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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les mystiques
n°291

Aisy-sur-Armançon (Yonne), Paris, Quincy-le-Vicomte (Côte d’Or)

1841-1924

Édith Royer et le Sacré-Cœur de Montmartre

Le 3 avril 1924 mourait Édith Royer, dont le nom est inconnu du plus grand nombre et qui fut pourtant un apôtre majeur du Cœur de Jésus au XXe siècle. Née dans une famille catholique de la bourgeoisie bourguignonne, dans le diocèse de Sens, Édith Royer mène une vie spirituelle intense dès son enfance. D’abord mariée à Charles Royer, elle devient veuve à quarante-deux ans ; elle fonde la confrérie Prière et pénitence et connaît dès lors une succession d’expériences mystiques (locutions, prophéties, transverbérations, visions, lévitations…), qui creusent en elle l’amour du Sacré Cœur de Jésus, qu’elle va servir toute sa vie.

© Unsplash, DAVID TAPIA SAN MARTIN.
© Unsplash, DAVID TAPIA SAN MARTIN.

Les raisons d'y croire :

  • La confrérie de madame Royer, Prière et pénitence, a été approuvée par le Saint-Siège en date du 18 avril 1894 ; puis un bref du pape Léon XIII l’érige en archiconfrérie internationale avec, comme siège, la basilique de Montmartre.
  • Enfant, elle fait un vœu de virginité que ses parents ont contrarié en l’incitant, parfois rudement, à se marier dès son adolescence. Voulant par-dessus tout rester fidèle à ce vœu, elle fait une expérience de vie religieuse lorsqu’elle atteint quatre-vingts ans. 
  • L’humilité d’Édith est légendaire : de son vivant, elle tait la profondeur inouïe de sa vie spirituelle dont on ignore tout (hormis son directeur spirituel) et n’évoque devant personne ses phénomènes extraordinaires. C’est après sa mort que son entourage et le grand public découvriront sa richesse mystique, comme le lui avait demandé Jésus.
  • C’est également après sa disparition que l’on apprendra son rôle essentiel dans la fondation de l’archiconfrérie de Montmartre, à tous les niveaux ; les seules coupures de presse l’évoquant (La Croix, des 27, 28 et 29 juin 1916) passent son nom sous silence, selon sa volonté. Ce dernier n’apparaît pour la première fois qu’en avril 1928 grâce à l’abbé Verdier, soit quatre ans après sa disparition.
  • En janvier 1879, Mgr Rivet, évêque de Dijon, émet un avis favorable sur les révélations d’Édith Royer tout en restant très discret sur sa personne, et conclut que, dans le sillage de ses confidences du Sacré Cœur, il était important que les fidèles se regroupent pour réparer les péchés collectifs et individuels. 
  • Les prophéties d’Édith sont confondantes de précision : le 22 juillet 1870, le Christ lui apparaît pendant la messe et l’informe de la victoire prochaine des Prussiens (Sedan, 1er septembre 1870), de la captivité de Napoléon III (à partir du 3 septembre suivant) et du siège de Paris ; le 22 mai 1914, puis le mois suivant, elle évoque la Première Guerre mondiale un mois juste avant son déclenchement (28 juillet) ; à Pâques, en 1917, elle écrit à un chanoine qu’une révolution se prépare en Russie ; en s’adressant à sa fille, Louise, et à l’une de ses petites filles, elle parle d’une nouvelle guerre contre l’Allemagne, dont l’armée envahira une partie de la France, pendant laquelle il y aura des civils tués, couchés le long des routes… Ceci en… 1919.
  • L’essence de toutes ses prophéties est spirituelle : comme dans toute la Bible, Dieu prévient les hommes que le manque d’amour les éloigne de lui et qu’ils doivent se convertir ; d’ailleurs Jésus lui a ordonné de ne jamais les interpréter comme des annonces d’événements politiques.
  • Ses visions ne sont ni gratuites ni extravagantes : la manière dont lui apparaît le Sacré Cœur est à la fois concrète et symbolique, sobre et puissante sur le plan théologique, associant un contenu visuel simple et évangélique (Jésus souffrant, ses plaies, un vase, une corbeille, une source d’eau, etc.) à une spiritualité de la pénitence et de la réparation.
  • Contre toute attente, l’intensité de sa vie mystique ne l’empêche jamais d’accomplir ses devoirs de mère de famille, d’éduquer magnifiquement ses quatre enfants et de soutenir son époux, en s’oubliant elle-même. C’est là un signe évident de l’authenticité de son union au Christ, que l’on retrouve chez les plus grands saints : une vie intérieure fabuleuse à partir de laquelle se développe une activité apostolique féconde.
  • Le 10 juin 1872, sainte Marguerite-Marie Alacoque apparaît à Édith dans la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial, la rassure et la prie de poursuivre son action en faveur du Sacré Cœur dans l’Église de son époque. Or, à cette époque, Édith Royer était inquiète de proposer au monde une image du Sacré Cœur différente de celle de Paray.
  • Certains ont parlé de « dolorisme » : c’est faux ! Le 5 juin 1875, le Christ se montre « rayonnant » de sa gloire, apportant la preuve que la dévotion au Christ Roi complète et actualise celle du Sacré Cœur. De plus, cette vision n’est pas à proprement parler un tableau figuratif, mais une vision « intellectuelle », au-delà des formes sensibles, offrant un enseignement doctrinal et spirituel de premier plan.
  • L’activité débordante chez cette femme enfouie est d’autant plus inexplicable qu’elle pratique pendant de longues années un jeûne extrêmement rigoureux, proche à certains moments de l’inédie.
  • En 1894, lorsque la confrérie qu’elle a fondée est érigée par le pape en archiconfrérie, elle compte déjà 600 000 membres. En 1912, une succursale de l’archiconfrérie est ouverte à New York.
  • Le 10 mars 1914, le pape saint Pie X s’inscrivait lui-même dans l’archiconfrérie et accordait ultérieurement des indulgences à ses adhérents français et étrangers. 
  • Les deux beaux-frères d’Édith, le célèbre philosophe Maurice Blondel et Adéodat Boissard, cofondateur des Semaines sociales et homme politique, n’ont jamais émis la moindre réserve sur sa vie enfouie et toute donnée à Dieu.
  • C’est un 22 juillet (1873) qu’Édith reçoit ses premiers messages de Jésus concernant la future confrérie, dont la tâche sera de faire pénitence pour expier les péchés ; or, le 22 juillet est le jour de la fête de sainte Marie-Madeleine.
  • C’est deux jours plus tard, le 24 juillet 1873, que les députés français adoptent la loi favorable au « Vœu national », qui est déclaré d’utilité publique et qui allait permettre l’ouverture du chantier d’une grande basilique sur la butte Montmartre, à Paris, dédiée au Sacré Cœur.

