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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Une vague de charité unique au monde
n°234

Lombardie (Italie)

1474 – 1540

Sainte Angèle Mérici : pour servir, non être servie

Angèle Mérici naît en Lombardie, en 1474, dans le duché de Milan, alors objet de lutte entre le roi de France et d’autres puissances. La guerre, la famine et la maladie sont les compagnons habituels de cette époque. Angèle ne se désintéresse pas de ses compatriotes : assidue à la prière, car c’est auprès de Dieu qu’elle puise ses forces, elle s’efforce de soulager un peu cette misère. Elle encourage, réconforte, conseille et soutient matériellement comme spirituellement ceux qui lui demandent son aide. Les femmes qui se regroupent autour d’elle sont animées du même désir de servir leur prochain, notamment par l’éducation et l’instruction apportées aux jeunes filles.

© Shutterstock / encierro
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Les raisons d'y croire :

  • On connaît la vie de sainte Angèle par plusieurs sources. Ses écrits (la Règle, les Avis et son Testament) constituent à la fois un témoignage spirituel et un récit de la manière dont elle vivait. On connaît également sa vie grâce au procès Nazari (1568), qui eut lieu peu de temps après sa mort pour rassembler tous les éléments nécessaires à un procès de béatification.
  • Angèle Mérici bénéficie d’une inspiration surnaturelle concernant sa vocation. En prière, elle a la vision d’une échelle élevée vers le ciel et de jeunes filles qui montent en procession. Il lui est révélé qu’elle fondera une nouvelle famille religieuse, ce qu’elle fait effectivement, le 25 novembre 1535, avec la naissance de la Compagnie des humbles de Sainte-Ursule.
  • L’idéal de vie de sainte Angèle Mérici est fructueux : « Si c’est Dieu qui a planté́ cette Compagnie, jamais il ne l’abandonnera » (Avis, IV, 8). Ce sont aujourd’hui quarante-trois familles religieuses déployées à travers le monde qui reconnaissent Angèle Mérici pour fondatrice. On compte près de cent quinze couvents d’ursulines en France. Quelle vigueur !

  • Nombreuses sont les personnes qui cherchent le conseil d’Angèle Mérici, y compris les grands de l’époque. Le duc de Milan, François II Sforza, la sollicite pour des conseils spirituels, et le pape Clément VII lui demande de rester à Rome.
  • Sainte Angèle Mérici met en œuvre la charité divine en de multiples domaines : enseignement scolaire, soin des malades, aide aux démunis, etc. Tant de travaux dépassent de manière évidente les forces humaines. C’est parce que la grâce – c’est-à-dire la force divine – soutient sainte Angèle qu’elle peut mener à bien les entreprises que les événements, indicateurs de la volonté divine, l’engagent à poursuivre.
  • Toutes les œuvres d’Angèle ont un point commun : Dieu. La vertu de charité est appelée théologale parce qu’elle vient de Dieu – c’est l’Amour de Dieu répandu en nos cœurs – et qu’elle conduit à Dieu. L’orientation qu’Angèle donne à sa vie – une vie totalement donnée aux autres – n’a sans cela pas d’explication.
  • Angèle meurt à Brescia le 27 janvier 1540. Sa dépouille est déposée à l’église Sainte-Afre, selon son souhait. Deux événements sont notés comme remarquables par les contemporains qui se pressent en foule pour prier la sainte : une étoile brille juste au-dessus de l’église pendant trois jours. Puis, après un mois d’exposition dans l’église, le corps demeure intact. Aussi le culte à sainte Angèle se développe-t-il très rapidement.
  • Le procès de béatification s’ouvre au XVIIIe siècle. Il aboutit à la béatification d’Angèle Mérici en 1768. Le pape Pie VI confirme les miracles obtenus par son intercession en 1790, et la canonisation a lieu après les troubles de la Révolution française, le 27 mai 1807.

