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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
La profondeur de la spiritualité chrétienne
n°159

Les chrétiens croient que Dieu est un en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont, ensemble, un seul Dieu. C’est le dogme de la Trinité. À première vue, cela peut paraître irrationnel : comment trois personnes peuvent-elles constituer un seul être divin ? Pourtant, saint Thomas d’Aquin a montré que la description de Dieu comme Trinité était en fait la plus convaincante pour la raison. Que l’Église ait toujours défendu cette foi trinitaire, malgré les oppositions et malgré la difficulté qu’elle pose à l’intelligence, montre que l’Église transmet fidèlement la révélation divine, et non une doctrine inventée par l’homme.

Le dogme de la Trinité : une vérité de mieux en mieux comprise

Les chrétiens croient que Dieu est un en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont, ensemble, un seul Dieu. C’est le dogme de la Trinité. À première vue, cela peut paraître irrationnel : comment trois personnes peuvent-elles constituer un seul être divin ? Pourtant, saint Thomas d’Aquin a montré que la description de Dieu comme Trinité était en fait la plus convaincante pour la raison. Que l’Église ait toujours défendu cette foi trinitaire, malgré les oppositions et malgré la difficulté qu’elle pose à l’intelligence, montre que l’Église transmet fidèlement la révélation divine, et non une doctrine inventée par l’homme.

La Trinité, détail, chapelle San Severo, Pérouse. / © Adri08, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La Trinité, détail, chapelle San Severo, Pérouse. / © Adri08, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Les raisons d'y croire :

  • Le mystère de la Trinité est discrètement présent tout au long de l’Ancien Testament, mais n’est vraiment révélé que par Jésus ; or, il serait absurde d’imaginer que des hommes qui ne croyaient pas explicitement en la Trinité (les Hébreux de l’Ancien Testament) aient ajouté des passages trinitaires dans leurs textes sacrés.
  • Dès le début et tout au long de l’histoire, le dogme trinitaire a été contesté : juifs, hérétiques (ariens, modalistes, etc.) et musulmans n’y croient pas ; pour éviter les persécutions ou pour faciliter les conversions, l’Église aurait eu tout intérêt à accepter des compromis, mais elle a tenu fermement la foi trinitaire, ce qui atteste qu’il ne s’agissait pas simplement d’une théorie qu’elle aurait imaginée elle-même et qu’elle aurait pu nuancer, mais bien du dépôt de la Révélation apportée par Jésus Christ.
  • Saint Thomas d’Aquin a montré que le dogme de la Trinité, bien qu’étant effectivement au-dessus de ce que la raison peut atteindre par elle-même, n’est pas contraire à la raison, et qu’il est même le plus recevable pour la raison car, en décrivant en Dieu une intelligence (le Fils) et une volonté (l’Esprit Saint), il permet de comprendre que Dieu est le Créateur.
  • Le dogme de la Trinité, en disant de Dieu qu’il est amour et relation, se prête moins à justifier l’exercice d’un pouvoir politique autocratique et tyrannique, mais plutôt à un partage de l’autorité : là encore, l’Église semblait aller contre son propre intérêt et contre l’intérêt du pouvoir politique en défendant la foi trinitaire ; elle a pourtant tenu bon.

Synthèse :

La foi chrétienne est strictement monothéiste : il n’y a qu’un seul Dieu, et il ne peut y avoir qu’un seul Dieu. Celui qui est au-delà de tout, le Dieu unique, est absolument un et indivisible. C’est la seule position rationnelle : on ne peut concevoir dans le premier principe aucune division, quelle qu’elle soit, car une telle division impliquerait une forme de détermination, de partage, et donc rendrait nécessaire un principe encore antérieur qui serait la cause de cette détermination. C’est ainsi que le monothéisme se distingue radicalement du polythéisme : il n’y a rien de commun entre le Dieu unique du monothéisme et « les dieux » des mythologies.

Les Hébreux croyaient en ce Dieu un et unique. La profession de foi fondamentale d’Israël dit : « Écoute, Israël : le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur [est] un » (Deutéronome 6,4). Pourtant, tout au long de la Bible hébraïque – l’Ancien Testament –, à ce Dieu un sont associées les caractéristiques d’une certaine pluralité : verbes conjugués au pluriel (comme dans « Faisons l’homme à notre image », Genèse 1,26) ; Abraham reçoit la visite de trois anges, mais leur parle au singulier (Genèse 18) ; et même la profession de foi monothéiste, littéralement, est en même temps marqué par une forme ternaire ; elle peut être traduite littéralement : « Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur : un. » D’où peuvent venir ces marques de pluralité ? Soit les auteurs sacrés, alors qu’ils cherchent à défendre le monothéisme, ont volontairement ajouté des indices de pluralité – mais une telle attitude est incompréhensible –, soit Dieu a donné des indices de sa Trinité – indices dont les auteurs eux-mêmes ne percevaient pas la portée.

