auprès du Saint-Siège.

Sacré archevêque d’Armagh en 1669, il regagne son île l’année suivante et se donne à sa mission, travaillant à la pacification des esprits, à la réconciliation des communautés, tentant de corriger son clergé, éprouvé par les années de clandestinité, d’une tendance à l’alcoolisme. Il dit : « Réformez l’ivrognerie de mes prêtres et vous en ferez des saints ! »

Plunkett décide d’œuvrer à la réconciliation en ouvrant à Drogheda un collège confié aux jésuites, qui accueille bientôt deux cents élèves, dont la moitié issus de familles protestantes. Mettre en pratique la loi évangélique du pardon des offenses, la plus dure des exigences chrétiennes, demande une haute vertu, proche déjà de la sainteté.Mais cette expérience de réconciliation et d’apprentissage de la tolérance mutuelle, bien qu’elle aille dans le sens des désirs de Charles II, déplaît aux protestants qui ne supportent pas la restauration du catholicisme. Ils accusent Plunkett de fomenter une insurrection et prétendent que la nouvelle taxe levée par l’archevêque sert à payer l’enrôlement et la formation des hommes. En 1673, ils font fermer et détruire le collège interconfessionnel de Drogheda.

Plunkett devient alors la cible d’un protestant fanatique, Titus Oates, qui va monter de toutes pièces pour le perdre le « popish plot », la conspiration papiste, l’accusant de lever des fonds pour favoriser une insurrection des catholiques irlandais, un débarquement français et une tentative d’assassinat contre Charles II.

Alors qu’il lui serait facile de passer à l’étranger, l’archevêque reste à son poste et entre en clandestinité, passant d’une paroisse à une autre, se cachant à Killartry, dans le comté de Lough. C’est finalement à Dublin qu’il est arrêté en décembre 1679, puis envoyé en Angleterre pour y être jugé.

Il sait que les accusations de trahison au profit de la France en vue d’une insurrection et d’un débarquement sont un prétexte pour accuser la foi catholique. Tel est d’ailleurs l’unique argument du juge Pemberton, qui reproche à l’accusé « de promouvoir la foi catholique », ce qui est le rôle d’un évêque, et « déshonorer Dieu avec une fausse religion, la plus pernicieuse de toutes ». Les circonstances de sa condamnation sont si scandaleuses qu’elles provoquent une vague de protestations, notamment de la part de l’ambassadeur de France, mais Charles II, cousin germain de Louis XIV et soupçonné de sympathie pour le catholicisme, dont la position demeure fragile, n’ose user de son droit de grâce et se résigne à laisser exécuter un innocent pour assurer la stabilité de son règne.

Oliver Plunkett est canonisé en 1975, premier Irlandais à mériter cet honneur depuis sept siècles. Il est invoqué pour la réconciliation entre protestants et catholiques et le maintien de la paix civile dans l’île.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

  • League of Prayer for the Canonisation of Blessed Oliver Plunkett, Blessed Oliver Plunket: Historical Studies, Dublin, 1937.

En savoir plus :

  • Pierre Joannon, Histoire de l’Irlande et des Irlandais, Perrin, 2006.
  • Desmond Forestal, Oliver Plunkett in His Own Words, Veritas, 1975.
  • John Hanly, Letters of Saint Oliver Plunkett, Dolmen, 1979.
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