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Histoires providentielles
n°294

Paris

1930-1932

Perdue pendant plus d’un siècle, une icône russe réapparaît

Un jour de 1930, Pavlov, un Russe blanc réfugié à Paris pour fuir les bolcheviks, passe rue Saint-Honoré et s’arrête, fasciné, devant la vitrine d’un brocanteur. Il met un instant à comprendre ce qui a attiré son attention : dans un coin de l’étalage, dépouillée de sa garniture d’or, d’argent, de perles et de pierres précieuses, qui ne laissait voir que le visage et les mains, est posée une grande icône ancienne de Marie odoghitria (« celle qui montre la voie », en grec). La sainte image est sale, abîmée. Cependant, Pavlov, le cœur battant, a le sentiment qu’elle lui est familière… Soudain, il en a la certitude : c’est la Theotokos Iverskaya, patronne de Moscou, portée disparue en 1812 après de l’incendie de la ville ! Si le chemin pour la restituer à la vénération des fidèles est encore long, il est aussi parsemé de signes du Ciel.

Icône orthodoxe Theotokos Iverskaya / © CC0 Wikimedia.
Icône orthodoxe Theotokos Iverskaya / © CC0 Wikimedia.

Les raisons d'y croire :

  • L’icône de la Vierge Iverskaya est officiellement portée disparue depuis la fin de l’été 1812, avec l’arrivée des Français à Moscou et l’incendie de la ville. Certes, les autorités impériales assurent avoir mis la sainte image en sécurité, mais, dans ce cas, pourquoi a-t-il fallu en faire exécuter une copie par les moines du mont Athos lors de la reconstruction de la chapelle ? En fait, nul ne sait si la sainte image a disparu dans les flammes ou si elle a fait partie des objets volés par les troupes françaises lors du pillage de Moscou. Ce qui est sûr, c’est que depuis plus d’un siècle, nul ne peut dire ce qu’elle est devenue.
  • Si l’original est perdu, sa copie est bien connue des Moscovites, et même de tous les Russes, puisque la saluer en entrant dans la ville est un rituel auquel chacun ou presque se soumet, et parce que ses reproductions trônent dans les iconostases familiales et figurent dans de nombreux livres. Il est donc facile de la reconnaître, pour peu que l’on possède une culture religieuse ou artistique, ce qui est le cas de Pavlov.
  • Comme presque tous les réfugiés russes de Paris, il a fui son pays sans rien emporter. Survivant péniblement en exil, manquant souvent même du nécessaire, il n’a pas le loisir de flâner devant les boutiques d’antiquaires, et encore moins les moyens d’y acheter quoi que ce soit. Il y a déjà un signe providentiel dans sa halte improbable devant cette vitrine, le regard aimanté par cette icône poussiéreuse.
  • Pavlov entre dans la boutique, bien qu’il saute aux yeux qu’il ne peut être un client, et demande au brocanteur d’où il tient cette icône et comment elle est arrivée à Paris. Ce que le commerçant lui raconte le conforte dans la certitude qu’il a devant lui l’authentique image, volée par un officier français en 1812 avant que les Russes aient le temps de brûler la chapelle et d’en évacuer les objets précieux.
  • Cet officier des armées de la Révolution méprise tout ce qui touche au christianisme ; s’il s’empare de l’icône et la soustrait aux flammes, c’est parce que la peinture est recouverte d’un revêtement d’or, de perles et de pierres précieuses ne laissant voir que les visages et les mains de la Vierge et de l’Enfant, et qu’il a l’intention de la vendre en rentrant en France. Mais, pour des raisons inconnues, au lieu de se débarrasser ensuite de l’icône, l’officier la conserve, et l’image reste dans sa famille plus d’un siècle avant que ses descendants se décident à la vendre.
  • Il y a un aspect incontestablement miraculeux dans la survie de l’icône et le fait qu’elle reparaisse à ce moment précis, comme si elle voulait apporter une consolation à ses fidèles, devant un exilé russe capable de l’identifier et qui fera tout pour la rendre à la vénération des orthodoxes.
