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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Corps conservés des saints
n°354

France

 1579 – 1601

Sainte Germaine de Pibrac, la petite Cendrillon de Dieu

En 1644, alors qu’on se prépare à organiser des funérailles dans l’église de Pibrac, près de Toulouse, le fossoyeur, en creusant sous les dalles, tombe sur un corps enseveli dont la fraîcheur le stupéfie. Même les fleurs tenues par la morte sont à peine fanées. On reconnaît Germaine Cousin, morte dans l’abandon et la misère le 15 juin 1601, à l’âge de vingt-deux ans.

Reliquaire de sainte Germaine, église Sainte-Marie-Madeleine de Pibrac. / © Didier Descouens, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Reliquaire de sainte Germaine, église Sainte-Marie-Madeleine de Pibrac. / © Didier Descouens, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Les raisons d'y croire :

  • La jeune femme enterrée est identifiée à la difformité de sa main et aux cicatrices des ganglions de son cou : c’est Germaine Cousin. Les personnes les plus vieilles du village l’ont connue et la reconnaissent avec certitude.
  • Quarante-trois ans après ses funérailles, le corps enterré de la jeune femme est trouvé intact. Autour d’elle, dans l’humilité de la terre, tous les autres corps sont réduits à l’état de squelettes.
  • Même ses vêtements (la robe de mariée dans laquelle elle avait été enterrée) sont intacts et la fraîcheur de son teint est stupéfiante. On ne peut pas être en présence d’un phénomène naturel.
  • Un corps humain ne peut se conserver intact que dans des circonstances particulières : congélation ou plastination (injection d’une résine artificielle dans le système circulatoire qui transforme la chair en une sorte de plastique). Le corps de sainte Germaine n’a pas suivi ce genre de traitement.
  • Il arrive aussi que l’embaumement permette la conservation de certains corps, à condition qu’ils soient enfermés dans un cercueil de plomb absolument étanche. L’absence d’oxygène et les produits de conservation (alcool, formol, résine, etc.) empêchent la putréfaction. On recouvre aussi parfois le visage et les mains d’une fine pellicule de cire pour leur donner l’aspect de la vie. Mais ce n’est pas ainsi qu’a été conservé le corps de sainte Germaine : on est ici face à un phénomène surnaturel qui n’a rien à voir avec un embaumement ou une momification. Dieu manifeste la sainteté de Germaine après sa mort en rendant incorruptible son corps.
  • En 1700, le procès de canonisation de Germaine Cousin est ouvert et de nombreuses personnes se rendent sur sa tombe, où les faveurs miraculeuses se multiplient. Plusieurs guérisons ont été retenues pour sa béatification et sa canonisation : Jacquette Cathala, une fillette de huit ans, atteinte de rachitisme ; Philippe Luc, un jeune garçon souffrant d’une fistule incurable ; et la guérison de deux jeunes filles paralysées, Lucie Noël de Revel et Françoise Huot de Langres.
  • Une multiplication de pains et de farine, survenue par l’intercession de sainte Germaine de Pibrac, est aussi attestée en 1845 dans la communauté religieuse du Bon-Pasteur, à Bourges, miracle qui s’est répété par deux fois.

Synthèse :

L’histoire de sainte Germaine de Pibrac a inspiré l’auteur du conte Cendrillon. La vie des saints est quelquefois plus bouleversante et parle davantage au cœur que tout ce que l’imagination peut inventer.

De sa vie intérieure, on ne sait rien. Tout ce que l’on sait d’elle est raconté par des vieilles femmes de Pibrac quarante-trois ans après sa mort, à l’occasion de la découverte de son corps « parfaitement intact », pas seulement momifié, mais comme endormi « en attendant la résurrection ». Son corps intact fut malheureusement détruit en 1793, durant la Révolution française.

Il était une fois dans un village du Sud-Ouest de la France une jeune fille que personne ne remarquait jamais. Sa chevelure n’était pas dorée et ses yeux n’étaient pas d’un vert profond comme la forêt. Son corps était maigre et malade et sa main droite était atrophiée. Elle a bien une maman mais, dès l’âge de trois ans, elle la perd et son père se désintéresse d’elle. Un peu plus tard, celui-ci se remarie. Sa belle-mère la prend en grippe et exige qu’elle ne reste pas inutile. C’est ainsi qu’elle se retrouve bergère dans la journée et servante le soir. Bientôt, alors qu’elle a neuf ans, naissent des demi-sœurs. Elle devient alors vraiment gênante pour la marâtre et on l’exile hors de la maison commune. On lui réserve pour dormir la soupente de l’escalier de l’étable. On lui met des sarments comme matelas et on lui donne le minimum de nourriture. Il lui est défendu d’adresser la parole à ses sœurs.

