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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les saints
n°44

Italie

1300-1356

L’extraordinaire conversion de Micheline de Pesaro

Micheline fait partie de la noblesse italienne. À 20 ans, elle est veuve, mère, et mène une vie mondaine et fastueuse. Lorsque son fils unique décède, Micheline sombre dans la tristesse, jusqu’au jour où elle a une vision de son enfant, heureux et lumineux. Cet événement provoque immédiatement une conversion radicale qui se décline dans tous les aspects de sa vie : elle distribue l’intégralité de ses biens aux indigents, ne gardant rien pour elle et mendiant son pain. Sa belle-famille, prétextant la folie, la fait enfermer, mais les gardes, émus par la bonté de leur prisonnière, la laissent partir. Micheline peut continuer sa sanctification, inspirée par la figure de saint François. Elle meurt le 19 juin 1356, après avoir effectué seule un pèlerinage à Jérusalem.

 Détail de Micheline de Pesaro par Federico Barocci / © CC BY-SA 4.0/Adri08
Détail de Micheline de Pesaro par Federico Barocci / © CC BY-SA 4.0/Adri08

Les raisons d'y croire :

  • Des historiens et érudits reconnus comme les Bollandistes ont analysé la vie de Micheline de Pesaro à partir d’une documentation historique solide et variée : l’auteur franciscain Barthélemy de Pise († 1401) évoque Micheline dans l’ouvrage De conformitate vitae beati Francisci ad vitam domìni lesu (I, VIII, pars H) ; les Analecta franciscana (annales franciscaines) en disent quelques mots (§ 4) ; en 1585, un premier récit biographique voit le jour sous la plume du futur évêque Pietro Ridolfi da Tossignano : Vie de la bienheureuse Micheline de Pesaro de l’ordre des Pénitents de saint François.
  • Les miracles posthumes sont documentés de façon exceptionnelle, car nombre d’entre eux ont été consignés par des hommes de loi, avocats, greffiers, magistrats, etc. Composé de 1359 à 1379, le premier recueil de ses miracles a nécessité l’interrogatoire de plus de 200 personnes. Les récits de ces prodiges ne sombrent jamais dans le « merveilleux » gratuit : tous renvoient à l’Évangile et à la personne du Christ.
  • Rien ne prédispose Micheline à se convertir : au contraire, elle rejette Dieu et la foi depuis la mort de son fils. La soudaineté et la radicalité de sa conversion pèse largement en faveur de son authenticité. En effet, un tel changement existentiel à tous niveaux ne peut avoir qu’une cause hors du commun : il est a priori impossible de transformer la personnalité de quelqu’un et de l’arracher à son humus socioculturel en quelques jours. Cette conversion radicale fait directement écho à celles vécues par les premiers apôtres, à commencer par saint Paul.
  • Le pape Clément XII la proclame bienheureuse en 1737 après un examen approfondi de sa vie, de ses vertus et des miracles que Dieu a accomplis en elle (on en connaît au moins 107). Bien qu’elle ait été béatifiée assez tardivement, le culte rendu à Micheline existe dès la fin du XIVe siècle sans discontinuité, en Italie comme dans l’ordre franciscain.

Synthèse :

Lorsque Micheline vient au monde dans la cité portuaire de Pesaro, dans la région des Marches, rien ne la prédispose à devenir une « recluse », et encore moins une sainte. Elle appartient à la riche famille des Metelli qui règne sur la ville et ses alentours. Après avoir reçu une éducation de grande qualité, où la religion n’entre que dans une assez faible part, elle est promise en mariage dès ses 12 ans, comme le veut la tradition, à un membre de la famille Malatesta, seigneurs de Rimini et administrateurs de la Romagne et des Marches.

Après les noces célébrées en grande pompe, le couple passe trois ou quatre ans dans la plus totale insouciance, au milieu du luxe, des fêtes, des chasses, des voyages... Un garçon naît de cette union. II sera l’unique enfant du couple et, de ce fait, monopolisera l’attention de sa mère qui, toutefois, continue de mener une vie de distraction à la cour de Pesaro.

En 1320, Micheline perd son mari subitement. C’est un choc. Mais les mois passant, la jeune femme se console dans les dîners et autres réceptions de l’aristocratie régionale. Son train de vie est fastueux. On dit qu’elle aime les beaux habits et le luxe sous toutes ses formes. Des rumeurs évoquent sa vie dissolue, jugée indigne pour une veuve…

Vers 1330 se produit l’événement clé de son existence : son fils unique meurt à son tour. Cette fois, elle ne peut faire face : elle perd pied et se noie dans le chagrin. Au bout de quelques mois, rien n’a changé : elle est au plus mal. Un après-midi, elle perd soudainement conscience de ce qui l’entoure, de l’endroit où elle se trouve et tombe dans une sorte de ravissement. Elle voit alors son fils décédé venir vers elle, souriant et heureux, dans une lumière extraordinaire. Le jeune garçon est resplendissant de beauté. Il ne dit mot. Soudain, elle le voit s’élever doucement dans les hauteurs, jusqu’à ce qu’il disparaisse. Elle tombe à genoux et, pour la première fois depuis très longtemps, elle se met à prier.

