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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Des miracles étonnants
n°224

1195 – 1231

Les miracles de saint Antoine de Padoue

Comme pour tout saint, les miracles que saint Antoine de Padoue a accomplis attestent de la véracité du message évangélique qu’il délivre. Nous en aborderons plusieurs dans cet article : le sermon aux poissons, la bilocation pendant la Semaine sainte, et enfin le miracle de la mule. Un dernier miracle résume à lui seul les raisons de croire d’aujourd’hui : la langue de saint Antoine, mort en 1231, est intacte. Elle est conservée dans la chapelle des reliques de la basilique de Padoue. La langue du saint, organe par lequel il a tant prêché l’amour de Dieu, témoigne par sa conservation miraculeuse de la vérité du message de saint Antoine aux foules qui assistaient à ses sermons comme aux hommes d’aujourd’hui qui peuvent toujours les lire.

© Shutterstock/godongphoto
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Les raisons d'y croire :

  • Les récits contemporains des événements revêtent une valeur capitale lorsque l’on étudie la vie d’un personnage historique. Ce point est d’autant plus vrai quand le héros est un saint, car l’authenticité des prodiges qui parsèment sa vie est souvent mise en doute. Jean Rigaud, frère mineur devenu évêque de Tréguier en 1317, rédigea une étude biographique sur saint Antoine de Padoue à la fin du XIIIe siècle, soit environ cinquante ans après la mort du saint.
  • Ce sont les témoignages des frères qui ont côtoyé saint Antoine et vécu avec lui qui forment la source la plus abondante de l’étude de Jean Rigaud. Il les a recueillis en s’assurant auparavant de la compétence et de la fiabilité de leurs auteurs : « Pendant son séjour dans la custodie du Limousin, il [saint Antoine de Padoue] opéra notamment, grâce à la miséricorde du Seigneur, certains prodiges, que plusieurs frères d'une vertu éprouvée m'ont racontés avec certitude, dès mon entrée dans l'ordre […]. Faute d'être recueillis, en effet, il était à craindre qu'ils ne tombassent dans l'oubli, à mesure que leur souvenir s'effacerait de la mémoire des Frères. »

  • Jean Rigaud a de plus tiré parti des biographies et des documents antérieurs, notamment de la Vie écrite par Julien de Spire (probablement entre 1232 et 1240) et du recueil de miracles, rédigé en 1293 par le frère Pierre Raymond de Saint-Romain, lecteur à Padoue et ministre provincial. La Vie du bienheureux Antoine, de Jean Rigaud, est donc remarquable sous le rapport de la critique scientifique.
  • Jean Rigaud, contrairement à la plupart des hagiographes du Moyen Âge, prend soin de préciser le cadre des événements qu’il rapporte. Il note les contrées et les villes, parfois même les quartiers, qui furent le théâtre des actions de saint Antoine. L’ouvrage de Jean Rigaud est donc également exceptionnel quant à la précision.
  • Alors que nombre d’écrits édifiants du Moyen Âge se contentaient souvent de collationner les miracles d’un saint, Jean Rigaud présente à ses lecteurs une véritable biographie de saint Antoine. Il embrasse toute la vie du saint, et non seulement sa jeunesse, comme le font les Vies antérieures, mais aussi sa mort et sa sépulture. Il suit un plan rationnel et méthodique, décrivant aussi bien les travaux du saint que son caractère intime. Il expose ses actions, mais s’attache aussi à rendre compte de ses vertus, parce que celles-là sont l’âme et la cause des actes extérieurs. La Vie de saint Antoine de Jean Rigaud constitue donc, pour toutes ces raisons, un ouvrage digne de confiance quant aux miracles du saint de Padoue.

Synthèse :

Les miracles du Christ attestent, aux yeux de ceux qui les ont constatés, de la véracité du message qu’il délivre aux hommes. Le lien entre le caractère extraordinaire de l’acte miraculeux, qui emporte chez les témoins du miracle l’adhésion du cœur, et la confiance qui en découle à l’égard de l’auteur du prodige, et donc également envers ses paroles, est marqué clairement dès le premier miracle que le Christ a accompli. L’Évangile rapporte en effet : « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui » (Jn 2,11). Les disciples du Christ ne sont pas les seuls à faire ce raisonnement implicite : « Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'il opérait sur les malades » (Jn 6,2).

La foi que les disciples placent dans le Christ découle, pour l’évangéliste, du fait qu’il réalise des actes que nul homme ne peut faire par lui-même. Si la source de ce pouvoir vient de Dieu, il est logique de penser que les paroles de celui qui possède ce pouvoir ne sont pas non plus de lui mais ont Dieu pour auteur. Le Christ, comme homme, est le canal par lequel passe le pouvoir divin qui veut se servir de lui pour accomplir du bien, et le héraut (c’est-à-dire celui qui transmet un message) de la bonne nouvelle que Dieu veut annoncer aux hommes.

Il en est de même pour les saints. Eux aussi vérifient dans leur vie cette phrase du prophète Isaïe : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? Qui a reconnu le bras de l’Éternel ? » (Is 53,1). Saint Antoine de Padoue ne pouvait faire exception : les miracles qu’il a accomplis attestent de la véracité du message évangélique qu’il délivre. Trois d’entre eux sont éloquents par eux-mêmes : le sermon aux poissons, qui est comme la mise en pratique de ce qui a été dit auparavant, la bilocation le soir du Jeudi saint, et enfin le miracle de la mule.

