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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Corps conservés des saints
n°128

De l’Antiquité à nos jours

Mourir en odeur de sainteté

L’expression « mourir en odeur de sainteté » n’est pas seulement une figure de style. Nombre d’exemples sont attestés au cours des siècles, et ce dès l’Antiquité chrétienne. Ce phénomène reste très contemporain, y compris chez des personnes du commun, qui ont vécu saintement. C’est un parfum mêlant la rose et la violette, et dont le sens symbolique est évident : la personne a vécu d’amour, dans une grande humilité.

Variété de rose / © CC BY-SA 3.0
Variété de rose / © CC BY-SA 3.0

Les raisons d'y croire :

  • L’historien Waldemar Deonna, professeur à l’université de Genève, répertorie au moins 30 saints dégageant un incompréhensible parfum de leur vivant, 103 qui le firent au moment de leur mort et 347 saints dont le corps demeura parfumé longtemps après leur inhumation. Face au nombre des personnes témoignant de cette odeur caractéristique de sainteté, il est très improbable qu’il s’agisse à chaque fois d’un mensonge ou d’une hallucination olfactive collective.
  • On peut citer par exemple le cas de sainte Marguerite de Hongrie († 1270) : les nombreuses personnes venues lui rendre hommage attestent toutes d’une odeur très particulière devant sa dépouille – une odeur fleurie absolument improbable au mois de janvier. Il y a aussi sainte Thérèse d’Avila († 1582), dont le corps avait été enterré à la hâte dans une fosse ; c’est le parfum exhalé par son corps qui permis de retrouver le lieu de son inhumation. On pourrait également parler de sainte Rita de Cascia, saint Padre Pio, sainte Narcisse de Jésus, et beaucoup d’autres encore.  
  • Plus on remonte dans l’antiquité chrétienne et moins le phénomène est vérifiable. Parfois, devant les exagérations d’une pieuse main hagiographique, on doute de la réalité physique de ce phénomène mystique extraordinaire. Une odeur n’étant pas tangible, elle est difficile à prouver a posteriori ! Cependant, la continuation du phénomène à l’époque contemporaine permet de se faire une opinion beaucoup plus précise et d’avoir des témoignages de première main sur ce phénomène.

Synthèse :

Sainte Marguerite de Hongrie (1242 – 1271) fut surnommée par ses contemporains « la rose parfumée dans le jardin de Dieu ». Dès l’âge de 12 ans, sa piété est profonde. Elle refuse une demande en mariage, préférant vivre une vie de moniale, pleine de mysticisme au milieu des pénitences qu’elle s’inflige. Elle doit lutter contre la volonté de sa famille de la marier pour des raisons politiques, préférant vivre de prières et de vie spirituelle intense. Elle meurt à 29 ans, épuisée par sa vie de pénitence. Ses contemporains attestent que, tout autour de son corps exposé, cet étrange parfum, doux et fort à la fois, se fait sentir. L’Église finira par la canoniser, non à cause de ce phénomène, mais à cause de l’enquête sur sa vie. Elle avait développé trois cœurs, à l’image de ce qu’enseignent les Pères de l’Église pour définir la sainteté : un cœur de feu pour Dieu, un cœur de pierre pour elle, un cœur de chair pour son prochain. Son humilité et sa charité sont manifestes.

Plus récemment : sainte Narcisse de Jésus (1832 – 1869) surnommée « le petit lys de l’Équateur ». Elle était une humble jeune fille, toute en dévouement, sans aucun regard sur elle-même ; elle s’abaissa en secret. Nul n’aurait porté attention à son existence si, un siècle après sa mort, Dieu n’avait manifesté son âme par nombre de miracles et de phénomènes exceptionnels dont d’extraordinaires parfums de fleurs. On l’appelle dans la région la « Niña Narcisa ». Non seulement on retrouva son corps intact 86 années après sa mort, mais il exhalait ce parfum – toujours le même.

L’Église catholique, dans ses autorités, donne à ce genre de phénomène sa juste place : elle le vérifie et s’y intéresse. Elle en relève les récits, mais elle ne s’en contente pas. L’enquête en vue de la canonisation porte sur le témoignage d’une vie vécue dans la sainteté, qui doit être confirmé par un ou plusieurs miracles post mortem, qui dépassent la simple notion de « prodige » et où la puissance de Dieu confirme sa volonté de mettre la personne comme modèle et intercesseur.

Agrégé en sciences religieuses, Arnaud Dumouch fonde en 2015 avec l’abbé Henri Ganty l’Institut Docteur Angélique,qui donne sur Internet la totalité d’une formation diplômante en philosophie et théologie catholique, dans la ligne de l’herméneutique de la continuité de Benoît XVI.


Au-delà des raisons d'y croire :

Quelle est la différence entre « miracle » et « prodige » ?

Les miracles (cause divine) dépassent les lois fondamentales de la nature et ne peuvent jamais s’expliquer par autre chose que la puissance infinie du Créateur : par exemple, la résurrection d’un cadavre décomposé.

Le prodige (cause possiblement naturelle) peut s’expliquer autrement : par exemple, la réanimation d’une personne en arrêt cardiaque depuis quelques minutes. Mourir en odeur de sainteté est certainement de l’ordre du prodige, bien que la cause soit – dans les cas attestés – l’intervention des anges.


Aller plus loin :

Christiane Rancé, Dictionnaire amoureux des saints, « Odeur de sainteté », Plon, 2019, p. 485-487.


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