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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les martyrs
n°206

Jérusalem

Ier siècle

Saint Étienne, premier des martyrs

Étienne est l’un des sept premiers diacres choisis et nommés par les apôtres pour assurer une traduction fidèle des prières liturgiques de la première Église de l’araméen au grec. Israélite savant et auteur de divers prodiges, il est un évangélisateur très inspiré, mais victime de calomnie de la part de certains de ses concitoyens, qui refusaient de reconnaître en Jésus le Messie d’Israël. Il est lapidé aux portes de Jérusalem après avoir reçu une vision de Jésus. Il est ainsi le « protomartyr », le premier, après la mort de Jésus, à sceller son témoignage par son sang, inaugurant la longue lignée des martyrs, « semence de chrétiens », qui continue jusqu’à nos jours.

Saint Étienne, retable de Carlo Crivelli, 1476. /© CC0/wikimedia
Saint Étienne, retable de Carlo Crivelli, 1476. /© CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • Étienne était un contemporain de Jésus et des apôtres, et, selon la tradition, comme saint Paul, un ancien disciple de Gamaliel. Il a été choisi par les Douze pour répondre, avec six autres lettrés grecs, et par une traduction fidèle, à la demande des consacrées de langue grecque qui ne comprenaient pas les prières des apôtres formulées en araméen (cf. Ac 6,1-6), remplissant ainsi un service de charité auprès de ces femmes.
  • Étienne a été témoin des miracles accomplis par les apôtres, et il a lui-même opéré divers signes et prodiges inspirés par le Saint-Esprit (Ac 6,10). Son choix de mourir pour sa foi en Jésus n’est donc pas un acte irréfléchi ou un pari fou.
  • Le discours d’Étienne avant sa mort nous montre que c’était un israélite extrêmement savant. Il connaissait bien les Écritures saintes et l’histoire du peuple d’Israël. Sa reconnaissance de la messianité de Jésus est donc basée sur des connaissances religieuses solides.
  • Étienne a bénéficié avant sa mort d’une vision de Jésus dans sa gloire. Il en a rendu un témoignage public, qui a conduit à son exécution.
  • L’exécution, au cours de laquelle Étienne meurt en pardonnant à ses ennemis (Ac 7,60), à l’image du Christ (Lc 23,34), a eu lieu à Jérusalem, la ville principale pour tous les israélites, en présence d’une foule nombreuse.
  • Le récit de Luc est digne de foi. Il mentionne notamment lors de cette exécution la présence de Saul de Tarse, qui deviendra l’apôtre Paul. Or, Luc fut un proche collaborateur de l’apôtre. Il a donc pu bénéficier d’un témoignage oculaire direct.
  • Les reliques de saint Étienne ont été retrouvées et ont fait ensuite l’objet de vénération. Saint Augustin rapporte soixante-dix miracles qui se sont produits en leur présence, lorsqu’elles furent pèlerines au début du Ve siècle en Afrique du Nord (La Cité de Dieu, livre XXII, chapitre 8).

Synthèse :

Après la montée de Jésus au Ciel, les apôtres se mettent à annoncer la Bonne Nouvelle du salut à Jérusalem. Toutefois, à côté de la prédication, ils doivent aussi gérer toutes sortes d’autres tâches, et notamment le problème décrit dans les Actes des Apôtres (Ac 6,1-7) : la version grecque du Nouveau Testament parle de « sept » frères« estimés de tous » qui sont « établis » par les apôtres pour répondre aux « veuves de langue grecque » qui « récriminent contre ceux de langue hébraïque » (l’araméen parlé par les apôtres) et qui se disent « désavantagées » dans « le service des tables », ce qui paraît curieux. En effet, dans cette traduction, il semble qu’on ordonne (pourquoi ?) des hommes remplis d’Esprit Saint (pourquoi ?) pour s’occuper d’un service ménager (difficile à comprendre) : les sept en question vont faire tout autre chose en partent immédiatement évangéliser. Mais la version araméenne du texte, qui est très certainement l’original, permet de mieux comprendre le contexte : il s’agit en fait de consacrées de langue grecque (pas de veuves) qui ne comprennent pas les prières à l’autel (pas aux tables) et qui demandent des traducteurs (pas des diacres). Voilà pourquoi les apôtres instituent et ordonnent sept lettrésgrecs, dont saint Étienne, pour traduire les prières, comme on avait fait pour la Septante à Alexandrie en 270 avant Jésus-Christ.

