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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Corps conservés des saints
n°169

Pologne, Autriche, Allemagne, Italie

1550-1568

Stanislas Kostka brûle d’amour pour Dieu

Mort à Rome le 15 août 1568, alors qu’il n’a pas encore dix-huit ans, novice de la Compagnie de Jésus, Stanislas Kostka, rejeton de la meilleure noblesse polonaise, aura vu ses proches opposer à sa vocation religieuse tous les obstacles possibles, ces derniers n’hésitant pas à recourir aux menaces et aux violences, sans le faire revenir sur son choix. Si sa courte vie est marquée par une suite de grâces providentielles et d’événements miraculeux, si sa rare et parfaite chasteté, qui lui vaudra de devenir le saint patron de la jeunesse catholique, se manifeste à travers l’incorruptibilité de son corps, Stanislas appartient aussi à un autre cercle extraordinaire, plus restreint : celui des mystiques si embrasés d’amour pour Dieu que leur cœur en irradie la chaleur jusqu’à l’insupportable, ou presque. On appelle ce phénomène hyperthermie, ou plus joliment incendium amoris, incendie d’amour.

Saint Stanislas Kostka. / © Shutterstock/Zvonimir Atletic
Saint Stanislas Kostka. / © Shutterstock/Zvonimir Atletic

Les raisons d'y croire :

  • Plusieurs proches de Stanislas, témoins de ces crises spectaculaires, les rapporteront lors de l’enquête canonique. Parmi eux, outre son supérieur au juvénat (équivalent du noviciat chez les Jésuites) d’Augsbourg, figurent son frère et son précepteur. Tous les deux sont, à l’époque des faits, non seulement très éloignés de la pratique religieuse, et même hostiles à la foi catholique, mais aussi des persécuteurs déterminés du jeune homme, qu’ils tiennent pour la honte de sa famille – preuve qu’ils n’inventent pas un phénomène mystique auquel ils ne croient pas.
  • Il est impossible de confondre les symptômes de l’incendie d’amour avec ceux de la mort par le froid, paradoxaux puisque, parvenus à un certain stade de refroidissement, les personnes qui en sont sujettes ont la sensation non pas de geler, mais d’étouffer de chaleur, au point de se déshabiller entièrement malgré la température polaire et de se plaindre d’avoir trop chaud. Même au paroxysme de ces crises, Stanislas, d’une pudeur hors du commun, n’enlèvera jamais le moindre vêtement et se bornera à dire qu’il « brûle », comme le prouve d’ailleurs sa température, de sorte qu’on lui appliquera sans résultat les remèdes utilisés avant la mise au point des médicaments fébrifuges (pour faire tomber la fièvre), à savoir des bains glacés ou des compresses froides.

  • Il n’est pas le seul à avoir expérimenté cette intense brûlure d’amour. L’on cite parmi ces saints la mystique italienne Angèle de Foligno, ainsi que Bernadette Soubirous qui, lors de la première apparition de Notre Dame à Lourdes, le 18 février 1858, traverse le Gave pieds nus en affirmant à sa sœur et à l’amie qui l’accompagnent, et qui se sont plaintes de l’eau glaciale du torrent pyrénéen : « Elle est tiède comme de l’eau de vaisselle !» Plus près de nous, Padre Pio, toute sa vie, à la stupeur de médecins incrédules, fit éclater les thermomètres qui ne pouvaient monter aussi haut que sa température. À l’autopsie de certains cas, les chirurgiens affirmèrent s’être sévèrement brûlés en touchant le cœur du mystique, dont le décès même n’avait pas encore éteint l’ardeur.

  • La décision de Stanislas d’entrer dans la Compagnie de Jésus est liée à une expérience mystique ayant lieu en décembre 1566, alors qu’il est très souffrant et qu’on l’empêche de recevoir les derniers sacrements. Dans la prière, il se tourne vers sainte Barbe qui lui apporte la communion accompagnée de deux anges. À la surprise générale, Stanislas guérit ; il prend alors la ferme résolution d’entrer chez les Jésuites en dépit de la forte hostilité, des persécutions et du reniement que provoque sa décision dans sa famille.
  • Son désir du ciel étant si grand, Stanislas Kostka écrit au début du mois d’août 1568 une prière à la Vierge Marie, demandant à être rappelé à Dieu le jour de l’Assomption. Il garde cette lettre sur lui jusqu’à sa mort, qui survient comme il l’avait demandé le 15 août. Il a alors dix-huit ans.

Synthèse :

Stanislas Kostka est né le 28 octobre 1550 en Mazovie, dans une famille de la haute noblesse polonaise, peut-être attirée par le protestantisme, mais plus encore préoccupée par l’ascension sociale. Étant l’aîné, Stanislas est voué à prendre la succession paternelle et à occuper de hautes fonctions. C’est afin de l’y préparer que ses parents l’envoient, en 1664, poursuivre ses études à Vienne, dont le collège jésuite attire les jeunes élites d’Europe centrale.

S’il étudie avec sérieux, ce que Stanislas préfère, dans l’établissement, c’est de pouvoir prier longuement et communier fréquemment, comme il en a obtenu la permission, rare à l’époque. Cette piété agace son frère, et plus encore son précepteur, responsable des deux fils de ses maîtres, et inquiet de la vocation religieuse qu’il voit naître devant lui. Il s’ingéniera donc à la contrarier. L’internat étant fermé, il choisit, pour se loger avec ses pupilles, la maison d’un protestant intolérant qui, par exemple, refuse la venue chez lui d’un prêtre catholique. Il ne perd pas non plus une occasion de tourner en ridicule la ferveur de Stanislas.

