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Les martyrs
n°257

Smyrne (actuelle Izmir, Turquie)

Fin du Ier et début du IIe siècle

Polycarpe, évêque de Smyrne, disciple de Jean et martyr

Polycarpe est le responsable de l’Église de Smyrne au début du IIe siècle, et pendant plus de quarante ans. Ayant été en contact avec de nombreux chrétiens de la première génération, il est un maillon important de la chaîne de transmission apostolique. Il fera preuve de zèle pour diffuser l’Évangile et combattre les hérésies. Reconnu même par les non-chrétiens, il meurt sur un bûcher, louant Dieu, après avoir confessé publiquement sa foi, à l’âge de quatre-vingt-six ans environ.

Saint Polycarpe myroblyte, détail d'une fresque du monastère de Dionysiou, mont Athos / © CC BY-SA 4.0, Octave 444.
Saint Polycarpe myroblyte, détail d'une fresque du monastère de Dionysiou, mont Athos / © CC BY-SA 4.0, Octave 444.

Les raisons d'y croire :

  • Polycarpe de Smyrne a été disciple de Jean et a fréquenté de nombreux responsables d’Églises apostoliques. Il fut donc enseigné par les apôtres et vécut avec plusieurs personnes qui avaient elles-mêmes vu et connu Jésus. Cette continuité directe et traçable apporte de la crédibilité à la foi que Polycarpe professe.
  • Il a scellé son enseignement par un martyre public. Les autorités romaines lui proposent d’abord de sauver sa vie en proclamant « César est Seigneur ». Mais Polycarpe refuse tout compromis : cette intransigeance montre que le terme de « Seigneur » est bien compris dans le sens le plus fort, et que la seigneurie de Jésus ne peut être comparée à celle d’un autre homme, car il est Dieu.

  • On lui fait ensuite entrevoir la mort atroce qui l’attend (le faire périr par les bêtes sauvages ou par le feu), ce qui n’ébranle absolument pas Polycarpe : « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers [le Christ], et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m’a sauvé ? »

  • Nous savons en outre que Polycarpe n’était pas fou ou suicidaire, car il a essayé de se cacher pour échapper aux persécutions. Il souhaite vivre pour continuer à faire connaître le Christ.
  • Le récit du martyre de Polycarpe est rapporté par des témoins directs dans L’Épître des chrétiens de l’Église de Smyrne aux autres Églises, quiest l’un des plus anciens textes de la littérature chrétienne. Un autre témoin direct, Irénée de Lyon, nous fournit des renseignements sur sa vie. Ces documents sont reconnus comme authentiques par les historiens actuels.
  • Polycarpe a bénéficié d’un charisme prophétique. Il est averti en songe de son martyre prochain et, bien avant son arrestation, il dit à ses amis qu’il sera « brûlé vif ».

  • Le courage de Polycarpe frappa tous les spectateurs de son martyre. Après cette mise à mort, les autorités romaines cessèrent un temps la persécution contre les chrétiens. 

Synthèse :

Polycarpe de Smyrne meurt en martyr au tout début de la seconde moitié du IIe siècle. Le mois de son martyre, février, est bien attesté, mais l’année exacte fait débat, car les sources donnent des indications divergentes. Certains historiens le datent des années 155-156, d’autres optent plutôt pour la décennie suivante, sous le règne de l’empereur Marc-Aurèle (161-180).

Au moment de son martyre, Polycarpe lui-même nous dit qu’il est disciple du Christ « depuis quatre-vingt-six ans ». Cela le fait naître dans les années 70 ou 80, en fonction de la date du martyre, vraisemblablement dans une famille chrétienne. Ses parents sont donc des chrétiens de la toute première génération, et lui-même a pu bénéficier du témoignage de disciples de la génération apostolique.

Ce martyre repose sur plusieurs témoignages. Il est brièvement mentionné par un de ses disciples, Irénée, devenu évêque de Lyon, mais nous en avons surtout un récit détaillé fourni par une lettre des chrétiens de Smyrne adressée aux chrétiens de l’Église de Philomélium. Cette lettre a probablement été écrite quelques mois, voire quelques semaines, après les faits qu’elle rapporte.

Les Églises d’Asie Mineure avaient été frappées par une grande persécution, orchestrée par les autorités politiques, et les chrétiens avaient été durement torturés. Malgré cela, ils n’avaient pas renié leur foi. Loin d’affaiblir l’Église, ces violences avaient au contraire été un puissant témoignage pour les autres chrétiens, mais aussi pour les personnes extérieures à l’Église. Après avoir tué de simples fidèles, les opposants espéraient freiner la diffusion du christianisme en frappant les responsables. Le plus important, au point d’être connu même des non-chrétiens, était Polycarpe, l’évêque de Smyrne depuis plusieurs décennies (au moins quarante ans).

Une fois recherché, celui-ci ne se livre pas volontairement, mais il tente au contraire de sauver sa vie. Sur la demande des frères, il s’enfuit et se cache. Cette attitude est importante, car le fait de se livrer volontairement au martyre peut être vu comme un signe d’orgueil spirituel et plusieurs chrétiens, qui ont procédé ainsi, ont fini par apostasier.

Polycarpe se cache, mais il est finalement arrêté par les soldats après une dénonciation. Les responsables politiques lui parlent d’abord avec respect et lui proposent de sauver sa vie en proclamant « César est Seigneur » et en sacrifiant aux dieux païens. Mais Polycarpe refuse tout compromis. Cette intransigeance montre que le terme de « Seigneur » était bien compris dans un sens fort et que la seigneurie de Jésus ne pouvait pas être concurrencée par la « seigneurie » d’un autre homme. Voyant qu’ils n’arrivent pas à convaincre Polycarpe par la douceur, ils se mettent alors à l’insulter et à le maltraiter en le conduisant vers son lieu d’exécution.

Après son entrée dans l’arène, le proconsul tente une dernière fois de faire changer Polycarpe d’avis en invoquant son grand âge. Abandonnant même la requête d’un sacrifice, il lui demande simplement de jurer par la fortune de César, de maudire le Christ et les athées, qui sont, pour les Romains, les chrétiens. Mais Polycarpe accepte seulement de dénoncer les athées, faisant bien comprendre que, pour lui, les vrais athées ne sont pas les chrétiens, mais ceux qui, au contraire, adorent les faux dieux. Le proconsul passe alors aux menaces et promet à Polycarpe une fin douloureuse. Mais celui-ci reste inflexible et proclame au contraire haut et fort qu’il est chrétien et qu’il ne peut pas renier cette foi. L’heure des fauves étant passée, la foule réclame alors qu’il soit mis à mort par le feu. Cela ne surprend pas Polycarpe, qui avait été averti en songe, peu de temps auparavant, de la mort qu’il allait subir.

Le bûcher est monté, avec la participation active de la foule, et Polycarpe y est attaché. Loin d’être effrayé, il se met alors à prier, rendant grâce à Dieu de l’avoir jugé digne du martyre, et exprimant sa foi en la résurrection. Il termine ainsi sa vie terrestre en louant Dieu au cœur de l’épreuve. Loin d’avoir nui à l’Église, cette mort scelle le témoignage de toute une vie vécue pour le Christ.

David Vincent, doctorant en histoire des religions et anthropologie religieuse à l’École Pratique des Hautes Études.


Aller plus loin :

Ignace d’Antioche, Lettres, (traduction française de Th. Camelot), Paris, Le Cerf, 1969.


En savoir plus :

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