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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Les saints
n°135

Assise (Ombrie, Italie)

1182-1226

Saint François, le pauvre d’Assise

François, fils d’un riche marchand de drap, laisse brusquement la vie qu’il menait jusque-là pour suivre le Christ. Il commence par reconstruire des églises et s’occuper des lépreux. Rapidement son choix radical attire à lui la jeunesse de son temps. Il fonde ainsi l'ordre des Frères mineurs en 1210, puis les branches féminine et laïque de cet ordre. Par la radicalité et l’originalité de sa vie, saint François est un signe unique de l’amour de Jésus, tant pour la société médiévale que pour celle du XXIe siècle.

François d'Assise prêchant aux oiseaux, d'après les Fioretti par Giotto di Bondone. / CC0/wikimedia
François d'Assise prêchant aux oiseaux, d'après les Fioretti par Giotto di Bondone. / CC0/wikimedia

Les raisons d'y croire :

  • La documentation au sujet de la vie de saint François d’Assise est très complète. François a laissé plusieurs écrits et les témoignages à son sujet sont nombreux. Deux biographies sont rédigées rapidement après sa mort par Thomas de Celano et saint Bonaventure, tous deux contemporains de François.  
  • La conversion de François interpelle : alors qu’il rêvait d'être chevalier ou bien pouvait facilement devenir un riche commerçant, il se fait maçon pour réparer les églises en ruine. Ce choix s’explique uniquement par la demande explicite que lui adresse le Christ : «Répare mon Église qui, tu le vois, tombe en ruine ».

  • Le choix très exigent de pauvreté que pose saint François à la suite de sa conversion est inexplicable sans Dieu. Cette « pauvreté » que saint François d’Assise incarne est une rupture avec les valeurs de la société sécularisée pour mettre en premier l’imitation de Jésus, y compris dans les rapports aux êtres et aux biens de ce monde.
  • C’est bien par amour du Christ qu’il soigne les lépreux car il voit Jésus dans le regard de chacun de ces malheureux.
  • Les charismes extraordinaires de saint François sont nombreux, variés, et tous fortement documentés : lecture des cœurs, don de guérison, visions, extases en prière et lévitations.
  • François est le premier stigmatisé de l’histoire. L’authenticité et l’origine surnaturelle de ses plaies ont été avalisées successivement par sept papes différents : Grégoire IX (5 avril 1237, lettre Universis Christi fidelibus), Alexandre IV (1254), Nicolas III, Benoît IX, Sixte-Quint et Benoît XIV.
  • L’Église a reconnu plus de quarante miracles de saint François. Par exemple, il chasse les démons qui agitent la ville d’Arezzo ; il indique à un paysan assoiffé la localisation d’une source nouvelle que le Seigneur vient de faire surgir ; il guérit un mourant à Lérida ; etc.
  • La croissance exponentielle des Franciscains est un cas unique qui dépasse l’entendement : de 12 frères en 1209, année de leur fondation, ils sont 5 000 dix ans plus tard, 40 000 en 1300, 60 000 en 1500 et 100 000 en 1789.
  • Les trois branches de l’ordre fondé par le saint (masculine, féminine et laïque) et ses diverses ramifications ont donné un nombre invraisemblable de saints de bienheureux, ce qui témoigne de leur fécondité spirituelle immense : Jeanne de Valois, Padre Pio, Claire d’Assise, Catherine de Bologne, Véronique Giuliani, Colette de Corbie, Antoine de Padoue, Bonaventure, Bernardin de Sienne, Duns Scot, Pierre d’Alcantara, Joseph de Cupertino, Angèle de Foligno, Maximien Kolbe, Benoît-Joseph Labre, Rose de Viterbe, Vincent de Paul, Pie X, Jean XXIII, Louis et Zélie Martin, Jean-Marie Vianney, etc.
  • La famille franciscaine a également donné à l’Église cinq papes Nicolas IV (+1292), Sixte IV (+1484), Sixte V (+1590), Clément XIV (+ 1773) et Pie XI membre d’un tiers ordre franciscain (+1939).