Établit-il un rapport entre cette ferveur exceptionnelle et les étranges « poussées de fièvre » dont son élève est régulièrement victime, obligeant à lui envelopper la poitrine, d’où émane en effet une étrange chaleur, de linges imbibés d’eau glacée ? Non, puisque les vexations se multiplient. Au point qu’en 1566, lorsque Stanislas tombe si malade qu’on le croit mourant, son précepteur et son logeur s’entendent pour l’empêcher, malgré ses supplications, de recevoir les derniers sacrements, tenus pour relever d’une honteuse superstition catholique. Désespéré de partir privé du viatique, Stanislas prie alors sainte Barbe, patronne des pompiers et de tout ce qui est lié au feu – choix judicieux pour quelqu’un en proie à un incendie d’un genre particulier –, mais aussi de la confrérie de jeunes gens à laquelle il appartient (la congrégation mariale de Sainte-Barbe).

Peu après, la martyre lui apparaît, accompagnée de deux anges, dont l’un lui donne la communion. Contre tous les pronostics médicaux, Stanislas guérit, et décide d’entrer chez les Jésuites. Ses proches font tout pour l’en empêcher, proférant tant de menaces que les supérieurs viennois, inquiets des retombées de la fureur de la puissante famille Kostka, conseillent à leur fils d’aller faire son noviciat à Augsbourg, hors de portée de la colère paternelle. C’est là qu’il se sent, un jour d’hiver glacial, si embrasé de l’amour divin que, n’y tenant plus, il descend sans manteau au jardin, s’y promène, insensible au froid, et finit, devant les supérieurs médusés, par se rouler dans la neige. À leurs questions, il répond, comme si c’était une évidence : « Je brûle. »

Plus au fait des phénomènes mystiques, convaincus de la sainteté du novice et ayant appris la présence à Dillingen (Allemagne) de l’une des grandes figures de l’Ordre, Pierre Canisius – engagé dans une lutte incessante pour arracher le monde germanique à l’influence luthérienne –, les jésuites d’Augsbourg lui conseillent d’aller le rencontrer pour voir s’il est ou non possible de le recevoir dans la Compagnie. C’est le début d’un incroyable voyage, à pied, déguisé en mendiant, qui conduit Stanislas jusqu’à Rome à la fin de l’été 1567. Poursuivi par son frère et son précepteur, qui doivent le ramener en Pologne, il passe tout près d’eux sans être reconnu, et il atteint la ville où le général des Jésuites, François Borgia, l’attend et l’accueille. L’attend aussi une lettre de son père qui le renie : « Vous avez osé traverser l’Allemagne et l’Italie déguisé en mendiant, déshonorant par votre comportement insensé notre illustre famille. Si vous persistez dans cette folie, ne tentez jamais de revenir en Pologne !»

Stanislas n’en aura pas l’occasion. Ses mois de noviciat font grandir, si cela était encore possible, son amour de Dieu et son désir du Ciel, de sorte que la vie sur terre lui devient odieuse. Le 8 janvier 1568, en guise de vœu pour la nouvelle année, il prie Notre Dame de venir le chercher le 15 août suivant, fête de l’Assomption, pour l’emmener avec elle au paradis. En effet, le 14 août, Stanislas, victime du paludisme – à l’époque l’un des fléaux de Rome –, meurt le lendemain, comme il le souhaitait.

S’il était encore nécessaire de démontrer sa sainteté, son corps est retrouvé deux ans plus tard intact et répandant, à l’ouverture de la tombe, un parfum délicieux qui embaume toute la chapelle. Canonisé en même temps qu’un autre jeune de la Compagnie de Jésus, Louis de Gonzague, en 1726, Stanislas est invoqué pour préserver la pureté de la jeunesse, et il est fêté le 13 novembre dans la liturgie.

Spécialiste de l'histoire de l'Église, postulateur d'une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l'auteur de plus d'une quarantaine d'ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au-delà des raisons d'y croire :

En hébreu, seraphim signifie « celui qui brûle », sous-entendu d’amour pour Dieu, et cet état est tenu pour le suprême degré de l’union d’une créature au Créateur. Il est donc normal que les séraphins appartiennent au premier des neuf chœurs angéliques, celui dont les esprits célestes sont les plus proches de Dieu. Si cette brûlure d’amour est un délice pour ces êtres spirituels, elle s’avère pénible à supporter pour les humains, dont la chair fragile et mortelle n’est pas conçue pour la tolérer sans souffrance. Cependant, comme dans tous les phénomènes mystiques, cette souffrance se révèle tellement suave que ses bénéficiaires ne souhaitent pas la voir cesser. Rares sont cependant les âmes à en bénéficier. C’est par ses incessantes pénitences et son précoce et total mépris des plaisirs de ce monde que Stanislas est parvenu, très jeune, à un pareil degré de sainteté.


Aller plus loin :

Jean Goetstouwers, Vie de saint Stanislas Kostka par le père Valtrino, dans la revue Archivum Historicum Societatis Iesu, 1932.


En savoir plus :

  • Henry Marsille, Saint Stanislas Kotska, 1935.
  • Vie de Saint Stanislas Kostka en audio. Par le Père Virgile Céprari. Traduite par M. Galpin. Edition Mame, 1850.
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