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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les grands témoins de la foi
n°254

Portugal

20 février 1920

À 10 ans, elle souffre et meurt pour sauver les âmes de l’enfer

Aux trois petits bergers qu’elle a choisis pour confidents à Fatima, en 1917, Notre Dame dit : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs. » Puis, pour mieux leur faire comprendre ce qu’est le péché, son extrême gravité et ses conséquences éternelles, elle leur fait voir l’enfer et les damnés. Pour brève qu’elle ait été, cette vision ne s’effacera jamais de la mémoire des trois petits bergers de Fatima, surtout de celle de la plus jeune, Jacintha Marto, sept ans. Jusqu’à sa mort prématurée, le 20 février 1920, Jacintha décide d’offrir toutes ses nombreuses souffrances pour sauver de la damnation un maximum de pécheurs.

Vitrail représentant les trois enfants bergers de Fatima, au sanctuaire de Notre-Dame de Tylicz, Pologne / © Shutterstock, Adam Jan Figel.
Vitrail représentant les trois enfants bergers de Fatima, au sanctuaire de Notre-Dame de Tylicz, Pologne / © Shutterstock, Adam Jan Figel.

Les raisons d'y croire :

  • Devenir la confidente et messagère de Notre Dame du Rosaire transforme profondément le comportement quotidien et le caractère de Jacintha. Ce changement est remarqué par tout son entourage, ce qui laisse penser que la petite fille a effectivement vécu une expérience hors du commun.
  • En effet, à partir de la seconde apparition de la Vierge, le 13 juin 1917, Jacintha est métamorphosée, car elle a eu la révélation de l’immense amour dont déborde le cœur immaculé de Marie – « le cœur de notre chère Maman du Ciel », dit-elle avec son vocabulaire enfantin. Dès lors, ses plaisirs innocents – jeu, danse, chant – n’ont plus aucun intérêt à ses yeux, et elle ne s’en souciera jamais plus, absorbée dans la contemplation des mystères entrevus. Ses parents s’étonnent qu’une si jeune enfant passe son temps en prières, faute de comprendre qu’elle est embrasée d’amour pour Notre Dame et soupire après les splendeurs du Ciel.

  • Dévorée de compassion, Jacintha répète sans cesse : « Mon Dieu, que j’ai pitié de ceux qui vont en enfer… » Impossible de croire que le traumatisme provoqué chez elle par la vision de l’enfer soit une réminiscence d’images vues ailleurs autrefois. La description épouvantable que les enfants donnent correspond à la réalité du royaume démoniaque et des souffrances éternelles, atroces, des âmes qui s’y consument tels des charbons ardents – images saisissantes que les enfants n’ont pu inventer. La seule représentation de l’enfer que les enfants connaissent, avant les apparitions de la Vierge, est une mauvaise peinture dans l’église paroissiale, aux tons rouges et aux personnages grimaçants.

  • Jacintha veut exaucer les demandes de la Dame, qui réclame des gens priant et se sacrifiant pour arracher les pécheurs à l’enfer. Cette mission dépasse évidemment les forces physiques, morales et spirituelles d’une si petite fille. Or, Jacintha ne se paye pas de mots : elle prie vraiment, se sacrifie totalement pour le salut des pécheurs. Quand elle trouve une corde sur la route, elle s’en fait un cilice qu’elle serre si fort autour de ses reins qu’elle en pleure de douleur, mais refuse de l’enlever, pour sauver des âmes et consoler Jésus. Elle refuse désormais toute gourmandise, toute distraction. Même au cours de sa maladie – elle contracte la grippe espagnole –, elle ne s’accorde aucun adoucissement, continue de jeûner et, tant qu’elle tient debout, se rend chaque jour à la messe « pour ceux qui n’y vont jamais, même pas le dimanche… » Tout cela dépasse de très loin ce que l’on peut attendre d’une fillette de huit ou neuf ans, et seul un soutien surnaturel explique qu’elle ait maintenu jusqu’à sa mort cet effort pénitentiel effrayant.

