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Histoires providentielles
n°235

Bretagne

1606 – 1683

Julien Maunoir apprend miraculeusement le breton

Quand il arrive à Quimper, en 1626, Julien Maunoir ne pense pas y rester, car sa vocation, croit-il, est de rejoindre les missions jésuites du Canada et de s’y consacrer, au risque du martyre, à l’évangélisation des tribus indiennes. En fait, le jeune homme ne se rendra jamais là-bas. Une série de signes providentiels lui prouve que Dieu le veut en Bretagne, afin d’instruire les populations déchristianisées. Le problème est que Maunoir ne parle pas un mot de breton, seule langue comprise des campagnes du Trégor, Léon, Cornouaille et Vannetais. Découragé et peu doué pour cet apprentissage, le religieux pose une condition au Ciel : si sa place est en Bretagne, il doit maîtriser les divers dialectes locaux afin de prêcher sans difficulté. Son vœu est exaucé : il se met à parler couramment une langue dont, quelques jours plus tôt, il ne savait pas les rudiments.

Le P. Maunoir obtient miraculeusement le don de la langue bretonne, peinture de Yan' Dargent, Cathédrale Saint-Corentin de Quimper / © CC BY-SA 3.0 Michael Kranewitter via Wikimedia.
Le P. Maunoir obtient miraculeusement le don de la langue bretonne, peinture de Yan' Dargent, Cathédrale Saint-Corentin de Quimper / © CC BY-SA 3.0 Michael Kranewitter via Wikimedia.

Les raisons d'y croire :

  • Julien Maunoir n’est pas motivé par l’apostolat en Bretagne, car il rêve du Canada. Il n’a aucun zèle pour l’apprentissage d’une langue dont il n’existe ni manuels ni professeurs. Obligé d’apprendre seul, il se montre peu doué.
  • Les difficultés de cet apprentissage sont objectives et la variété des dialectes rend impossible pour un prédicateur de se faire comprendre d’un diocèse à l’autre. Tout cela semble garantir un échec. Ses supérieurs demandent d’ailleurs à Maunoir de se consacrer plutôt à son travail de surveillant et à ses études sacerdotales, ce qui lui laisse peu de temps pour apprendre le breton. En effet, Maunoir constate vite l’inanité de ses efforts. S’il s’obstine, c’est que les signes du Ciel se multiplient.
  • Peu après son arrivée à Quimper, où personne ne le connaît ni ne sait sa présence, il reçoit la visite, invraisemblable car il s’agit d’une personnalité d’importance de la Compagnie, du père Michel Le Nobletz, qui se consacre depuis des décennies à une nouvelle évangélisation de la Basse-Bretagne. Seul, en mauvaise santé, vieillissant, sans successeur, le jésuite supplie le Ciel de lui envoyer quelqu’un afin de ne pas abandonner son peuple quand il mourra. Une nuit, il lui est révélé que l’assistant désespérément attendu se trouve au collège de Quimper, et qu’il s’agit du dernier arrivé. Maunoir est surpris, mais il prend l’histoire au sérieux.
  • Cependant, comme il n’est ni crédule ni naïf et que le projet proposé ne le séduit pas a priori, il décide de réclamer une confirmation céleste et se rend en pèlerinage à la chapelle de Ti Mam Doué, « la Maison de la Mère de Dieu », près de Quimper, où il obtient la certitude que sa place est en Bretagne, et nulle part ailleurs, et qu’il y sera « confesseur et missionnaire ».

  • Obéissant à l’appel divin, mais constatant les difficultés rencontrées dans son apprentissage du breton, il pose une condition : si son apostolat est d’évangéliser la Basse-Bretagne, qu’il lui soit accordé d’en parler la langue ! En moins de cinq semaines, Maunoir maîtrise assez le breton pour prêcher et catéchiser, prodige qui ne saurait être naturel.
  • Tout semble vouloir contrarier ses projets bretons : il est éloigné de cette région cinq années durant pour étudier et enseigner au collège de Tours et de Bourges, puis il se rend à Nevers et Rouen. Une maladie très grave remet en question ses ambitions, mais il guérit miraculeusement.
  • Julien Maunoir a toujours la conviction qu’il reviendra en Bretagne ; d’ailleurs, il fait un rêve dans lequel il se voit portant sur son dos un paysan cornouaillais, reconnaissable à son bonnet rouge, qu’il mène vers le Ciel. Malgré les obstacles, Jean Maunoir finit en effet par revenir à Quimper, et son apostolat ramènera des milliers d’âmes à la foi catholique.