Synthèse :

Édith Royer (née Challan-Belval) vient au monde dans une famille catholique de la bourgeoisie bourguignonne. Elle reçoit une éducation soignée et ses parents lui font découvrir la foi chrétienne et les cérémonies liturgiques, auxquelles l’enfant aime participer. Elle prononce un vœu de virginité, mais elle est trop jeune et celui-ci n’est pas accepté par ses parents, qui songent bientôt pour elle à un époux de bonne réputation. En 1860, elle épouse Charles Royer, qui lui donnera quatre enfants. Une de ses sœurs deviendra religieuse chez les Filles du Cœur de Marie ; une autre épousera le célèbre philosophe Maurice Blondel.

Chez elle, Édith mène une vie mystique incroyable tout en assurant à la perfection les tâches ménagères et d’éducation qui sont les siennes. Ses enfants resplendissent de santé. À partir de juillet 1873, le Christ lui apparaît. Elle tait totalement ses expériences aux siens, de peur de se voir incomprise, mais poursuit admirablement tous ses devoirs de mère de famille

Les visions se prolongent dans les mois et les années qui suivent : mai et juin 1875, novembre de l’année suivante, juillet 1881, juin 1887, juin 1889, janvier 1895… Jésus se montre à elle principalement sous deux aspects : crucifié, les mains et les pieds percés, ou dans sa gloire, rayonnant de lumière. Mais, dans un cas comme dans l’autre, Édith Royer indique qu’il est tout amour et que sa miséricorde pour les hommes est infinie. Il se montre pour qu’elle prenne sur elle la tristesse qu’il éprouve face aux péchés du monde. Les messages se multiplient, appelant à la prière, à la pénitence et à la conversion (de l’humanité, de la France et de tous les croyants, quel que soit leur état de vie). Ils font écho aux souffrances du Seigneur devant le manque d’amour des hommes et leurs diverses trahisons. Certains prophétisent avec une précision confondante des événements mondiaux à venir de premier plan (Première puis Seconde Guerre mondiale, etc.), mais Jésus ordonne qu’Édith n’associe pas ses messages à un quelconque événement politique français : il veut alerter ses frères en humanité qu’il leur est indispensable de se convertir, sans quoi ils ne pourront vivre en paix.

