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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Lacrimations et images miraculeuses
n°604

Limpias (Cantabrie, nord de l’Espagne)

1919

Le crucifix de Limpias donne à voir l’agonie de Jésus

À Limpias, dans la province de Cantabrie (Espagne), se trouve depuis 1756 un admirable crucifix, très réaliste, trésor des collections de l’église Saint-Pierre. En 1919, alors que débute le carême, tout le monde ou presque est indifférent à ce crucifix et à son histoire. Ce carême à Limpias va s’avérer prodigieux, au sens propre du terme, le crucifix donnant véritablement à voir les dernières minutes de l’agonie du Christ avec un luxe de détails véridiques.

Crucifix de Limpias / © Jose33luis, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Crucifix de Limpias / © Jose33luis, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Les raisons d'y croire :

  • Cinq ans auparavant, en août 1914, alors que l’on installe l’électricité dans le sanctuaire, un fait curieux se produit. Un religieux de l’ordre des Pauliniens, frère Antonio Lopez, monté sur une échelle pour régler l’éclairage du crucifix, se trouve à hauteur du visage du Christ et se rend compte, stupéfait, que les yeux de l’image familière, d’ordinaire ouverts et levés vers le Ciel avec une expression de supplication douloureuse, se sont fermés, comme le feraient les yeux d’une personne vivante éblouie par une lueur trop vive. La surprise du religieux est telle qu’il en tombe de l’échelle et reste un moment à terre, sonné. D’en bas, il constate que les paupières du Christ sont toujours baissées ; elles le restent environ cinq minutes.
  • Frère Antonio imagine si peu un phénomène miraculeux que sa première réaction, en reprenant ses esprits, est de prévenir ses supérieurs de son accident et d’aller consulter un médecin. Mais là, à l’étonnement général, bien que le religieux soit tombé d’une bonne hauteur sur le coin de l’autel, le praticien ne constate aucune blessure, ni externe ni interne. Frère Antonio se sort de cette chute, qui aurait pu le tuer, avec seulement de « petits hématomes ».

  • Toujours à la recherche d’une explication rationnelle, frère Antonio remonte sur l’échelle voir de plus près de quoi il retourne. Il pense à l’existence d’un mécanisme caché dans la statue, qui permettrait aux yeux de s’ouvrir et se fermer, mais ses investigations obstinées et répétées restent vaines ; il ne trouve aucun ressort, ni quoi que ce soit d’autre, et ce n’est pas faute d’avoir appuyé sur les paupières et les globes oculaires ! Ses supérieurs lui demandent un récit écrit des événements, puis lui imposent le silence sur son aventure, de sorte que l’affaire n’est plus évoquée.
  • Personne n’est donc au courant de cette histoire lorsque, le 30 mars 1919, à l’issue de la messe, le père Jalon, présent dans le confessionnal, est dérangé par une fillette qui prétend avoir vu le crucifié fermer les yeux. Il renvoie gentiment l’enfant mais, dans les minutes qui suivent, d’autres enfants viennent lui dire la même chose. Le capucin croirait à une farce collective orchestrée par les garnements si un adulte, puis plusieurs, ne lui signalaient aussi la chose.
  • Le religieux et son confrère, père Agatangelo, décident d’aller voir ce qu’il en est et constatent que les yeux du Christ sont ouverts, dans leur attitude habituelle, mais le père Jalon, en y regardant mieux, a l’impression de voir de la sueur ruisseler le long du corps du Christ. Troublé, il monte voir et constate que, du corps torturé, coule en effet ce qui ressemble à une sueur d’agonie… Il en a les mains trempées. Devant ce signe tangible, les ecclésiastiques ne savent que dire ni que faire. Déconcerté, le père Jalon décide de passer la nuit dans l’église. Alors qu’il est en prière, il constate à son tour le phénomène : le Crucifié ouvre et ferme les yeux. Eu égard à la méfiance des deux capucins et à leur incrédulité, il est impossible de les imaginer cédant à une illusion collective.
  • Le phénomène se poursuit tout le mois d’avril, avec un redoublement lors des Rameaux et de Pâques. Un signalement est fait à l’évêque, qui diligente une enquête.
  • Le 11 avril, deux incroyants venus se moquer de ce qu’ils jugent un délire collectif sont à leur tour témoins de la chose et en sont tellement frappés qu’ils tombent à genoux et croient.
  • En cette fin de carême et durant le temps pascal, des dizaines de milliers de personnes accourent de toute l’Espagne à Limpias. On estime ces foules à plus de 120 000 personnes ; parmi elles, ecclésiastiques, prêtres, religieux, évêques (dont l’archevêque de Cuba, sur le point de rembarquer pour son île), universitaires, scientifiques, politiques, médecins, aristocrates, gens du peuple, croyants et athées. Tous ne voient pas, mais ils sont plusieurs milliers à être témoins non seulement du mouvement des paupières, mais aussi de bien d’autres étrangetés : après la sueur, qui continue de couler, ce sont des larmes, de la salive et du sang que le Christ répand. Ces phénomènes sont observés par des milliers de personnes, dont 8 000 témoigneront par écrit, attestant de leur bonne foi sur le salut de leur âme.
  • Un visiteur décrit ainsi la scène à laquelle il assiste : « Je voyais que sa bouche était pleine de sang qu’il tentait de vomir car il l’étouffait. Sa poitrine se souleva, puis s’affaissa dans une suprême tentative pour respirer ; les narines se dilatèrent comme s’il cherchait l’air qui lui manquait. Dans l’effort qu’il fit, une épine de la couronne s’enfonça dans sa tempe gauche et du sang en coula… » Les symptômes qu’il décrit sont ceux de la lente asphyxie des crucifiés, et l’épanchement de sang par la bouche, visible sur le linceul de Turin, correspond aux effets de la péricardite provoquée par la flagellation qui précipita la mort de Jésus. Or, ce témoin ne possède pas ces informations et ne peut donc pas les inventer dans une hallucination ou une mise en scène, plus ou moins consciente.