Synthèse :

La personnalité et les charismes de François d’Assise, fils d’un riche négociant de la province italienne d’Ombrie, illumine le XIIe siècle, et bien plus largement, l’histoire des catholiques jusqu’à ce jour. Pourtant, lorsqu’il vient au monde en 1182, le « Poverello » (le « Pauvre d’Assise ») ne semble guère prédisposé à devenir l’immense saint que nous connaissons. Son père, Pietro Bernardone dei Moriconi, est un drapier d’Assise fort connu et fort aisé, voyageant souvent en France pour ses affaires. Si le destin professionnel du jeune François n’est évidemment pas encore inscrit dans le marbre, ses parents formulent rapidement l’idée qu’il soit associé au négoce paternel. Il reçoit une bonne éducation grâce aux cours qu’il suit notamment à l’église Saint Georges d’Assise.

En 1196, il a alors 14 ans, il quitte l’école et est admis dans la corporation professionnelle des marchands qui lui ouvre les portes, selon l’espérance familiale, du métier de négociant en tissu. Il passe les six années suivantes en toute insouciance, menant une vie festive et amoureuse active, envisageant de devenir chevalier. En 1202, il participe aux combats contre la noblesse de Pérouse (Italie) et d’Assise, à la suite de quoi il est fait prisonnier. Mis en geôle pendant une année, il est libéré après versement d’une rançon paternel.

Jusqu’à l’été 1205, le futur saint, victime de maladies qui se révéleront bientôt providentielles, n’abandonne pas pour autant son projet de se consacrer aux métiers des armes. Il poursuit alors une existence dilettante, récitant des poèmes, se faisant troubadour, distribuant des aumônes très importantes, fréquentant la jeunesse bruyante des environs…

Dans les premiers jours de 1205, il fait un rêve lors d’un passage à Spolète (Italie, Ombrie) qui le persuade contre toute attente que la vie militaire n’est pas faite pour lui. Il entend une voix lui dire : « Pourquoi sers-tu le serviteur et non le maître ? » Revenu à Assise, il délaisse peu à peu ses camarades de jeu et passe dorénavant de longs moments en prière. Un fait ponctuel va marquer le basculement qui commence : en Ombrie à cette époque vivaient un certain nombre de lépreux dont la maladie, alors incurable, effraie les populations. Or c’est à la suite d’une rencontre avec l’un d’eux que François aune illumination intérieure. Il a vu le Christ dans le regard d’un de ces malheureux. Comme il l’explique lui-même dans son Testament, il est saisi par la grâce et plus rien ne sera jamais comme avant. Grâce à Dieu, François voit Jésus en chaque frère humain.

Un peu plus tard, tandis qu’il prie dans la chapelle Saint-Damien d’Assise, il entend une voix provenant du crucifix posé devant lui qui dit de « réparer son Église en ruines ». Il prend cet ordre au pied de la lettre, vend plusieurs pièces de drap soustraites en toute bonne foi à son père, et entreprend la rénovation du bâtiment qui menace ruine.Pour Pietro, notable d’Assise, c’en est trop. Exigeant des comptes de François qui a déjà donné de grosses sommes aux pauvres, il veut que tout cela cesse et que son fils rentre dans le rang. Furieux, il lui intente un procès.

La scène est restée célèbre : convoquée au printemps 1206 par Guido, l’évêque d’Assise sur la principale place de la cité, en présence de son père ulcéré et d’habitants, François rend les quelques sous qui lui reste, se déshabille et dit : « Jusqu’ici je t’ai appelé père sur la terre ; désormais, je peux dire : Notre père qui est aux cieux, puisque c’est à lui que j’ai confié mon trésor et donné ma foi. »   La rupture est consommée. François, le fils du négociant, vient d’épouser « Dame Pauvreté ».  La distance prise avec son père s’étend bien au-delà : confiant en la seule providence divine, François rompt non seulement avec sa famille mais aussi avec sa ville naissance dont les statuts municipaux protégeaient les habitants. Sa seule famille est à présent l’Église et son représentant, l’évêque Guido.

La conversion est extraordinaire. François mendie sa nourriture, rend service aux communautés religieuses de la région, s’occupe de lépreux puis restaure de ses mains deux chapelles. A partir de 1209, débute un nouveau chapitre de sa vie : des jeunes camarades le rejoignent et ils forment ensemble une vraie communauté spirituelle, partageant prière et travail manuel. François revêt une tunique de couleur sombre, liée autour de la taille par une simple corde de tissu. C’est l’apparition de l’habit franciscain.