Pour lui exprimer sa miséricorde, il montre à la mystique son Sacré Cœur, dans la continuité des visions de sainte Marguerite-Marie Alacoque, au XVIIe siècle. Mais il ne s’agit nullement d’une « reproduction » ou d’une « imitation » des faits de Paray-le-Monial : tout au long de ces années, Édith ressent un contact, une rencontre, non avec une image, un pur symbole, mais avec un être réel, plus réel même que ce qu’elle perçoit avec ses sens. Sur un mode similaire, ses messages, bien que centrés sur la dévotion au Sacré Cœur, diffèrent de ceux de Paray en ce sens qu’ils épousent les réalités humaines de la « Belle Époque ».

Afin d’être l’apôtre de son Sacré Cœur, Jésus lui souffle en juillet 1873 un projet d’institution qui regrouperait tous les fidèles voulant expier leurs péchés et faire pénitence. C’est providentiel : quelques jours plus tard, sans qu’Édith en sache rien, les députés français promulguent une loi déclarant l’utilité publique du « Vœu national » (souscription en vue de la construction d’une église en l’honneur du Sacré Cœur à Paris, sur la butte Montmartre). L’idée d’une « confrérie » est lancée. Elle va rapidement prendre corps, malgré l’isolement humain de sa fondatrice et son absence de moyens. En quelques mois, cette confrérie, appelée Prière et pénitence, attire une foule de personnes, de tous âges, de toutes conditions. En 1894, elle compte 600 000 adhérents répartis à travers les cinq continents !

Entretemps, à quarante-deux ans, Édith est devenue veuve et songe dès lors à épouser la vie contemplative. Mais elle est encore retenue par ses enfants et ses divers devoirs familiaux. À cette époque, ses expériences mystiques s’intensifient encore et deviennent régulières. Le Christ l’encourage dans sa tâche apostolique et lui procure un réconfort sans limite lorsqu’elle est découragée.

En effet, des obstacles se dressent sur son chemin depuis 1873, en particulier contre la confrérie. Mais Édith possède un sens de l’Église rare, et elle confie au clergé ses peines et ses hésitations, ainsi que toute la gestion et l’administration de sa confrérie. Celle-ci est reconnue officiellement par Rome en avril 1894, puis le pape Léon XIII l’érige en archiconfrérie internationale. Les millions d’adhérents viennent de partout : mères de famille, ouvriers, paysans, religieuses et religieux, prêtres, évêques, cardinaux et même un pape en la personne de saint Pie X, qui accorde à ses membres de nouvelles indulgences. 

Édith, qui veut dorénavant continuer de vivre enfouie et se montrer fidèle au vœu de virginité de son enfance, fait plusieurs essais de vie religieuse en Bourgogne, mais c’est finalement autour des siens qu’elle passe ses dernières années, poursuivant ses devoirs humains avec une efficacité et une habileté remarquables, tout en consacrant une part de son temps de plus en plus importante à la prière. Elle rend son âme à Dieu en 1924, entourée de sa famille, dans sa maison de Quincy-le-Vicomte.

À cette date, nul ici-bas, hormis les prêtres qui furent ses confesseurs, ne connaît l’extraordinaire fécondité mystique de cette femme enfouie dans la prière, qui, depuis sa jeunesse, a été appelée par le Ciel à « achever en sa chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Église » (Col 1,24).

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Il n’existe dans le monde chrétien aucun grand sanctuaire qui n’ait connu, à un moment ou à un autre, la présence de mystiques favorisés de grâces extraordinaires, authentifiées par l’Église, et « confirmées » par les millions de pèlerins se rendant sur place. La basilique de Montmartre ne fait pas exception, et la dévotion au Sacré Cœur, qui lui est définitivement liée, a trouvé un apôtre exceptionnel en la personne d’Édith Royer.


Aller plus loin :

Jacques Benoist, « Royer (Édith), 1841 – 1924 », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 692-693.


En savoir plus :

  • Charles Boissard, La Vie et le message de Madame Royer (1841 – 1924), Paris, Lethielleux, 1960.
  • Édouard Glotin, « Réparation », Dictionnaire de spiritualité et de mystique, t. 13, Paris, Beauchesne, 1987, col. 368-413.
  • Jacques Benoist : Le Sacré-Cœur de Montmartre de 1870 à nos jours, Paris, Les Éditions Ouvrières, 1992, 2 vol. (indispensable).
  • Id., Le Sacré-Cœur des femmes. De 1870 à 1960, Paris, 2000.
  • Patrick Sbalchiero, La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Une épopée incroyable au cœur de l’histoire de France, Paris, Artège, 2020.
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