Mais ce service de traduction n’est pas la seule occupation de ces frères remplis de l’Esprit Saint, et Luc nous informe qu’Étienne prêche et opère aussi de grands prodiges parmi le peuple. Ce témoignage de puissance suscite l’hostilité de certains concitoyens d’Étienne, qui engagent un débat avec lui. Ne parvenant pas à réfuter ses arguments rationnels, ils décident alors d’engager de faux témoins contre lui afin de le calomnier auprès des autorités religieuses. Accusé, à tort, de blasphémer contre Dieu, il est conduit devant le grand prêtre pour être jugé.

Profitant de cette occasion pour rendre témoignage de sa foi en Jésus, Étienne entame un long discours récapitulant l’histoire d’Israël, afin de montrer que Jésus est bien le Messie annoncé par les prophètes et attendu par le peuple. Ce discours prouve qu’Étienne connaît extrêmement bien les textes de l’Écriture sainte et l’histoire du peuple d’Israël. Il n’est donc pas un simple homme du peuple qui peut se laisser berner par le premier faux messie venu, mais bien un homme savant, formé à l’étude de l’Écriture sainte, qui a reconnu la messianité de Jésus. Ses adversaires, énervés par son discours, ne trouvent d’ailleurs pas d’occasion pour l’interrompre ou le contredire.

À la fin de son discours, Étienne bénéficie d’une vision de Jésus en gloire. Parlant librement de celle-ci, il déclenche la colère de la foule, qui l’écoutait jusque-là, et qui décide alors de le conduire hors de la ville pour le lapider. Sans haine ni peur, Étienne confie simplement son esprit à Jésus. Cette mort pleine de confiance scelle le témoignage d’Étienne, qui s’était déjà appuyé sur une argumentation rationnelle solide et des miracles pour témoigner de la messianité de Jésus.

Ce récit provient des Actes des Apôtres, un livre rédigé par Luc en complément de son Évangile. Écrit seulement quelques décennies après les faits, ce récit relate un événement qui a eu lieu à Jérusalem, la ville plus la plus importante pour les israélites à cette époque, en présence de nombreux témoins. Il a aussi l’avantage d’être appuyé par un témoignage oculaire direct. En effet, nous savons que Saul de Tarse, qui était à l’époque un pharisien zélé, était présent lors de cette exécution. Or, celui-ci, après avoir eu une révélation directe du Christ, deviendra à son tour disciple de Jésus, et Luc l’accompagnera pendant plusieurs années dans ses voyages.

Notons encore que saint Augustin décrit plus de soixante-dix miracles provoqués par les reliques d’Étiennequi, après avoir été retrouvées en 415, ont circulé dans sa région : « Je pourrais encore rapporter un grand nombre d’autres miracles ; mais comment faire ? Il faut bien, comme je l’ai promis, arriver à la fin de cet ouvrage. Je ne doute point que plusieurs des nôtres qui me liront ne soient fâchés que j’en aie omis beaucoup qu’ils connaissent aussi bien que moi ; mais je les prie de m’excuser, et de considérer combien il serait long de faire ce que je suis obligé de négliger. Si je voulais rapporter seulement toutes les guérisons qui ont été opérées à Calame et à Hippone par le glorieux martyr saint Étienne, elles contiendraient plusieurs volumes ; encore ne seraient-ce que celles dont on a écrit les relations pour les lire au peuple. Aussi bien, c’est par mes ordres que ces relations ont été dressées, quand j’ai vu se faire de notre temps plusieurs miracles semblables à ceux d’autrefois et dont il fallait ne pas laisser perdre la mémoire. Or, il n’y a pas encore deux ans que les reliques de ce martyr sont à Hippone ; et bien qu’on n’ait pas donné de relation de tous les miracles qui s’y sont faits, il s’en trouve déjà près de soixante-dix au moment où j’écris ceci. Mais à Calame, où les reliques de ce saint martyr sont depuis plus longtemps et où l’on a plus de soin d’écrire ces relations, le nombre en monte bien plus haut » (La Cité de Dieu, livre XXII, chapitre 8).

Olivier Bonnassies


Au-delà des raisons d'y croire :

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13), dit le Christ, et, au-delà de son éloquence, le témoignage des martyrs est un acte de charité.


Aller plus loin :

Pierre Maraval et Simon Claude Mimouni, Le christianisme : des origines à Constantin, Paris, Presses Universitaires de France, 2006.


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