  • L’histoire est assez vraisemblable pour que Pavlov se rende toutes affaires cessantes à la paroisse russe de Paris informer les autorités religieuses qu’il pense avoir retrouvé l’Iverskaya. Bouleversé, le métropolite Euloge envisage immédiatement de racheter l’icône. Néanmoins, il demande d’abord l’avis d’un expert qui confirme, après examen, l’ancienneté des pigments de la peinture et de son support en bois. Dès lors, le sauvetage de l’Iverskaya devient une priorité pour la communauté russe exilée.
  • Malheureusement, la venue de l’expert a mis la puce à l’oreille de l’antiquaire. Comprenant qu’il détient une œuvre d’art de grande valeur, il accepte de la céder au prix absolument astronomique pour l’époque de 250 000 francs (l’équivalent de mille mois d’un bon salaire), laissant un délai d’un an pour réunir la somme… Hélas, malgré les efforts et la générosité des uns et des autres, à la date fixée la somme nécessaire à son rachat est loin d’être réunie, et il faut restituer l’icône au commerçant, qui annonce son intention de la mettre prochainement aux enchères. Tout semble donc perdu.
  • En cette même année 1931, un autre prélat orthodoxe, l’évêque Benjamin Fedtchenkov, à la réputation de sainteté, décide d’ouvrir un nouveau lieu de culte, l’église des Trois-Saints-Docteurs. La nouvelle de la restitution de l’Iverskaya au brocanteur bouleverse l’évêque, qui y voit un sacrilège. Il supplie la Vierge de l’aider à récupérer son image… Bien qu’il n’ait pas l’argent, Mgr Fedtchenkov se rend chez l’antiquaire dans l’espoir de lui arracher un délai supplémentaire ou une baisse de prix.
  • Le commerçant ne veut rien entendre. Désolé, l’évêque l’implore de le laisser voir une dernière fois l’icône. Alors qu’il prétendait y tenir comme à son plus précieux trésor, l’évêque découvre que le marchand l’a descendue à la cave et l’a posée dans un coin sombre et humide, où il l’a ostensiblement mise tête en bas, ce que le saint homme analyse comme une volonté délibérée de profanation et de blasphème. Il tombe à genoux devant la Vierge, dans une volonté de réparer, et se met à pleurer à chaudes larmes en se reprochant son impuissance à trouver l’argent.
  • Soudain, Mgr Fedtchenkov entend nettement une voix féminine lui dire : « Pourquoi doutes-tu ? Où est ta foi ? » Il a la certitude que ces mots viennent de l’icône et que Marie vient de lui parler à travers elle. Mgr Fedtchenkov est fort pieux, mais le seul miracle qu’il réclamait était de trouver de généreux donateurs. Il n’est pas du genre à s’inventer des locutions miraculeuses, d’autant que celle-là ne règle pas son problème d’argent…

  • Il semble cependant que l’évêque n’ait pas été le seul à entendre l’icône parler et que l’antiquaire ait lui aussi entendu la mystérieuse voix de femme. Or, monsieur Cohen est juif et ne semble pas éprouver de sympathie pour les croyances chrétiennes, encore moins pour les images saintes qui contreviennent à l’interdiction judaïque de la représentation.
  • Pourtant, il change complètement d’attitude, baisse son prix à 30 000 francs et accepte un échelonnement de paiement sans intérêts ni date butoir. Mieux encore, il remet aussitôt l’Iverskaya à Mgr Fedtchenkov en lui demandant de l’emporter, de sorte qu’elle sera accrochée le soir même dans l’église des Trois-Saints-Docteurs, où elle est depuis solennellement vénérée. Ce revirement est inexplicable, sauf intervention de la Vierge, qui a touché le cœur de l’antiquaire.
  • Reste à trouver l’argent. La chose est difficile ; les vains efforts de l’année précédente l’ont démontré. Aux problèmes financiers s’ajoutent les querelles minant la communauté russe exilée, divisée en factions antagonistes, qui se déchirent au lieu de s’unir et de travailler ensemble dans l’intérêt général. Or, la levée de fonds pour l’Iverskaya, qui n’avait pas fonctionné en 1930, réussit étrangement en 1931, et contribue à réconcilier tous ces gens autour de la Theotokos.
  • En janvier 1932, l’icône est définitivement rendue à la dévotion des fidèles. Cet élan de foi, de même que les prières et les sacrifices qui l’ont permis, constitue, par sa force et sa durée, une preuve en soi du caractère miraculeux de l’affaire.

