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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les anges et leurs manifestations
n°252

Forteresse de Rocca Secca (près de Naples)

1243

Des anges donnent une ceinture surnaturelle au chaste Thomas d’Aquin

Alors que l’abbatiat du Mont Cassin lui était promis, Thomas choisit d’entrer chez les Frères prêcheurs, ordre mendiant, pauvre et dépouillé. Sa famille, considérant que cela la déshonore, le fait enfermer en 1243. L’ennui est que ce garçon est obstiné et qu’aucune des rudes méthodes employées pour le détourner de sa vocation ne fonctionne. Comme ni la privation de liberté, ni l’isolement, ni les violences physiques ne le font plier, on fait venir dans la chambre de Thomas la plus belle et savante prostituée de Naples, avec pour mission de lui ravir sa virginité et le faire manquer à son vœu de chasteté. Mais le Ciel intervient : des anges apparaissent et donnent à Thomas une ceinture, symbole de son héroïque chasteté.

La tentation de saint Thomas, Diego Velázquez, 1632 / © Public domain, via Wikimedia Commons
La tentation de saint Thomas, Diego Velázquez, 1632 / © Public domain, via Wikimedia Commons

Les raisons d'y croire :

  • L’histoire de « la ceinture angélique » apportée du Ciel à Thomas d’Aquin (1225 – 1274) figure dans le récit de son premier biographe, Guillaume de Tocco, rédigé en 1323.
  • La biographie de Tocco servira au procès de canonisation. Les experts en charge de son instruction sont des gens sérieux, très méfiants s’agissant de phénomènes mystiques, et plus encore de matérialisation d’objets, susceptible d’être attribuée au diable.
  • Ne voulant pas se singulariser, d’une humilité farouche, Thomas cache l’existence de cette ceinture. Il en avoue l’existence et les circonstances dans lesquelles il l’a obtenue seulement sur son lit de mort, à son confesseur. Étant donné la foi profonde et sincère qui l’anime, il est hautement improbable que Thomas ait menti volontairement quelques instants avant de faire face à Dieu.
  • Thomas a toujours enseigné que le surnaturel ne devait pas éclipser le naturel – attitude très sage qui permet de conclure qu’il n’était pas sujet aux rêveries mystiques.
  • Le cordon est de fait découvert sur le corps de saint Thomas d’Aquin immédiatement après sa mort. Il est placé dans un somptueux reliquaire et fait l’objet de la vénération des Dominicains, qui la considèrent longtemps comme l’une des plus précieuses reliques de l’ordre. C’est pourquoi nous savons où et comment cet objet a été préservé au cours de l’Histoire. Conservé au couvent de Fossa Nova, au sud de Rome, où Thomas est mort le 7 mars 1274, il a été l’un des rares trésors mis d’urgence en sécurité lors de l’invasion des troupes françaises révolutionnaires en 1799. Ces précautions sauvent la relique, transportée au couvent San Domenico de Chieri, dans le Piémont, où elle se trouve toujours.
  • Dès le début, l’objet a intrigué les premiers qui l’ont vu : étonnés, ils ont témoigné que, portée à même la peau sans avoir jamais été retirée pendant trente ans, cette ceinture est demeurée d’un blanc éclatant, pour ne pas dire lumineux. Certes, au fil des siècles, cette teinte extraordinaire a fini par se faner, mais ce n’est pas, et de loin, le seul mystère de ce « cordon angélique ».
  • La ceinture fut soumise à diverses analyses au cours du XXe siècle, et celles-ci, loin d’apporter des réponses, ont soulevé de nouvelles questions, restées insolubles. Le tissu, que l’on pensait de fils de lin d’une qualité et d’une finesse exceptionnelles, s’est révélé n’être ni de lin, ni de coton, ni de soie, ni d’aucune autre fibre végétale ou animale connue : il s’agit d’une matière inconnue. Cela fait penser à la déclaration de sainte Catherine Labouré concernant la robe de Notre Dame, qu’elle a touchée le 19 juillet 1830, disant que cela ressemblait à de la soie lourde, mais qu’une soie pareille, il ne s’en tissait pas en ce monde.
  • Autre impossibilité physique : la ceinture mesure 1,56 mètre, mais ne pèse que quelques grammes – poids qui ne peut correspondre à cette longueur…
  • La ceinture porte quinze nœuds, comme les quinze mystères du rosaire, chers aux Dominicains. Après examens radiologiques, ces nœuds apparaissent d’une complexité inhumaine, de sorte que l’on ne peut ni les défaire ni les reproduire à l’identique. Les anges avaient dit à Thomas que ces nœuds symbolisaient son inattaquable chasteté et la virginité perpétuelle que Dieu lui accordait.

Synthèse :

Né probablement en 1225 dans une famille noble des environs de Naples, Thomas est destiné à l’Église en raison de l’étonnante protection dont, enfant, il a bénéficié. Un jour d’été, la foudre est tombée sur le berceau dans lequel il dormait avec sa sœur ; si la petite fille a été tuée, lui est sorti indemne de cet accident. Ses parents ambitionnent pour lui l’abbatiat du Mont-Cassin, où ils l’envoient étudier. À seize ans, Thomas fait un autre choix : entrer chez les Frères prêcheurs, ordre fondé trente ans plus tôt par Dominique de Guzman, en réaction contre l’ostentatoire richesse d’un certain clergé. Effarés de ce choix jugé déshonorant, ses parents l’envoient étudier à Naples, dans l’espoir que les tentations de la grande ville détourneront l’adolescent de sa lubie. Mais la vocation de Thomas ne fait que croître.