  • Que Jacintha, petite fille ordinaire, âgée de moins de dix ans, ait assumé son rôle de réparatrice et d’expiatrice – l’une des vocations mystiques les plus lourdes et les plus douloureuses, réservée à quelques âmes privilégiées et adultes – est une preuve de la réalité des apparitions de Fatima, et de l’enfer. Elle s’y consacre avec une générosité incroyable.
  • Après leur avoir montré l’enfer, la Vierge promet aux enfants qu’ils en seront préservés. Elle prévient les petits Marto qu’elle ne tardera pas à venir les chercher pour les conduire au Ciel. Loin de s’en effrayer, le frère et la sœur s’en réjouissent, alors que leur cousine Lucia, qui, promise à une autre mission – faire connaître le message de Fatima – restera en ce monde et mourra très vieille, pleure de dépit et de chagrin à cette annonce qui réjouirait la plupart des gens. Cela souligne leur foi, tellement ancrée en la vie éternelle et le salut de leur âme.
  • La prédiction de la Vierge se réalise. En octobre 1918, un an après la dernière apparition du 13 octobre 1917 et l’éclatant miracle de la danse du soleil, Francisco et Jacintha attrapent la grippe espagnole. Le petit garçon en meurt le 4 avril 1919, disant à sa mère en larmes : « Maman, est-ce que tu ne vois pas cette magnifique lumière ? »

  • La mort approchant, Jacintha souffre de douleurs constantes. La petite malade s’en réjouit au lieu de s’en plaindre, affirmant : « J’aime tant dire à Jésus que je l’aime ! J’aime tant souffrir pour lui faire plaisir ! » Il ne s’agit pas de masochisme, mais d’une oblation de toute sa personne à la volonté de Dieu sur elle. Là encore, il faut des grâces spéciales et particulières pour l’expliquer, surtout à cet âge.

  • Le 16 février, Notre Dame lui apparaît à l’hôpital pour lui annoncer la fin de son calvaire : « Je vais bientôt venir te chercher. Mais, dès maintenant, je t’enlève toutes tes souffrances. » Sans aucune justification médicale, les douleurs de l’enfant, aggravées par l’opération inutile, cessent pour ne plus revenir. Le personnel soignant observe cela sans pouvoir donner d’explication médicale.

  • Au soir du 20 février, elle appelle l’infirmière de garde et lui dit gravement : « S’il vous plaît, ma sœur, je sais que je vais mourir. Appelez un prêtre. » Jacintha meurt en effet vers dix heures du soir, peu après le départ du prêtre, comme elle l’avait annoncé. De son corps s’exhalent aussitôt des parfums merveilleux qui persisteront jusqu’à son enterrement, à Vila Nova de Ourem, et se feront encore sentir lors du transfert de sa dépouille à Fatima, en 1935.

Synthèse :

Née le 11 mars 1910, Jacintha Marto est la dernière d’une famille de huit enfants. Jusqu’aux jours qui précèdent les premières apparitions, Jacintha est jugée par ses proches facilement capricieuse, boudeuse quand on ne lui donne pas ce qu’elle veut. Cependant, elle est gentille, gaie et joyeuse. Son bonheur est de rire, danser et chanter à longueur de journée. Autrement dit, il s’agit d’une petite fille normale et ordinaire.

Jacintha, son frère et sa cousine bénéficient des apparitions de Notre Dame du Rosaire à Fatima, au Portugal, entre le 13 mai et le 13 octobre 1917. Au cours de la troisième apparition, la Vierge leur dit : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs» Puis, elle ouvre les mains, et la lumière qui en irradie « semble pénétrer la terre » jusqu’à un océan de feu, où les enfants voient distinctement démons et âmes des damnés, « comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant forme humaine », qui « flottent dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes » au milieu de cris, hurlements, plaintes « qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur », dans une vision « à faire mourir d’épouvante et de peur ».

Heureusement pour les enfants, dont l’aînée, Lucia Dos Santos, n’a que dix ans, cette révélation ne dure que quelques secondes, puis la Dame explique : « Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon cœur immaculé.  Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix. » Le 13 août, Marie ajoutera : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer, parce que personne ne prie et ne se sacrifie pour elles. »

Jacintha, son frère et sa cousine comprennent – avec une clairvoyance que nous n’avons pas, sans quoi nous changerions de vie – la splendeur démesurée de l’amour divin, la gravité du péché qui l’offense, la nécessité d’une justice à la hauteur des crimes, donc de l’enfer, et d’un châtiment éternel pour ceux qui ont délibérément choisi de refuser Dieu, son amour et son pardon. Les trois enfants se voient chargés de missions complémentaires qui correspondent à leur spiritualité propre.

