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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Miracles eucharistiques
n°24

Faverney, France

1608

Les hosties de Faverney miraculeusement sauvées du feu

Alors qu’un incendie se déclare dans le chœur de l’abbaye bénédictine de Faverney, un ostensoir contenant deux hosties consacrées reste suspendu à plusieurs dizaines de centimètres du sol pendant 33 heures. Le miracle, demeuré totalement inexpliqué et que de nombreuses personnes ont observé, est reconnu très rapidement par l’Église.  Cet événement illustre et conforte le dogme catholique de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le miracle suscite une dévotion populaire ininterrompue depuis le XVIIe siècle.

© Unsplash/Eric Mok
© Unsplash/Eric Mok

Les raisons d'y croire :

  • Les circonstances exactes du miracle sont parfaitement connues dans leur intégralité : les récits de cet événement ont été écrits immédiatement après par des témoins directs, et des centaines de livres et d’articles ont été publiés à ce sujet par des historiens et des théologiens reconnus.
  • Le nombre des témoins directs (plus d’un millier) et leur diversité sociale, religieuse et culturelle invalident définitivement l’hypothèse d’une hallucination collective.
  • L’enquête publique menée par l’archevêque de Besançon immédiatement après les faits a permis d’auditionner 54 témoins sous serment.
  • La résistance complète aux flammes du tabernacle, des deux hosties, du bref pontifical et de la lettre épiscopale ne peut recevoir aucune explication rationnelle, puisque tout le mobilier aux alentours a été consumé. 
  • Il est scientifiquement impossible qu’un objet pesant plusieurs kilos (l’ostensoir) puisse léviter dans les airs sans aucune aide humaine ou technique, et moins encore demeurer dans cet état 33 heures durant. 
  • Du fait de leur tradition, les Bénédictins sont extrêmement prudents à l’égard de tous les faits « merveilleux ». De plus, les bénédictins de Faverney n’ont pas été les seuls impliqués, puisque les jésuites, minimes et capucins de la région les ont très rapidement rejoints sur place. 

Synthèse :

Le samedi 24 mai 1608, veille de Pentecôte, les bénédictins de l’abbaye de Faverney (Haute-Saône), préparent la messe et l’adoration du Saint-Sacrement du lendemain. Un reposoir (support en bois transportable sur lequel on peut poser l’ostensoir) est installé devant la grille du chœur. 

Pendant les vêpres, le prieur y dépose un ostensoir servant aussi de reliquaire contenant, à l’intérieur d’un tube de métal, le doigt de sainte Agathe et, au-dessus, dans une lune d’argent, deux hosties consacrées au cours de la messe du matin. De part et d’autre du reposoir, on fixe deux veilleuses, deux chandeliers d’étain, et, sur le devant, un bref du pape Clément VIII accordant des indulgences aux pèlerins venant prier Notre-Dame Blanche (une statue remontant au Moyen Âge), ainsi qu’une lettre de Mgr Ferdinand de Rye (1550-1636), archevêque de Besançon, siège épiscopal dont dépend alors Faverney.

Le lendemain, jour de Pentecôte, l’adoration eucharistique se déroule normalement. Après l’office vespéral, les portes de l’église sont fermées à clef pour la nuit. Vers 3 heures du matin, Dom Jean Garnier, sacristain, se rend à l’église pour sonner l’office des matines. Il n’ose y croire : une épaisse fumée s’est répandue dans la nef. Il parvient à se rapprocher du chœur et découvre le reposoir en bois consumé aux deux tiers. Il comprend : les cierges sont restés allumés par mégarde et, après avoir fondu, ont incendié le reposoir

L’alerte est donnée. Arrivés en hâte, les moines tentent de récupérer dans la cendre encore chaude quelques débris du mobilier ravagé. L’incendie a détruit les linges liturgiques et fait fondre à moitié l’un des chandeliers d’étain. Un frère fait alors une découverte : parmi les cendres, le bref pontifical et la lettre de l’archevêque sont étrangement restés dans un état de parfaite conservation. C’est inexplicable. 

Un instant plus tard, Antoine Hudelot, novice âgé de 15 ans, lève les yeux à l’endroit où, la veille, avait été posé le reliquaire, au-dessus du reposoir. Ses yeux fixent l’ostensoir « suspendu à cinq pieds », soit à plus d’1,50 mètre de hauteur, près de la grille du chœur, à l’endroit exact où le prêtre l’avait exposé la veille au cours de l’adoration. Prévoyant la fin possible du prodige, le prieur fait installer un corporal (linge liturgique) sur ce qui reste du reposoir que l’on cale du mieux possible avec des morceaux de bois, au-dessous de l’ostensoir miraculeux. 