À la mort de son père, en 1243, se pensant désormais à l’abri des menaces proférées par celui-ci, Thomas entre chez les Dominicains et prononce ses premiers vœux. En fait, sa famille n’a pas désarmé. Tandis que sa mère entreprend des démarches à Rome pour faire annuler ses vœux, son frère aîné, Reynald, désormais chef de famille, décide d’user de méthodes plus brutales. Avertis que les d’Aquin vont attaquer le couvent napolitain pour en arracher leur fils, ses supérieurs l’envoient à Rome, puis, constatant que la famille a le bras long, lui font prendre la route de Paris. Prévenus, ses frères placent des hommes de main sur les routes menant en France avec ordre d’arrêter le garçon et le leur ramener. Thomas est livré à son frère qui, devant son refus de quitter l’habit dominicain, le lui arrache de force, le rouant de coups et le laisse quasi nu en public. Le jeune homme n’a pas un geste pour se défendre, mais déclare gravement : « C’est chose honteuse de vouloir reprendre à Dieu ce qui lui a été donné. » Il est alors enfermé dans la forteresse familiale, à l’isolement complet. Cette incarcération dure au moins un an, peut-être davantage.

Ne parvenant pas à le faire renoncer, ses frères font, à prix d’or, venir de Naples la plus belle et la plus savante prostituée qu’ils trouvent, puis l’enferment dans la chambre de Thomas, avec pour mission de lui ravir sa virginité et le faire manquer à son vœu de chasteté.

Sans doute le jeune homme se sent-il sur le point de faiblir car, pour écarter la tentation, il s’empare à main nue d’un tison ardent dans la cheminée. La violence de la brûlure a raison des flammes de la luxure. Sous les yeux épouvantés de la fille, sans lâcher la braise qu’il tient à pleine main, il trace avec celle-ci sur le mur une grande croix, devant laquelle il s’agenouille et renouvelle son vœu de chasteté. Il tombe alors en extase. Des anges lui apparaissent et lui disent : « Nous venons à toi de la part de Dieu te conférer le don de la virginité perpétuelle ; il t’en fait dès maintenant l’irrévocable cadeau. » Puis ils lui montrent une ceinture blanche nouée de quinze nœuds impossibles à dénouer symbolisant son héroïque chasteté.

Thomas croit rêver, mais une douleur atroce lui vrille soudain les reins et l’arrache à son extase. Il constate, stupéfait, qu’autour de sa taille se trouve véritablement liée une ceinture d’un mètre cinquante-six, d’un tissu blanc brillant, soyeux, léger qu’il ne retirera plus. Il n’éprouvera plus jamais de tentation contre la chasteté. Après deux ans de captivité, sous pression du pape et de l’empereur, sa famille le laisse suivre sa vocation, concédant au catholicisme son plus grand théologien et l’une des plus belles intelligences.

Conscient de ses dons, Thomas ne se mettra jamais en avant, au point d’être considéré comme un crétin par ses camarades d’études qui le surnomment « le grand bœuf muet ». À quoi son professeur, futur saint Albert le Grand, découvrant l’humilité de son étudiant et les brimades dont il est victime, rétorquera : « Prenez-y garde. Quand ce bœuf se mettra à beugler, ses mugissements ébranleront le monde ! » – prophétie qui s’accomplira. Mais Thomas a d’autres ambitions, plus hautes. En effet, lors d’une apparition, alors que le Christ lui dit « Tu as bien écrit de moi, Thomas ; que veux-tu ? », il répond : « Toi seul, Seigneur, et rien d’autre ! » Ce qui revient, dans sa sagesse, à demander tout !

On compte dans la vie de saint Thomas d’Aquin bien d’autres phénomènes curieux. Ainsi l’un de ses étudiants le verra-t-il un jour léviter en extase et s’envoler jusqu’au crucifix devant lequel il priait, suspendu très haut – exploit d’autant plus remarquable que Thomas était un homme grand et charpenté, de fort embonpoint. Bien que peu de gens aient été témoins de ses extases, l’Église a pensé que son éblouissante intelligence des choses divines provenait directement de lumières venues d’en haut. C’est à la suite d’un ravissement qui le prit pendant qu’il célébrait la messe, quelques mois avant sa mort, que Thomas cessa définitivement d’écrire, confiant : « Tout ce que j’ai écrit me semble paille auprès de ce que je viens de voir. »

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au-delà des raisons d'y croire :

Considérant que le saint cordon a permis à saint Thomas d’être protégé victorieusement contre toutes les tentations de la chair, on plaça sous son invocation, au XVIIe siècle, une pieuse association, la Milice angélique, dont les membres portaient une reproduction de la ceinture de l’Aquinate, qui avait été en contact avec la relique. Cette association était destinée aux garçons des collèges catholiques, plus spécialement aux séminaristes, afin de les aider à préserver leur pureté et répondre pleinement à l’appel divin. Pier Giorgio Frassati fut l’un de ses plus célèbres adhérents.


Aller plus loin :

Guillaume de Tocco, Histoire de saint Thomas d’Aquin de l’ordre des Prêcheurs, 1323. (Édition traduite disponible aux Éditions du Cerf, 2005.)


En savoir plus :

  • Actes du procès de canonisation, Rome, 1323.
  • Jean-Pierre Torrell, Saint Thomas d’Aquin, maître spirituel, Le Cerf, 2002.
  • Ivan Gobry, SaintThomas d’Aquin, Salvator, 2005.
  • La bande dessinée de Louis Millet, Saint Thomas d’Aquin, Clovis, 2012.
  • La bande dessinée de Reynald Secher, Jacques Olivier et Léopoldo Zea Salas, SaintThomas d’Aquin, le docteur angélique, Reynald Secher éditions, 2014.
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