  • De nombreuses vérifications seront opérées très sérieusement à la demande des autorités religieuses. Aucune fraude ne sera jamais décelée. Les manifestations miraculeuses se poursuivent par périodes, pendant plusieurs années, en se raréfiant.
  • L’Église ne s’est jamais prononcée sur le caractère surnaturel des événements, mais elle a célébré en 2019 leur centenaire, ce qui est une façon de les cautionner.
  • Devenu célèbre dans le monde entier, Limpias est toujours un lieu de pèlerinage. Miracles de guérisons et de conversions n’y ont jamais cessé.

Synthèse :

Bien avant les événements de 1919, et encore après, le crucifix de Limpias, dit « Christ de l’agonie », passe pour l’une des plus belles et touchantes représentations du Crucifié. Son style est celui des débuts du XVIIe siècle, sommet de l’école espagnole. Aucun expert n’a jamais pu l’attribuer définitivement à tel ou tel artiste. L’opinion la plus générale est que la tête serait du grand sculpteur Pedro de Mena, mais le corps, d’une facture plus médiocre et qui comporte des erreurs anatomiques, d’un de ses élèves. L’on suppose que le groupe – car Jésus sur la croix est entouré de Marie, sous les traits de la Vierge des douleurs et de l’apôtre saint Jean l’évangéliste – est une commande d’un monastère franciscain, peut-être celui de Cadix, les fils de saint François vouant une dévotion particulière à la Passion. L’étonnante expressivité de la sculpture est parfaitement conçue pour toucher les cœurs, même les plus endurcis, et les amener à se repentir en considérant les souffrances endurées pour eux par le Rédempteur. De taille humaine, cloué sur une croix haute de 2,37 mètres, le Christ couronné d’épines possède en effet une expression de souffrance et de compassion unique en son genre. Cette expression semble varier selon l’endroit où l’on se tient.

L’on suppose que, à une date indéterminée de la première moitié du XVIIIe siècle, don Diego de La Piedra, installé à Cadix, se serait vu donner cet ensemble sculpté après l’inondation qui avait dévasté le couvent franciscain. Homme d’une grande piété, l’hidalgo, bouleversé par l’expression de souffrance de l’image, l’installa dans sa chapelle privée. C’est une tragédie qui donne au crucifix une réputation miraculeuse.