Germaine passe alors son temps avec les bêtes aux champs et à l’étable. Tous les matins, le curé du village remarque cette jeune fille, discrète comme un souffle, qui se glisse à la messe et qui l’écoute pieusement. Elle ne communie jamais, n’ayant guère suivi le catéchisme. Sitôt le « Ite missa est » prononcé, elle disparaît. Elle retourne à son troupeau de moutons qui, laissé seul au champ, ne cause jamais de dégâts chez les voisins, restant dans les limites qu’elle a marquées avant de partir (cette dernière anecdote a été rapportée lorsqu’on retrouva son corps, mais elle a peut-être été pieusement inventée). Ce qui caractérise sainte Germaine de Pibrac, c’est que personne ne voit rien d’autre durant son existence que le fait qu’elle va à la messe.

Vers l’âge de dix-neuf ans, à force de manque de nourriture, elle est frappée de tuberculose. L’infection marque les ganglions du cou par ce que, à l’époque, on appelle les « écrouelles », signes d’infection.

Le 15 juin 1601, Germaine a vingt et un ans. Ce matin-là, elle n’est pas la première levée. On n’entend pas le bruit des seaux dans l’étable. Énervée et critique, sa marâtre ordonne à son père d’aller la réveiller. Il la trouve morte sous l’escalier.

Quand le curé du village l’apprend, il se reproche un certain manque d’attention durant sa vie. Mais une femme du village dit que ce qu’elle n’a pas eu durant sa vie lui sera donné dans la mort. Elle donne sa robe de mariée et en revêt son corps. Les paroissiennes lui fabriquent une couronne de fleurs, d’épis de seigle dorés et gonflés de grains. Le curé fait ouvrir une tombe sous les dalles de pierre de l’église. Elle mérite bien cet honneur. On la dépose là et le curé fait accompagner ses funérailles par un enfant de chœur et quelques paroissiennes.

Quarante-trois ans plus tard, tout le monde a oublié Germaine, la petite bergère. Ce jour-là, le fossoyeur Guillaume Cassé entreprend de soulever une dalle dans l’église pour ensevelir une certaine Germaine Andoine. À peine a-t-il commencé à creuser le sol qu’il découvre le corps d’une jeune fille – un corps en parfait état de conservation. Sa tête est couronnée d’une guirlande dont les fleurs ont perdu leur éclat, mais dont les épis sont toujours dorés et gonflés de grains. Un premier coup de pioche malencontreux a atteint l’aile du nez de la jeune fille. La blessure a tout l’aspect de la chair vivante. Aucune des personnes présentes à cette heure matinale ne la connaît, mais, bientôt, tout le village court vers l’église pour voir le prodige. Quelques anciens sont en mesure d’identifier Germaine Cousin.

À partir de ce moment, on expose son corps dans l’église. Des gens des alentours viennent en pèlerinage et les miracles se multiplient. Le 5 mai 1853, l’authenticité des miracles est solennellement reconnue et, le 7 mai 1854, le décret de béatification est publié en la basilique Saint-Jean de Latran, à Rome. Enfin, le 29 juin 1867, jour du dix-huitième centenaire du martyre de saint Pierre et de saint Paul, est célébrée à Rome la canonisation de sainte Germaine Cousin. L’Église la déclare sainte en reconnaissant que si Dieu a ainsi manifesté sa volonté, c’est qu’elle a forcément plu au Ciel.

En observant que le phénomène de conservation des corps est souvent lié à une sainteté particulière, la procédure canonique de l’Église prévoit de vérifier l’état du corps du serviteur de Dieu et procède à son exhumation dans le cadre des procès de canonisation. Un corps gardé intact n’est pas une preuve absolue de sainteté, mais est considéré comme un signe positif.

Agrégé en sciences religieuses en Belgique, Arnaud Dumouch fonde en 2015 avec l’abbé Henri Ganty l’Institut Docteur Angélique, qui donne sur Internet la totalité d’une formation diplômante en philosophie et théologie catholique, dans la ligne de l’herméneutique de la continuité de Benoît XVI.


Au-delà des raisons d'y croire :

Dans l’Église orthodoxe, dont le pape Jean-Paul II disait qu’avec l’Église catholique, elle constitue l’autre poumon de l’unique Église du Christ, il existe un saint dont le destin est absolument parallèle. Saint Basile de Russie et sainte Germaine de Pibrac sont nés et morts la même année. Ils n’auraient jamais été canonisés si Dieu n’avait voulu que, presque cinquante ans après leur mort, leur corps ne soit retrouvé intact dans la terre.

L’Église orthodoxe, patriarcat de Moscou, fait mémoire le 23 mars de saint Basile de Russie (1579 – 1601), originaire de Yaroslav. Il s’en fut travailler chez un négociant dans le nord de la Sibérie, à Mangazéa. Son maître était cupide et brutal ; Basile était pieux, honnête et laborieux. Il aimait rendre service aux pauvres et aux malades. Injustement accusé de vol, il fut tué par son patron et jeté dans un marécage. Cinquante ans plus tard, son corps fut retrouvé intact et saint Basile, depuis, est honoré comme le saint martyr de l’honnêteté.

Le stupéfiant parallélisme des destins et des dates avec sainte Germaine de Pibrac ne peut être une coïncidence.


Aller plus loin :

La vidéo d’Arnaud Dumouch : La vie de sainte Germaine de Pibrac, la petite Cendrillon de Dieu (1579 – 1601).


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