Recevoir les raisons de croire
< Toutes les raisons sont ici !
TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les martyrs
n°179

Vietnam

Entre 1745 et 1862

Le père Dung Lac et ses 116 compagnons martyrs au Vietnam

On estime que 130 000 à 300 000 catholiques furent persécutés pour leur foi, jusqu’à la mort, de 1745 à 1862 au Vietnam. Parmi ces hommes et ces femmes héroïques, l’Église en a porté 117 sur les autels, comme des exemples frappants de vies totalement données par amour du Christ. Dans les faits, ce sont 53 décrets signés par les empereurs du Vietnam qui, durant trois siècles (du XVIIe au XIXe siècle), auront été promulgués, déclenchant contre les chrétiens des persécutions plus violentes les unes que les autres, jusqu’à ce que le protectorat français apaise enfin les choses.

Parmi cet immense cortège de saints ensanglantés, l’Église a distingué André Dung Lac, prêtre plusieurs fois arrêté et finalement exécuté par décapitation en 1839, sous le règne de Minh Mang, empereur connu comme le « Néron vietnamien ». Mais on compte aussi de nombreux évêques, des dizaines de prêtres et de catéchistes, 60 laïcs ainsi qu’une religieuse parmi ces témoins de la foi du bout du monde. Ces martyrs vietnamiens sont commémorés le 24 novembre.

Bas-relief des martyrs du Vietnam, Ho Chi Minh Ville. / © Shutterstock/godongphoto
Bas-relief des martyrs du Vietnam, Ho Chi Minh Ville. / © Shutterstock/godongphoto

Les raisons d'y croire :

  • Les conversions au Vietnam ont été très rapides : on compte déjà presque 200 000 chrétiens à la fin du XVIIe siècle. Les Vietnamiens n’avaient pourtant pas entendu parler de Jésus avant le XVIe siècle et dès lors, les persécutions contre les chrétiens ont été rapides, fortes et continues.
  • Durant cette période, les apparitions mariales sont nombreuses et les fidèles érigent plusieurs sanctuaires à la Mère de Dieu (par exemple Notre-Dame de La Vang).
  • Comme dans de nombreux autres pays d’Extrême-Orient, les nouveaux chrétiens sont en butte à l’hostilité des bouddhistes et des religieux traditionnels, mais persévèrent cependant dans la foi qu’ils ont choisi.
  • Malgré la répétition et le raffinement des tortures auxquelles ils sont soumis, les Vietnamiens convertis ne renient pas le Christ, ce qui témoigne de la force de leur conviction. Ils ont en effet parfaitement conscience des dangers auxquels ils s’exposent en suivant Jésus.

Synthèse :

Les premiers contacts du Vietnam avec le christianisme remontent au XVIe siècle, lorsque les Portugais explorent la région, puis s’accroissent au siècle suivant avec la venue de missionnaires dominicains, franciscains et jésuites. C’est le prêtre français de la Compagnie de Jésus, Alexandre de Rhodes, qui bâtit la première église à Hanoï en 1627, transcrit la langue vietnamienne en alphabet latin et ouvre une école de formation des catéchistes. Son œuvre est couronnée de succès et de nombreux habitants du Vietnam se convertissent.

Mais, dès 1644, le pays doit pleurer son premier martyr, le jeune André de Phu Yen, âgé de 18 ans seulement. Jusqu’à la colonisation française, les siècles suivants ne seront que persécutions, sang et martyrs – de rares périodes d’accalmie dues à des princes, eux-mêmes chrétiens, interrompant parfois la terrible litanie des morts pour leur foi.

Les motivations des empereurs vietnamiens furent diverses, mais, le plus souvent, c’est l’accusation de rompre avec le culte des aïeux qui prédomine. Les « idées perverses » qu’introduirait la foi en Jésus (comme la condamnation de la polygamie) sont rejetées. Il reste que, dans tous les cas, les empereurs et mandarins furent constants dans leur haine de la foi chrétienne, perçue comme une importation occidentale, ainsi que dans la condamnation de leurs sujets acquis à l’amour de Jésus-Christ. Il fallut que la France s’interpose et intervienne – ce fut d’ailleurs une des raisons officielles qui conduisirent au protectorat puis à la colonisation – pour que le pouvoir local arrête de martyriser en masse évangélisateurs et évangélisés.

Parmi les victimes, on compte huit évêques, un grand nombre de prêtres et une foule immense de laïcs chrétiens des deux sexes, de toutes conditions, de tous âges, qui ont tous préféré souffrir l’exil, la prison, les tortures et enfin les derniers supplices plutôt que de fouler aux pieds la croix et faillir à la foi chrétienne.

L’Église catholique a choisi de les commémorer et les prier dans une célébration commune qui honore 117 martyrs mis à mort entre 1745 et 1862 au Tonkin, en Annam et en Cochinchine. Ces 117 personnes – celles dont les épreuves sont apparues les plus cruelles – ont été choisies et élevées aux honneurs des autels par Rome, en quatre séries de béatifications : 64 en 1900, par le pape Léon XIII ; 8 en 1906, puis 20 en 1909, par saint Pie X ; enfin 25 en 1951, par Pie XII. Ils ont tous été canonisés en 1988, par saint Jean-Paul II.

Parmi ces saints, on trouve 11 Espagnols dominicains, 10 Français des Missions étrangères de Paris ; et enfin 96 Vietnamiens, dont 37 prêtres et 59 laïcs, dont une femme. Sur le lieu de leur supplice, un édit royal, placé à côté de chaque martyr, a précisé le mode de supplice : 75 furent condamnés à la décapitation ; 22 à l’étranglement ; 6 furent brûlés vifs ; 5 écartelés ; et 9 sont morts en prison des suites des tortures.

Le XXe siècle produisit lui-même son lot de martyrs, à cause de l’idéologie communiste, cette fois-ci, comme le cardinal Thuan en témoigna, en France et dans le monde, quand il fut condamné à l’exil.

Jacques de Guillebon est essayiste et journaliste. Il collabore notamment à la revue catholique La Nef.


Aller plus loin :

  • Collectif, Les Missions étrangères, trois siècles et demi d’histoire et d’aventure en Asie, Perrin, 2008.

En savoir plus :

  • Marie Oury-Guy, Le Vietnam, des martyrs et des saints, Le Sarment, 1998.
  • Discours de Jean-Paul II aux pèlerins français pour la canonisation des 117 martyrs, en 1988.
  • P. Truong Ba Cân, Histoire du développement du catholicisme vietnamien, Hô Chi Minh-Ville, 1992.
  • Catherine Marin, Le Rôle des missionnaires français en Cochinchine aux XVIIe et XVIIIe siècles, Églises d’Asie, 1999.
  • L’article d’Aleteia : « Les martyrs du Vietnam : comment ils ont suivi le Christ jusqu’au bout ».
Partager cet article

LES RAISONS DE LA SEMAINE