Synthèse :

À l’instar d’autres saintes images orthodoxes, l’Iverskaya est porteuse d’une tradition et d’un glorieux passé qui lui valent une vénération spéciale. Installée à Moscou en octobre 1648 par le tsar Alexis, il s’agit de la copie d’une icône vénérée sur le mont Athos, en Grèce, au monastère d’Iveron, forme grecque d’Ibérie, ancien nom désignant l’est de la Géorgie. Iverskaya veut donc dire « la Géorgienne » ou « Notre Dame de Géorgie ». Certains pensent qu’elle aurait échappé à l’occupation de Tbilissi par les Perses pour être mise à l’abri sur l’Athos, mais la sainteté de l’image se fonde sur une autre histoire. Comme plusieurs autres portraits dans le monde chrétien, la Tradition attribue celui de Marie tenant l’Enfant Jésus à l’évangéliste Luc, qui l’aurait peint tandis qu’il recueillait les souvenirs de la Vierge à Éphèse. Vénérée à Constantinople, l’icône a été mutilée au IXe siècle, lors de la grande crise orientale de l’iconoclasme qui voulait détruire les saintes images pour interdire leur vénération. L’on voit distinctement sur la joue droite de Marie, près de son menton, la cicatrice laissée par l’arme blanche qui frappa l’icône. On affirme que la blessure se mit à saigner ; le profanateur, bouleversé et repentant, sauva l’icône au lieu de la détruire et la confia à sa mère, afin qu’elle la cache. La persécution s’aggravant, la famille qui l’hébergeait se résolut, la mort dans l’âme, à la confier à la mer, près de Nicée, afin qu’elle vogue vers des rivages plus cléments.

C’est ainsi que l’icône toucha terre en Grèce, en 980, sur une plage proche du mont Athos. La nuit suivante, les moines virent une colonne de feu briller sur le rivage et descendirent guidés par ce signe du Ciel jusqu’à la mer. Là, ils trouvèrent l’icône et la remontèrent avec foi jusqu’à leur monastère de l’Iveron, celui des Géorgiens. Ils l’installèrent d’abord à la place d’honneur dans l’église mais, le lendemain matin, ils s’aperçurent qu’elle avait disparu. Ils la retrouvèrent au-dessus de la porte du monastère où, à la longue, après plusieurs tentatives pour la remettre sur l’iconostase, ils se résignèrent à la laisser. Dès lors, on la nomma Portaïtissa, « Gardienne de la porte », titre équivalent au Janua Caeli, « Porte du Ciel » des litanies catholiques de la Vierge.

L’icône de l’Iveron, Iverskaya en russe, eut bientôt la réputation d’opérer des miracles – pouvoir qu’elle transmettait, et continue de transmettre, à ses reproductions, pourvu qu’elles aient touché l’image originale. En ayant entendu parler, le tsar Alexis Romanov désira en acquérir une copie, qu’il installa en 1669 dans une chapelle du Kremlin. L’usage était, pour tout arrivant à Moscou, d’aller d’abord la saluer, car elle était la patronne de Moscou. L’on comprend l’émotion suscitée en Russie par sa disparition en 1812.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

Site Internet de la paroisse des Trois-Saints-Docteurs qui relate l'histoire de la sainte icône de la mère de Dieu Iverskaya de Paris.

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