En quelques jours, Micheline est l’objet d’une métamorphose complète : elle abandonne ses vêtements d’apparat, ses bijoux, ses domestiques et ses chevaux ; elle passe ses journées et ses nuits en prière ; elle lit la Bible avec un profond respect ; elle ouvre son logis aux pauvres venus faire l’aumône ; elle recueille des sans-abris et des malades… Elle se nourrit comme personne ne l’a jamais encore vue faire : pain et eau pour l’essentiel, aucun aliment cuit. Elle distribue ses biens et son argent aux monastères et aux confréries, sans oublier de donner aux plus démunis. Plus elle se dépouille, plus elle semble heureuse. Enfin, elle fonde la confrérie de l’Annonciation, dont le but est de fournir des soins aux pauvres et d’enterrer les morts.

Elle sait qu’elle a été touchée de plein fouet, qu’elle a fait une rencontre avec l’invisible, avec une puissance d’amour incomparable. Elle n’a désormais qu’une ambition : devenir pénitente à l’image de saint François, son contemporain. Le contenu de cette vision est bien la cause de la conversion. Voilà pourquoi Micheline – comme toutes les personnes vivant une expérience visionnaire authentique – apprend en un éclair toutes les richesses de la foi, comme si une main invisible en dévoilait les subtilités en les gravant dans un coin de la mémoire. Ce n’est pas tant son fils qu’elle perçoit : c’est surtout le Christ qu’elle rencontre à travers lui.

Ce souhait n’est pas du goût de tout le monde : des membres de sa famille la jugent perturbée, sinon « folle », après la disparition de son fils. Son beau-père la fait enfermer dans une tour de son château. Mais au bout de quelques jours, les hommes chargés de la surveiller refusent de poursuivre leur tâche, tant la prisonnière leur apparaît comme bonne et sainte. Un soir, ils la libèrent en secret et racontent aux habitants de Pesaro toutes les qualités qu’ils ont trouvées chez Micheline. C’est le début de la popularité pour la future bienheureuse. Étrangement, les pouvoirs municipaux laissent Micheline libre de se sanctifier comme bon lui semble.

Elle entreprend un pèlerinage à Jérusalem à pied en pénitence de ses péchés, ce qui, à l’époque pour une femme seule, présente des dangers invraisemblables. Elle y parvient cependant au terme de mois d’efforts. C’est au cours de ce voyage qu’elle reçoit les stigmates, faisant d’elle l’une des premières femmes de l’histoire à recevoir les plaies de la Passion.

Micheline décède à son domicile, à Pesaro, le 19 juin 1356, de causes naturelles. Elle a été proclamée bienheureuse par le pape Clément XII le 13 avril 1737.

Si l’Église du Moyen Âge n’a pas ouvert de procès de canonisation en faveur de Micheline, la réputation de cette femme est en revanche largement attestée bien avant sa mort. Sa renommée s’étend au-delà de sa province natale et son culte populaire est parfaitement connu des autorités ecclésiastiques. Son audience est importante auprès des fidèles italiens à la fin du XIVe siècle.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Le contenu de la vision relatée par la bienheureuse est important, car il illustre concrètement la vérité du dogme de la communion des saints confessée par les catholiques : les croyants, vivants ou morts, sont unis dans la foi au Christ ressuscité. C’est ce qui a illuminé l’esprit et le cœur de Micheline dont la vision n’a rien de fantomatique ; son fils n’est pas un revenant, mais bien un être vivant en Dieu venu à sa rencontre, non pour « échanger », comme le font deux personnes, mais pour lui révéler que le Seigneur l’attend elle aussi, à condition qu’elle fasse entrer l’amour du Christ dans sa vie.


Aller plus loin :

Jacques Dalarun, La Sainte et la cité. Micheline de Pesaro, († 1356), tertiaire franciscaine, Rome, École Française de Rome, 1992. Disponible en ligne.


En savoir plus :

  • Adriano Gattucci, Dizionario Biografico degli Italiani, « Michelina da Pesaro » vol. 74, 2010, disponible en ligne.
  • Philippe Jansen, La Sainteté dans les Marches et la Romagne aux XIIIe-XIVe siècles. Aspects religieux et sociaux, thèse de 3e cycle, dactyl., Université de Paris I-Panthéon Sorbonne, 1985.
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