Francisco, bouleversé par l’ingratitude des hommes envers les souffrances du Christ et leur refus de répondre à l’amour du Sacré Cœur, choisit de réparer pour ceux qui n’aiment pas, ne prient pas et ne se sacrifient pas, en passant sa vie à « consoler Jésus ». Quant à Lucia, elle a pour mission de faire connaître le message de Fatima. Et la petite Jacintha, bouleversée par la vision de l’enfer et le sort tragique des damnés, qui y tombent « comme des flocons de neige », décide d’en sauver le plus possible en obéissant à la demande de Marie de prier et se sacrifier pour eux.

Dès lors, elle s’impose des pénitences et sacrifices qui dépassent les capacités d’une enfant de neuf ans et, même lorsqu’elle tombe très malade, refuse tout adoucissement à son genre de vie. Son état ne cesse de s’aggraver, lui occasionnant des souffrances terribles, qu’elle accepte et offre avec une constance et une générosité dont peu d’adultes seraient capables.

De généreux donateurs, avertis de l’état de santé de Jacintha, paient les soins dont on espère qu’ils la sauveront, mais ces traitements médicaux inefficaces, s’ils ne soignent pas ses poumons endommagés, provoquent en revanche l’ouverture sur ses côtes d’une plaie incurable qui ne se referme plus et lui cause d’atroces et constantes douleurs. Bien qu’elle répète qu’elle va mourir, que la Sainte Vierge le lui a annoncé, on s’acharne à la soigner. Mi-janvier 1920, un éminent médecin, le docteur Lisboa, affirme pouvoir la sauver si on la transfère dans son hôpital à Lisbonne, en tentant une intervention chirurgicale de la dernière chance, pénible et risquée, mais dont il garantit le résultat.

Quand elle quitte Fatima pour la capitale, Jacintha sait qu’elle ne reviendra jamais et qu’elle mourra seule à Lisbonne, privée de l’affection et du soutien des siens, dans un abandon inhumain. Cela aussi, elle l’accepte et l’offre pour le salut des pécheurs. Le 10 février, il faut l’opérer sans anesthésie car, trop faible, elle ne la supporterait pas. Le personnel médical qui lui inflige ce curetage à vif ne comprend pas comment une enfant peut endurer un tel supplice, de surcroît inutile, car rien, humainement, ne la sauvera. Jacintha leur déclare : « Patience… Il faut souffrir davantage pour aller au Ciel… » Nul ne comprend qu’elle puisse en supporter davantage, et aucun calmant ne la soulage.

Au soir du 20 février, elle repose dans une chambre de l’infirmerie de l’orphelinat Notre-Dame-des-Miracles. Soudain, elle appelle l’infirmière de garde, sœur Marie de la Purification, et lui dit gravement : « S’il vous plaît, ma sœur, je sais que je vais mourir. Appelez un prêtre. » Sachant qui est l’enfant privilégiée confiée à sa garde, la religieuse appelle l’aumônier, qui entend la confession de la fillette mais lui refuse le viatique, affirmant qu’elle ne va pas mourir tout de suite et qu’elle communiera le lendemain. Puis il s’en va, sans entendre la voix suppliante de la petite : « Demain, je serai morte… », privant Jacintha de l’unique consolation qu’elle se permettait, l’eucharistie – souffrance spirituelle qu’elle accepte, une dernière fois.

Jacintha meurt seule, vers dix heures du soir, peu après le départ du prêtre, comme elle l’avait annoncé. Des parfums merveilleux s’exhalent aussitôt de son corps martyrisé, qui persisteront jusqu’à son enterrement, à Vila Nova de Ourem, et se feront encore sentir lors du transfert de sa dépouille à Fatima, en 1935.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

Chanoine Barthas, Il était trois petits enfants, 1940, (réédition chez Résiac, 1979).


En savoir plus :

  • Sœur Françoise de la Sainte Colombe, Francisco et Jacintha, si petits… et si grands ! Contre Réforme Catholique Éditions, 1998.
  • Jean-François de Louvencourt, SaintsFrançois et Jacinthe de Fatima, Éditions de l’Emmanuel, 2010.
  • Joao Cesar das Neves, Lucie de Fatima et ses cousins, Médiaspaul, 2016.
  • L’article de L’Homme Nouveau : « Cent ans de Notre-Dame de Fatima », hors-séries numéros 26 et 27, 1917.
  • Le film de Daniel Costelle, Apparitions à Fatima, NS Video, 1991.
  • Le film de Ian et Dominic Higgins, Le 13e jour, SAJE distribution, 2009.
  • Le film de Marco Pontecorvo, Fatima, SAJE distribution, 2020.
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