Synthèse :

Angèle Mérici (Angela Merici) naît, selon la tradition familiale, le 21 mars 1474 à Desenzano del Garda, bourg situé sur la rive sud du lac de Garde, près de Brescia, en Lombardie. Le duché de Milan est dirigé par les Sforza depuis 1450. Mais Louis XII (roi de France de 1498 à 1515) et son successeur François Ier (roi de 1515 à 1547) entendent faire valoir leurs droits héréditaires sur le duché milanais. La grand-mère de Louis XII est en effet Valentine Visconti, princesse milanaise qui a épousé Louis Ier d’Orléans, le frère de Charles VI. Louis XII conduit donc la France à la deuxième guerre d’Italie (1499-1500). Il devient duc de Milan (de 1499 à 1512) après l’arrestation de Ludovic Sforza, dit « le More », qui restera emprisonné en France jusqu’à sa mort. Jules II, élu pape en 1503, inquiet de la puissance française dans la péninsule, veut en chasser les Français : grâce à la Sainte Ligue qui unit, à son initiative, l’Espagne et Venise, puis l’Angleterre et les cantons suisses, les Français quittent la Lombardie en 1512, et le duché de Milan échoit à Maximilien Sforza, fils de Ludovic Sforza. Mais, à la suite de la victoire de Marignan, les Français reviennent dans le Milanais et François Ier restera duc de Milan de 1515 à 1521. Charles Quint ne peut admettre cette domination française : l’armée impériale, avec l’aide de l’armée pontificale du pape Léon X, contraint les Français à se retirer en 1521. François II Sforza, frère cadet de Maximilien, prend le gouvernement du duché.

Milan est repris par les Français en 1524, mais la défaite française décisive de Pavie, en 1525, laisse les forces impériales de Charles Quint dominer la péninsule italienne. François Ier est alors fait prisonnier. Il ne sera libéré que l’année suivante, contre la promesse de renoncer à toute ambition dans la péninsule italienne. François II Sforza vient alors s’installer à Milan. Cette évocation des luttes politiques était nécessaire pour comprendre combien le pays natal d’Angèle Mérici est ravagé par la guerre et son cortège de pillages, d’épidémies et de famines, et sur quel terreau de misère sa charité, pour cette raison, grandit et se développe.

Sa famille est pieuse : son père, Giovanni, raconte chaque soir à ses enfants un épisode marquant de la vie des saints. Les exemples ainsi présentés auront une influence profonde sur l’esprit de la jeune Angèle. Mais la mort de ses parents oblige la jeune fille à quitter le domaine agricole familial. Un de ses oncles, Bianchoso de Bianchi l’accueille, ainsi qu’un de ses frères, dans sa maison de Salò, petite bourgade au bord du lac de Garde. La ville de Salò compte un couvent de franciscains réformés, qui propagent autour de lui un renouveau spirituel. Un mouvement de retour à l’observance primitive de la règle se dessine en effet dans les ordres religieux à cette époque. Angèle se nourrit de cet esprit.

Au décès de son oncle, elle retourne dans les terres paternelles et y est instruite de sa vocation : elle voit une échelle dressée vers le ciel, que gravissent ou descendent des jeunes filles. Parvenue à l’âge de dix-huit ans, désireuse de se consacrer au Seigneur, Angèle entre dans le tiers ordre franciscain. Elle observe le jeûne, qui est de rigueur à l’époque, et se dévoue à aider son prochain. Elle allie ainsi vie active et contemplation : n’est-ce pas l’idéal de l’imitation du Christ, issu de la devotio moderna ? Ascèse inspirée par l’amour du Christ et pratique des vertus chrétiennes en sont le programme concret. Ainsi ses supérieurs l’envoient-ils en 1516 à Brescia auprès d’une veuve, Catarina Patengola, qui a perdu son mari et ses fils à la guerre. La jeune tertiaire l’assiste pendant deux ans, lui permettant de surmonter l’épreuve. Puis, étant elle-même charitablement logée chez un bourgeois de la ville, Antonio Romano, elle console les cœurs affligés, conseille les hésitants, réconcilie les ennemis et fortifie les esprits vacillants pendant quatorze années. Des théologiens lui demandent son avis.

Angèle se rend en 1524 en pèlerinage en Terre sainte. Les croisades ont rendu célèbre ce voyage sur les pas du Christ : c’est avec une grande dévotion que l’on découvre les lieux de la passion et de la résurrection du Sauveur. De nombreuses représentations de la mise au tombeau sont sculptées en France comme en Italie à cette époque pour en conserver le souvenir. La plus célèbre et la plus ancienne est le Mont Sacré de Varallo, dans le Piémont, fondé en 1491 par le franciscain de l’Observance Bernardino Caimi. Angèle s’y rendra par deux fois, entre 1529 et 1532. La passion et la résurrection du Christ sont en effet au cœur de la spiritualité que sainte Angèle léguera à ses filles en religion. Angèle ne peut pourtant presque rien contempler des paysages et des villes de Palestine : une infection des yeux la rend presque aveugle. Ce n’est que pendant le voyage de retour, en Crète, qu’elle guérit.