Synthèse :

Julien Maunoir naît dans une famille paysanne de Saint-Georges-de-Reintembault, près de Rennes, en Haute-Bretagne. Le français est sa langue maternelle et, quand il arrive à Quimper, en 1626, il ne sait pas un mot de breton, ce qui rend improbable la réalisation du projet du père Le Nobletz de le voir prendre sa succession.

En dépit de ses propres doutes et des réticences de son entourage, le jeune homme accepte les volontés de Dieu et tente d’apprendre le breton. L’étonnante facilité avec laquelle il finit, après des débuts désespérants, par réussir à s’exprimer dans tous les dialectes de Basse-Bretagne est la preuve que le Ciel l’a écouté en exauçant la condition posée à son apostolat. S’il n’a pas donné l’explication de cet apprentissage miraculeux, ses disciples ont toujours affirmé qu’un ange est apparu à Julien un soir qu’il était en prière et lui a touché les lèvres – scène représentée par le peintre Yann Dargent dans la cathédrale de Quimper, lui donnant instantanément la maîtrise parfaite de la langue bretonne. Ordonné prêtre en 1631, Maunoir se met à la prédication à laquelle il se consacre tout entier et sans retour à partir de 1640.

Ses débuts, près de Douarnenez, sont pénibles, mais il offre pour le salut des âmes ses peines et fatigues, les insultes et les menaces dont il est accablé. Le succès répond bientôt à ses efforts, au point que ses confrères le surnomment le « missionnaire céleste ».

Il attribue le succès de ses missions à Dieu, à Notre Dame, à saint Corentin, premier évêque de Quimper, aux âmes du purgatoire, généreuses envers ceux qui prient pour elles, et aux souffrances de deux stigmatisées persécutées par les hommes et le démon : Marie-Amicie Picard et Catherine Daniélou, qu’il a prises sous sa protection, les défendant contre ceux qui les prétendent menteuses ou possédées.

Devant l’ampleur de la tâche, Maunoir cherche des compagnons. Il crée le séminaire de Plouguernevel, d’où sortiront des centaines de missionnaires.

Survient la terrible révolte des Bonnets rouges, en 1675, impitoyablement écrasée par Louis XIV. Maunoir, qui assiste, désolé, aux exactions des insurgés, puis aux représailles de la soldatesque, tente de négocier pour les rebelles qui se rendront une amnistie qui ne sera jamais accordée. La postérité le lui reprochera comme une trahison de ses compatriotes, qu’il a involontairement livrés désarmés aux troupes royales.

Il poursuit néanmoins son œuvre, rédige un recueil de cantiques en breton, plusieurs ouvrages sur la Passion et les mystères de la foi, des biographies du père Le Nobletz, Catherine Daniélou et Marie-Amicie Picard, et tient scrupuleusement, en latin, son Journal des missions.

Fin décembre 1682, alors qu’il prêche près de Plévin, il est atteint d’une pleurésie. Il s’éteint le 28 janvier 1683. En quatre décennies, il a refait de la Bretagne une terre catholique pour plus de trois siècles. Il sera béatifié en 1951.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin :

Le Journal des missions, écrit en latin entre 1631 et 1650 par Julien Maunoir, a été traduit en français et édité : Julien Maunoir (traduit du latin par Anne-Sophie et Jérôme Cras, préfacé et édité par Éric Lebec), Miracles et sabbats. Journal du père Maunoir, missions en Bretagne, 1631-1650, Paris, Les Éditions de Paris, Max Chaleil GF, 22 octobre 1997.


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