Dans la foulée, les capucins de Vesoul sont alertés. Ceux-ci parviennent le jour même à Faverney, vers 17 heures. Tous constatent le miracle permanent. Entre-temps, fidèles, prêtres et curieux ont envahi l’église abbatiale pour observer la lévitation de l’ostensoir, à tel point qu’on se presse dangereusement contre la grille chancelante à cause de l’incendie. L’ostensoir, très proche de la grille, pourrait être abîmé si la grille cédait sous la pression des gens. On amène une longue poutre pour renforcer la base de cette grille, mais celle-ci heurte lourdement les barreaux en fer : l’ensemble chancelle et s’écarte. Pourtant, l’ostensoir est resté totalement immobile.  

Au matin du 27 mai, les capucins ont déjà rédigé un premier procès-verbal. On a invité les prêtres diocésains à constater par eux-mêmes le phénomène et à célébrer des messes. Vers 10 heures vient le tour du père Nicolas Aubry, curé de Menoux, village voisin. Soudain, un « son d’une lame d’argent vibrante » est perçu par toute l’assistance. Puis l’ostensoir se met à bouger, « coule doucement » vers le sol, comme porté par une main invisible, et va se poser délicatement sur le corporal prévu à cet effet. Les deux hosties sont intactes.  
Ce jour-là, plus de 1 000 personnes (contenance de l’église du monastère) viennent d’assister au miracle. Le soir même, l’archevêque de Besançon, Mgr Ferdinand de Rye, est tenu informé. Du 26 mai au 4 juin 1608, soit moins d’une semaine après les faits, trois juges de l’officialité arrivent à Faverney, où ils recueillent le témoignage de 54 témoins, dont 7 moines. Le 10 juillet, Mgr de Rye reconnaît le miracle lors d’une cérémonie publique, entouré des supérieurs des jésuites, des bénédictins, des capucins et des minimes de son diocèse. Le 13 septembre 1608, Mgr Guido Bentivoglio de Ferrare, nonce à Bruxelles, transmet au pape Paul V la nouvelle du « très grand miracle du Saint-Sacrement ».

Le sérieux de l’enquête, la qualité des acteurs, les innombrables fruits spirituels et humains, tout indique la véracité du miracle. Au début du XVIIe siècle, les catholiques luttent contre les protestants qui s’opposent de toutes leurs forces au dogme de la présence réelle. Le contexte politique et militaire dans lequel se déroule le prodige est donc très particulier.

Les premiers récits relatant les faits ont été rédigés juste après l’événement et sont imprimés dès 1608, puis diffusés à Paris, Lyon, Rouen et Cologne. Un pèlerinage débute : chaque année, l’hostie conservée à Faverney (l’autre a été transférée dans la Sainte-Chapelle de la collégiale Notre-Dame de Dole) est portée en procession dans la ville. Celle de Dole est aussi l’objet d’un culte important. Aujourd’hui, Faverney est un lieu de pèlerinage. 

Le miracle est officiellement reconnu par le Saint-Siège le 16 mai 1864, sur décision du pape Pie IX. Le 3 septembre 1878, Faverney accueille un « pèlerinage-congrès » : 3 000 personnes participent à la procession eucharistique. En 1958, 20 000 fidèles, dont une dizaine d’évêques, se rendent à Faverney où se tient un congrès eucharistique international.

Au XIXe siècle, Émile Littré, médecin et homme politique français, positiviste consommé, écrivit : « Jamais miracle n’a lieu là où l’on pourrait l’observer à loisir. » Il ignorait sans doute le miracle de Faverney.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Parallèlement à la portée spirituelle du miracle, la lévitation physique d’un objet est un phénomène déroutant que la science ne peut ignorer à cause de présupposés philosophiques.


Aller plus loin :

Corinne Marchal et Manuel Tramaux, Le miracle de Faverney (1608). L’eucharistie : environnement et temps de l’histoire, 2019, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté, série "Historiques" », n° 34.


En savoir plus :

  • Dom Grappin, Mémoires sur l’abbaye de Faverney, qui contiennent en abrégé l’histoire de la ville, 1771, C. J. Daclin.
  • E. Mantelet, Histoire politique et religieuse de Faverney, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours : son abbaye, sa sainte hostie, 1864, Lecoffre.  
  • Pierre-André Pidoux, Histoire populaire du Miracle des Saintes Hosties de Faverney et de leur culte à Dole et à Faverney, 1908, Imprimerie Jacques.
  • Pierre-Louis Eberlé, Faverney, son abbaye et le miracle des Saintes-Hosties, 1915, Valot, accessible en ligne.
  • Bob et Penny Lord, This is my Body. This is my Blood. Miracles of the Eucharist, 1986, Journeys of Faith.
  • Patrick Sbalchiero, « Miracles eucharistiques », dans Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, 2022, Fayard, p. 540-542.
  • Vidéo de l'Abbé D. Puga, 11 juin 2023. 
  • Cette raison de croire en vidéo sur la chaîne Youtube de 1000 Raisons de croire.
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