L’année suivante, Angèle se rend à Rome. Elle y retrouve un prélat qu’elle avait rencontré en Terre sainte. Ce dernier lui propose de rencontrer le souverain pontife, Clément VII. Le pape l’interroge et lui propose de rester à Rome. Angèle lui répond humblement que Dieu la veut à Brescia.

De retour à Brescia, elle loge chez un habitant, Agostino Gallo, qui lui prête une chambre. Puis elle habite près de l’église Sainte-Afre. Le nouveau duc de Milan, François II Sforza, s’entretient avec elle, lui demandant ses lumières spirituelles. Le souvenir de la vision reçue durant sa jeunesse la presse : elle propose aux femmes non mariées, dont elle connaît le goût pour la prière et les œuvres de charité, de s’unir spirituellement, sans pour autant abandonner le lieu où elles vivent, en une compagnie qui leur serait un soutien efficace par l’assistance en commun à la messe et l’entraide mutuelle, matérielle comme spirituelle. Le 25 novembre 1535, vingt-huit jeunes filles, après avoir assisté à la messe, se rendent dans un oratoire ; là, elles se consacrent au Seigneur en inscrivant simplement leur nom dans un registre. La Compagnie de Sainte-Ursule, du nom d’une jeune fille martyre à Cologne vers 385, particulièrement populaire à cette époque, est née. Elle est reconnue par une bulle du pape Paul III en 1544.

Le concile de Trente assujettit les filles consacrées à la règle de la clôture. Les Ursulines ne font pas exception : elles commencent à vivre en communautés retirées à Milan (1572), puis Avignon (1596), mais ne cessent pas pour autant d’être apôtres : elles deviennent éducatrices et dirigent de nombreuses écoles féminines.

Angèle Mérici meurt le 27 janvier 1540. Elle est canonisée par le pape Pie VII le 27 mai 1807.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Au-delà des raisons d'y croire :

Angèle Mérici ne choisit pas au hasard le nom de la famille religieuse qu’elle fonde : comme sainte Ursule, martyrisée à Cologne au IVe siècle, elle s’associe des compagnes attirées par son idéal de foi et de virginité, qu’elle entraîne à sa suite vers le Christ. Sainte Ursule s’est rendue en pèlerinage vers la Terre sainte, comme sainte Angèle après elle. Comme son modèle, Angèle est allée rencontrer le pape à Rome. Comme la courageuse jeune vierge de l’antiquité chrétienne, Angèle exhorte ses filles à demeurer unies « toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir » (sainte Angèle Mérici, Règle).


Aller plus loin :

Gaëtan Bernoville, Sainte Angèle Mérici, les Ursulines de France et l’union romaine, collection « Les grands ordres monastiques et instituts religieux », Grasset, Paris, 1947.


En savoir plus :

  • Divo Barsotti, La Spiritualité de sainte Angèle Mérici, Rome, 2001.
  • Curzia Ferrari, Angela Merici. Tra Dio e il secolo, Morcelliana, 1998.
  • Marie-Bénédicte Rio, O.S.U., Histoire et spiritualité des Ursulines, Rome, 1989-1990.
  • Teresa Ledochowska, O.S.U., À la recherche du charisme de l’Institut des Ursulines de l’Union Romaine,Ursulines de l’Union Romaine, Rome, 1976.
  • Teresa Ledochowska, Aimer tout simplement. La vie d’Angèle Mérici, Lumen vitae, Bruxelles, 1981.
  • « Vatican news » présente une notice sur la sainte.
  • Les archives ursulines proposent aussi une présentation de la vie et de la spiritualité de sainte Angèle.
  • Les Ursulines de l’Union Romaine présentent sur leur site internet, à l’occasion d’une courte vie de leur fondatrice, une frise chronologique qui regroupe les dates principales de sa vie.
  • Pie VII, Bref [pour la canonisation de la bienheureuse Angèle Mérici, fondatrice de la Compagnie de Sainte-Ursule], Paris, Couturier, 1814.
  • Les écrits de Sainte Angèle Mérici se composent de trois parties : Règle, Avis et Testament. Le manuscrit de la plus ancienne version de la Règle de Sainte-Angèle se trouve à la bibliothèque Trivulziana de Milan.
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