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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les grands témoins de la foi
n°103

Milan

Août 386

La conversion de saint Augustin : « Combien de temps remettrai-je à demain ? »

Augustin d’Hippone (354 – 430), brillant étudiant et professeur de rhétorique, connaît le christianisme : sa mère, sainte Monique, l’a élevé dans la religion, mais il s’est très vite lassé de ce qu’il considère comme de mauvais récits pour enfants. Sa passion, la philosophie, le conduit à adopter d’autres convictions. À côté de cela, après avoir multiplié les aventures amoureuses, il s’établit avec une femme, la mère de son fils. Pourtant, il n’est pas heureux, et au fond de lui il sait que la vérité est ailleurs. Un jour, un signe de Dieu lui est donné : il faut qu’il ouvre une bible ! Lorsqu’il en lit quelques lignes au hasard, son âme est emplie de la présence de Dieu, et il devient chrétien, même prêtre et évêque, et l’un des Pères de l’Église d’Occident.

Saint Augustin par Philippe de Champaigne, vers 1645, musée d'Art de Los Angeles. / © CC0/wikimedia
Saint Augustin par Philippe de Champaigne, vers 1645, musée d'Art de Los Angeles. / © CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Saint Augustin est l’un des plus grands intellectuels de tous les temps : son œuvre, gigantesque, est unanimement reconnue et encore étudiée aujourd’hui, aussi bien en littérature et en philosophie (notamment les Confessions) qu’en théologie.
  • Augustin a cru, à plusieurs reprises, qu’il avait trouvé la vérité ou le bon positionnement (manichéisme, astrologie, scepticisme). Contrairement à ses opinions précédentes, sa conversion au christianisme n’est pas qu’une séduction passagère, et il reste toute sa vie fidèle à la foi qu’il a reçue ce jour-là.
  • Augustin, d’une certaine manière, ressemble à beaucoup d’entre nous, habitants des pays d’Occident anciennement chrétiens : il croit connaître le christianisme parce qu’il a été catéchisé dans son enfance, alors qu’il n’en a qu’une connaissance superficielle. Il a fallu qu’il le redécouvre à l’âge adulte pour en saisir toute la crédibilité.
  • La foi de saint Augustin n’est pas dictée par des préoccupations politiques ou sociales, mais l’a rendu capable de traverser au contraire de grands changements : quand il se convertit en 386, le christianisme est en plein essor dans l’Empire romain ; mais à la fin de sa vie, en 430, l’Empire est menacé et Rome a déjà été saccagée par les barbares vingt ans auparavant…

Synthèse :

Pour celui qui allait devenir l’un des plus grands théologiens chrétiens de l’histoire, la foi n’a pas du tout été une évidence. Fils d’un père païen et d’une mère chrétienne, Augustin, né en 354 à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, est d’abord un écolier puis un étudiant plutôt doué, mais assez indiscipliné, et plus intéressé par les plaisirs et le succès que par la vie religieuse. Il aime le théâtre, et enchaîne les conquêtes amoureuses. Par sa mère, sainte Monique, il connaît déjà la religion chrétienne, mais il la juge avec un certain mépris : par rapport aux grandes écoles philosophiques, qui sont alors à la mode, la Bible lui paraît médiocre, comme une succession de récits mal écrits et sans grand intérêt.

En 373, à l’âge de dix-neuf ans, Augustin se découvre une passion pour la philosophie à la lecture de l’Hortensius de l’auteur latin Cicéron (ouvrage aujourd’hui disparu), et se lance avec zèle dans la quête de la vérité. Il croit la trouver dans le manichéisme (doctrine orientale qui prétendait notamment expliquer l’origine du mal), auquel il adhère pendant une dizaine d’années. Dans le même temps, il se fixe avec sa maîtresse, qui lui donne un fils. On aurait pu croire que le jeune homme a trouvé son équilibre, mais au fond de lui, Augustin n’est pas satisfait : son intelligence aspire toujours à une vérité plus sûre ; et son cœur, à un amour plus profond.

Ayant quitté l’Afrique du Nord pour l’Italie (Rome, puis Milan), Augustin traverse alors une double crise, intellectuelle et affective : crise intellectuelle quand, convaincu par des auteurs anti-manichéens, il abandonne sa doctrine, et avec elle l’espoir de connaître la vérité ; crise affective quand, convaincu par sa mère, il rompt aussi avec sa maîtresse. Augustin s’est détourné des erreurs du monde… mais pour aller où ?

À Milan, suivant avec assiduité les enseignements de l’évêque saint Ambroise, il finit par reconnaître que la foi chrétienne est beaucoup plus intelligente et plus crédible qu’il ne l’imaginait auparavant, quand il n’en avait qu’une connaissance superficielle ; et le témoignage de chrétiens heureux et épanouis l’attire. Il voudrait bien se convertir, lui aussi, et faire partie de ces âmes heureuses qui connaissent la vérité et qui en vivent, mais l’exigence morale du christianisme lui paraît impossible à vivre.

Un jour d’août 386, alors qu’il parle de tout cela avec un de ses amis, ce déchirement intérieur qu’il ressent le fait pleurer, et il fait cette prière : « Seigneur, jusqu’à quand seras-tu en colère ? Oublie mes péchés d’autrefois… Combien de temps encore, combien de temps remettrai-je à demain, toujours à demain ? Pourquoi pas maintenant ? Pourquoi ne pas en finir tout de suite avec ce qui fait ma honte ? » (Confessions, livre VIII, 12).

Aussitôt, il entend dans le jardin voisin la voix d’un enfant qui chante une sorte de comptine : « Prends, lis ! Prends, lis ! » Augustin s’étonne : ce n’est pas une chanson d’enfant habituelle, il n’en connaît aucune qui ait un tel refrain. Alors, il l’interprète comme un signe de Dieu pour lui : « Pour moi, il n’y avait qu’une seule interprétation : la volonté de Dieu me demandait d’ouvrir le livre », c’est-à-dire la Bible, « et de lire le premier passage sur lequel je tomberais. » C’est ce qu’il fait ; il ouvre la Bible au hasard, et lit ce verset de l’Épître aux Romains (Rm 13,13) : « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises. » En lisant ces mots, Augustin ressent dans son cœur comme un océan de lumière et de douceur : c’est bien la réponse de Dieu, qui lui dit qu’il y arrivera, qu’il parviendra à changer sa façon de vivre, et qu’il ne doit pas avoir peur de devenir chrétien. Et c’est ce qu’il fait : Augustin devint chrétien, puis prêtre, évêque, et il est aujourd’hui encore l’un des plus grands penseurs chrétiens de tous les temps.

Tristan Rivière


Au-delà des raisons d'y croire :

La mère d’Augustin, sainte Monique, avait beaucoup prié pour la conversion de son fils, et l’histoire de la prière de sainte Monique est elle-même une belle raison de croire, dont nous parlerons ultérieurement.


Aller plus loin :

Les Confessions de saint Augustin, qui racontent sa jeunesse et sa conversion, sont disponibles dans de nombreuses éditions.


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