Le pape Innocent III fait alors un rêve prémonitoire : il voit saint François soutenant la basilique Saint-Jean-du-Latran. Peu après, il approuve oralement la première Règle écrite pour les frères. En 1212, la future sainte Claire d’Assise est accueillie par François. Ensemble ils fondent la branche féminine de l’ordre, les futures Clarisses (ou Ordre des Pauvres Dames). Dès ce moment, le nombre des nouveaux membres augmente de manière extraordinaire. C’est d’autant plus impensable que la radicalité de la vie franciscaine est terriblement exigeante. Le vœu de pauvreté absolue n’est pas un engagement à la légère. Mais la charité et la joie des fils de saint François témoignent de la présence de Jésus en leurs vies.

En 1219, François voyage en Égypte où, grâce à un concours exceptionnel de circonstances, il rencontre le sultan Al-Kâmil qu’il veut convertir. Malgré le refus du chef musulman, l’échange est cordial et constructif. Une telle rencontre, inconcevable pour la grande majorité des hommes de l’époque, ouvre la voie l’idée de dialogue interreligieux. Le séjour du saint au Proche-Orient marque le commencement d’une présence séculaire des Franciscains dans cette région du monde.

Refusant honneurs et argent (les Franciscains forment un « ordre mendiant » – y compris le sacerdoce dont il s’estime indigne) François transmet la direction de son groupe de religieux à Pierre de Catane en 1220. L’année suivante, il rédige la Règle définitive de son ordre puis fonde un tiers-ordre qui connaît un succès européen de haut en bas de la société. En août 1224, déjà malade, il se retire avec quelques frères au monastère de l’Alverne, non loin d’Assise. Le 17 septembre, il y reçoit les stigmates de la Passion. Comme l’écrit son premier biographe, Thomas de Celano (+1260), « dans les mains et dans les pieds » se sont formés « non pas les alvéoles des clous, mais les clous eux-mêmes, formés de fibres de chair ; une pression exercée d’un côté les faisait saillir de l’autre. On pouvait voir aussi son flanc empourpré de sang. » A cette date, « transformé à la ressemblance du Christ crucifié » (Legenda major 13, 3), François est devenu le premier stigmatisé de l’histoire.

Il a encore le temps d’écrire son fameux « Cantique des créatures » (ou « Cantique du frère soleil »), hymne à la beauté de l’univers sauvé en Jésus-Christ et premier poème en italien moderne. Le 3 octobre 1226, dans la petite église de la Portioncule d’Assise, Dieu le rappelle à lui.

Malgré quelques désaccords survenus les décennies suivantes dans la manière d’interpréter la pauvreté de l’ordre, aujourd’hui les chrétiens du monde entier savent ce qu’ils doivent à l’humble époux de Dame Pauvreté.  

L’Église catholique et les diverses Églises orthodoxes jusqu’à ce jour n’en finissent pas de rendre hommage et de célébrer la postérité à tous égards exceptionnelle de François : en 1931, Pie XI fait du 4 octobre, jour de sa fête, celui de la célébration des animaux ; en 1979, saint Jean-Paul II le proclame patron des cultivateurs de l’écologie puis choisit Assise en 1986 pour les journées mondiales de la prière ; le 13 mars 2013, Mgr Bergoglio prend le nom de François lors de son élection pontificale.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

Chercheur d’absolu, saint François d’Assise impressionne le monde depuis le XIIe siècle, croyants et incroyants, par la fécondité de son œuvre et l’universalité de son amour pour l’humanité et la nature.


Aller plus loin :

André Vauchez, François d’Assise, Paris, Fayard, 2009.


En savoir plus :

  • Jean-Baptiste Auberger, « François d’Assise (saint), 1182-1226 », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 302-303.
  • Jacques Le Goff, Saint François d’Assise, Paris, Folio Histoire, 2014.
  • Patrice Kervyn, L’Homme qui parlait aux oiseaux. François d’Assise, la nature et les animaux, Paris, Salvator, 2021.
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