Lorsque Jésus est venu, il a exprimé avec plus de clarté que Dieu est Trinité : Dieu est le Père, le Fils qui ne fait qu’un avec le Père (« Mon Père et Moi, nous sommes un », Jn 10,30 ; « Je suis dans le Père, et le Père est en moi », Jn 14,11), et l’Esprit Saint (« le défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, lui l’Esprit de vérité qui procède du Père », Jn 15,26). Après sa résurrection, il envoie ses apôtres baptiser « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28,19). C’est le dogme de la Trinité.

Dès le début, ce dogme a été contesté. C’était l’un des points d’achoppement avec les Juifs : Étienne est lapidé parce qu’il voit « le Fils […] à la droite de Dieu » (Ac 7,56). Puis ce furent des hérétiques chrétiens : les modalistes (qui prétendaient que le Père, le Fils et l’Esprit n’étaient que des modes différents de manifestation de l’unique personne divine), les ariens (qui prétendaient que le Fils n’était pas proprement Dieu, mais une créature quasi divine, créée avant la fondation du monde), etc. À cette époque-là, le dogme de la Trinité n’avait pas encore reçu de définition très précise de la part de l’Église : c’est justement face aux hérésies que l’Église a été amenée à préciser ce en quoi elle croyait. Mais pourquoi avoir défini rigoureusement la Trinité – trois personnes divines strictement égales étant ensemble le Dieu unique – au lieu d’opter pour une formule de compromis, qui aurait ramené la paix entre les factions rivales et qui aurait facilité les conversions ou le retour à l’Église des hérétiques ? Pourquoi l’Église défendait-elle une position qui allait contre son intérêt ? La seule explication crédible est que, dès le début, la foi transmise par les apôtres était une foi strictement trinitaire. D’où pouvait venir cette foi trinitaire, sinon de l’enseignement du Christ ? Les apôtres auraient-ils pu inventer un dogme qui allait les conduire à la persécution ?

À la fin de l’Antiquité et au début du Moyen Âge, le dogme trinitaire était rejeté au profit de l’hérésie arienne par la majorité des rois barbares qui commençaient à dominer dans l’Empire romain d’Occident. L’historien Michel Rouche, dans son livre Clovis (Fayard, 1996), explique l’enjeu politique qu’il y avait derrière la question dogmatique : le pouvoir politique, rappelle-t-il, est à l’imitation du pouvoir divin ; or, si Dieu est communion de trois personnes, le pouvoir politique doit préférablement être vécu comme une communion de plusieurs, tandis que si Dieu est monolithique, le pouvoir royal pourra être absolu et totalitaire. En défendant fermement la foi trinitaire, l’Église allait contre le pouvoir des rois (notamment des Goths), et suscitait donc de nombreuses oppositions ; et, en son propre sein, elle empêchait l’émergence d’un pouvoir central absolu. À l’époque, l’Église semblait aller contre son propre intérêt. Aujourd’hui, alors que la lutte contre les totalitarismes nous est devenue familière, on comprend que le dogme trinitaire est largement convenable sur le plan moral – ce qui est un motif de crédibilité, car il serait au contraire assez irrationnel qu’un Dieu bon puisse être le fondement moral de la dictature.

Enfin, au XIIIe siècle, l’un des plus grands théologiens de tous les temps, saint Thomas d’Aquin, a montré que la description de Dieu comme Trinité était en fait la plus rationnelle pour rendre compte de la création du monde. Dans la première partie de la Somme théologique, il compare Dieu à un architecte : de même qu’un architecte, pour construire une maison, doit nécessairement avoir en lui-même une certaine intelligence de son art, qui procède de lui et lui est inséparable (l’intelligence de l’architecte n’est pas l’architecte lui-même, mais elle est une avec lui et inséparable de lui), de même « Dieu qui est le premier principe des choses », c’est-à-dire le Créateur de l’univers, et qui « est aux choses créées ce que l’architecte est à ses œuvres », doit avoir en lui-même une intelligence qui procède de lui « comme terme intime, sans diversité, par mode intellectuel », ce qui est la façon dont la théologie latine décrit la relation éternelle du Fils au Père (Ia, q. 27, art. 1, ad 3um). Et de même que le Fils est l’intelligence du Père (on dit, en termes théologiques, son « logos », ou son « verbe »), de même la volonté (l’amour) du Père et du Fils est l’Esprit Saint. Ainsi se trouve expliquée d’une manière non pas totale (car l’essence de Dieu demeure un mystère qui dépasse les capacités de notre raison) mais convaincante, treize siècles après, ce dogme de la Trinité auquel l’Église était restée inaltérablement fidèle.

Tristan Rivière


Au-delà des raisons d'y croire :

Parce que Dieu est déjà en lui-même relation, il peut aussi entrer en relation avec ses créatures : c’est pourquoi le dogme de la Trinité est le fondement de l’expérience chrétienne de la prière. La prière chrétienne n’est ni la soumission purement formelle à un Dieu lointain, ni la dissolution de son individualité dans un « grand tout » cosmique, mais une relation de personne à personne avec Dieu. En ce sens, le dogme de la Trinité peut être expérimenté avant même d’être compris intellectuellement : il est une vérité pratique et pas seulement une vérité théorique.


Aller plus loin :

La vidéo de Donjojohannes, série « 3 Minute Catechism », ép. 16 : Quelle est la signification de Dieu qui est Trinité ?


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