 

Le sermon aux poissons

Lorsque saint Antoine vient pour évangéliser la ville – peut-être était-ce Rimini –, ses chefs ordonnent d’enfermer le prédicateur dans un mur de silence. En effet, le frère franciscain ne rencontre personne à qui adresser la parole : les églises sont vides. Sort-il sur la grand-place ? Personne ne semble se soucier d’écouter son sermon, ni même seulement s’apercevoir de sa présence.

Que faire ? Saint François prêchait aux oiseaux. Saint Antoine, marchant sur ses traces, décide, puisque les créatures rationnelles refusent d’entendre parler de leur créateur, de s’adresser aux êtres privés de raison. La mer est proche : il choisit les poissons. Parvenu au bord de la mer, avant de se pencher sur l’eau, il interpelle son premier auditoire : « Puisque vous vous montrez indignes de la parole de Dieu, je vais m'adresser aux poissons afin de confondre plus manifestement votre incrédulité. »

 

Et les poissons se rassemblent par centaines, émergeant la tête hors de l’eau, et écoutent avec attention ses exhortations et ses paroles de louange. Saint Antoine, en effet, « enflammé d'un saint zèle, il se mit... à leur raconter les bienfaits que Dieu leur avait départis : comment il les avait créés, comment il leur avait accordé l'eau claire et transparente, quelle grande liberté il leur avait laissée, comment il les nourrissait sans travail de leur part » (Jean Rigaud, Vie de saint Antoine, p. 89).

 

La bilocation le Jeudi saint

Durant le temps où saint Antoine a la charge de ses frères, dans la custodie du Limousin, et sur l’ordre du général de sa congrégation, il s’acquitte souvent de l’office de la prédication. C’est le Jeudi saint, après le chant de l’office liturgique des matines, le saint monte dans la chaire de l’église de Saint-Pierre-du-Queyroix, à Limoges, pour exposer à la foule les mystères de ces jours. Or, au même moment, dans leur couvent, les frères mineurs chantent les matines, et le custode, c’est-à-dire saint Antoine, y était désigné comme lecteur pour une leçon de l’office divin. Quand ils parviennent à ce moment de la lecture, Antoine – qui prêche alors dans une église éloignée – apparaît au milieu du chœur, commence la leçon et la chante jusqu’au bout (Id., ibid., p. 45-47).

 

Le miracle de la mule

Un jour, Antoine débat avec un hérétique sur la présence de Jésus dans l’Eucharistie. Ce dernier le défie de prouver, par un miracle, que le vrai corps du Christ est présent dans l’hostie consacrée, et lui promet, s’il y parvient, de se convertir à la foi catholique.

L'hérétique lui dit : « Pendant deux jours, je priverai ma monture de toute nourriture, et le troisième jour je l’amènerai sur la place publique ; alors je lui présenterai un picotin d’avoine et, de votre côté, vous tiendrez l’hostie qui, selon vous, contient le corps du Sauveur. Si la bête affamée laisse l’avoine pour se prosterner devant le corps du Christ, je reconnaîtrai, de bouche et de cœur, la réalité du sacrement ». (Ibid., p. 91).

Le jour fixé, la bête, amenée sur la place publique, est laissée libre d’aller où elle veut. On lui présente d’un côté de l’avoine. Non loin se tient saint Antoine, tenant le ciboire contenant le saint sacrement. Alors l’animal s’avance vers le corps du Christ, fléchit les genoux et ne se relève qu’après en avoir reçu la permission. Son propriétaire reconnaît dès lors la vérité de la présence substantielle du Christ dans l’Eucharistie et la confesse désormais.

 

La langue intacte de saint Antoine

Un dernier miracle, qui résume à lui seul les raisons de croire d’aujourd’hui : la langue de saint Antoine est intacte. Elle est conservée dans un beau reliquaire de l’orfèvre Giuliano da Firenze (1436), dans la chapelle des reliques de la basilique de Padoue. La langue du saint, organe par lequel il a tant prêché l’amour à rendre à Jésus-Christ, témoigne par sa conservation miraculeuse de la vérité absolue du message de saint Antoine aux foules qui l’écoutaient et peuvent toujours lire ses sermons aujourd’hui. La providence divine a voulu conserver jusqu’à nos jours la langue de saint Antoine pour montrer à tous ceux qui la vénéreraient que la doctrine du saint est authentique, c’est-à-dire fidèle à l’Évangile, et que ce n’est pas lui qui prêche, mais Dieu, devant qui il s’est effacé toute sa vie.

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.


Aller plus loin :

Le site Internet du couvent des frères mineurs de Padoue présente la vie et les miracles de saint Antoine.


En savoir plus :

  • Jean Rigaud, frère mineur et évêque de Tréguier, Vie de saint Antoine, publiée pour la première fois (texte latin et traduction) d'après un manuscrit de la bibliothèque de Bordeaux, avec une introduction sur les sources de l'histoire antonienne et un appendice sur les légendes de saint François et de saint Antoine, du frère Julien de Spire, par le père Ferdinand-Marie d'Araules en 1899.
  • Léopold de Chérancé, Saint Antoine de Padoue, C. Poussielgue, 1894 (disponible en ligne). Réédité en livre numérique dans la « Collection XIX », 2016 (EAN13 : 9782346064144).
  • Antoine de Padoue, Sermons des dimanches et des fêtes, version intégrale par Valentin Strappazzon, Cerf, 2005-2009 (4 volumes d’environ 460 pages chacun).
  • Valentin Strappazzon, Petite vie de saint Antoine de Padoue, Desclée de Brouwer, 1994, 144 pages.
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