Le 2 novembre 1755, un séisme très violent frappe Lisbonne pendant la messe des morts. Ce tremblement de terre dévastateur est ressenti dans toute la péninsule ibérique, surtout en Andalousie, où il cause de gros dégâts. Mais il provoque aussi un tsunami qui frappe le Portugal, l’Espagne, le Maroc, qui sera ressenti sur les côtes anglaises et irlandaises, et jusqu’aux Antilles et en mer Baltique. Cette catastrophe, la plus terrible de l’époque, qui rase Lisbonne, faisant des dizaines de milliers de morts, est parfaitement et scientifiquement documentée. Les habitants de Cadix, ville portuaire frappée par la secousse tellurique, s’attendent, affolés, à être submergés par un raz de marée dont leurs digues, trop basses, ne les protégeront pas. C’est alors qu’ils ont l’idée de porter en procession le Christ de don Diego jusqu’au front de mer. À en croire les témoins de l’époque, quand ils arrivent au port, une vague de vingt mètres de haut est sur le point de déferler sur la ville. Le flot, cependant, se calme brusquement lorsque le clergé le bénit avec la croix, et le tsunami épargne Cadix.

Don Diego meurt peu de temps après et, resté attaché à sa région natale, lègue le Christ miraculeux au bourg de Limpias. Le crucifix, en 1919, se trouve toujours en l’église San Pedro, mais l’objet et son histoire sont ignorés, malgré la prodigieuse beauté de cette œuvre d’art sacré. Ce ne sera plus le cas après les prodiges répétés qui ont lieu à partir de fin mars 1919.

De nombreuses personnes témoignent que les yeux en pâte de verre de la statue, normalement levés vers le ciel de sorte que, d’en bas, l’on n’en voit que le blanc, se tournent vers certains visiteurs et les regardent, les uns, dont des pécheurs, avec une infinie douceur, une grande miséricorde et une profonde compassion, d’autres, au contraire, avec un air de reproche et de sévérité. Là encore, s’il s’agissait d’inventions, incrédules et pécheurs ne parleraient pas de cette miséricorde qui se déverse sur eux depuis la croix et les bouleverse au point qu’ils se convertissent et changent de vie.

Certains entendent des plaintes, des soupirs et des gémissements comparables à ceux d’une personne agonisant dans des souffrances indicibles. D’autres voient les lèvres et les mâchoires bouger comme si Jésus parlait. L’un d’entre eux entend distinctement ces mots qu’il sait lui être adressés : « Aime-moi ! » Un autre rapporte : « Je vis les lèvres livides devenir rouges. Le Christ m’adressa un regard où se lisait une indicible douleur. Il leva au Ciel des yeux injectés de sang ; sa bouche aussi était pleine de sang […]. Je souffrais moralement avec le Christ de le voir ainsi suspendu à la Croix. » Il évoque ensuite une terrible contraction des traits du visage, celle des affres de l’agonie.

Ces manifestations prodigieuses se sont officiellement terminées avant la guerre civile espagnole, mais certaines sources, tel le témoignage du curé de Limpias, laissent supposer qu’elles auraient en fait perduré au moins jusqu’en 1983, mais que l’on aurait préféré ne pas en parler.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

Baron Ewald von Kleist, Le Crucifix de Limpias, 1922. Réédition en 1996 aux éditions Résiac. Disponible en anglais et en plusieurs autres langues.


En savoir plus :

  • La vidéo « Le Christ de Limpias » de la chaîne YouTube Étoile de Notre Dame.
  • Le dossier du site Internet Traditions Monastiques : « Le crucifix miraculeux de Limpias »
  • Le documentaire en anglais de Bob et Penny Lord « Miracle of the Cross of Limpias ».
  • Les informations disponibles sur le site Internet du sanctuaire Santo Cristo de Limpias.
  • Les témoignages relatifs aux prodiges du crucifix sont enregistrés dans des livres conservés dans la sacristie de l’église de Limpias (plus de 8 000 témoignages de personnes ayant vu ces apparitions ; 2 500 témoignages ont été confirmés sous serment).
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