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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Une vague de charité unique au monde
n°228

1495 – 1550

Portugal, Espagne, Autriche

Saint Jean de Dieu, ou Jésus au service des malades

Juan Ciudad, jeune portugais né dans un milieu très modeste, est tour à tour vagabond, berger, militaire, libraire... Son errance s’arrête lorsqu’en écoutant un sermon sur les pauvres à l’image du Christ, il est illuminé par la grâce et choisit de se consacrer à Jésus en venant en aide aux indigents. Celui qu’on appelle bientôt « Jean de Dieu », tant son dévouement interpelle, fonde une famille hospitalière en tous points innovante et performante. En 1886, Léon XIII le désigne « patron céleste des hôpitaux et des malades ».

© Shutterstock / Bill Perry
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Les raisons d'y croire :

  • C’est en entendant un sermon de Jean d’Avila, le 20 janvier 1537, que Jean se convertit radicalement. Il est si exalté qu’il brûle toutes ses possessions et parcours les rues en criant l’amour de Dieu, si bien qu’on le prend pour un fou et qu’on l’enferme à l’hôpital. En réalité, Jean est loin d’être devenu fou : le reste de sa vie le prouvera. Dieu l’a saisi au cœur et ne le lâchera plus. C’est pendant son séjour à l’hôpital que se naît sa vocation caritative.
  • Sans aucun moyen, en très peu de temps, alors qu’il n’a jamais fait d’études et en ne comptant que sur l’aide de Dieu, saint Jean offre aux malades les plus gravement isolés et rejetés de son époque une structure totalement innovante sur le plan médical et moral.
  • Il est en effet considéré comme le « père » de l’hôpital moderne :prise en charge des malades mentaux, tenus à l’écart de tout à son époque, un seul malade par lit, hygiène des locaux, séparation des patients en fonction de leurs pathologies, etc.
  • Au-delà de la dimension matérielle de son œuvre caritative, saint Jean de Dieu a su éveiller les consciences de ses contemporains face à l’urgence des souffrances des malades et des pauvres. Contre toute attente, et alors qu’il était un moment considéré comme un « fou » par certains, il obtient finalement un soutien moral et financier pour ses œuvres.
  • Ses manifestations publiques de repentir provoquent l’incompréhension et la moquerie de quelques-uns de ses contemporains. Mais c’est avant tout la joie permanente avec laquelle il surmonte inexplicablement tous les obstacles qu’observent tous les témoins dignes de foi.
  • Humainement, l’ampleur de sa charité et de son dévouement ne s’explique pas : rien ni personne ne saurait l’arrêter lorsqu’il s’agit de servir les personnes délaissées. Il n’a de cesse de répéter : « Frères, en faisant le bien, faites-vous du bien pour l’amour de Dieu ! »
  • Jean de Dieu a longtemps eu un directeur spirituel hors pair, lui-même saint : Jean d’Avila, un des plus fameux spécialistes de la vie mystique et proche de sainte Thérèse d’Avila.
  • Au terme d’une enquête canonique, le pape Urbain VIII le proclame bienheureux en 1630 et, après la reconnaissance de deux miracles attribués à son intercession, en 1690, Jean de Dieu est proclamé saint par le pape Alexandre VIII.
  • Son œuvre caritative a une postérité remarquable : en juillet 2012, la fondation Saint-Jean-de-Dieu est reconnue d’utilité publique par l’État français ; elle accueille chaque année dans l’Hexagone plus de 20 000 personnes handicapées, âgées ou sans ressources, et malades divers. À l’échelle mondiale, les Frères sont présents dans 53 pays.

Synthèse :

Celui qui affirmera à l’âge adulte que sa seule infirmité, sa seule folie, est d’avoir été « touché par l’amour de Jésus-Christ » voit le jour au Portugal, à Montemor-o-Novo (région de l’Alentejo) en 1495, dans une famille très modeste de travailleurs agricoles. À l’âge de huit ans, il quitte sa maison natale avec un clerc qui veille sur lui. Il devient vagabond et mendie. Il manque d’être emprisonné à plusieurs reprises et doit sa survie à son seul « ange gardien ». Après des semaines de voyage, il parvient en Espagne, à Oropesa, près de Tolède (Castille-La Manche), où il est accueilli dans la famille de Francisco Cid, dénommé « el Mayoral ». Il l’ignore encore, mais c’est dans cette petite ville qu’il va passer la majeure partie de sa vie.

Sa famille d’accueil possède de nombreuses têtes de bétail et des moutons. Jusqu’à l’âge de vingt ans, Juan est berger. Il aime son métier et fait l’unanimité autour de lui : poli, serviable, il apprécie la compagnie de tous. Mais personne ne sait qu’un feu intérieur dévore le jeune homme. Il se sent proche de Jésus et on le surprend en prière tandis qu’il fait paître ses bêtes.

Cependant, il se laisse enrôler dans l’armée du roi d’Espagne par deux fois, espérant sans doute gagner un peu mieux sa vie. Il quitte ainsi Oropesa pour aller à la guerre, la première fois à Fuenterrabia, dans les Pyrénées, près de la frontière française ; puis il repart une seconde fois pour Vienne (Autriche) afin de combattre les Ottomans. À chaque fois, c’est une mauvaise expérience pour lui : il n’aime ni la guerre ni les armes, mais seulement la paix ! Au retour de Vienne, il choisit de ne pas revenir directement à Oropesa. Il voyage jusqu’en Galice, puis entre au Portugal. Désireux de retrouver les personnes qu’il a connues dans son enfance, il se précipite dans son village natal. C’est une énorme déception : il ne reconnaît plus personne.

Cette fois, il en est certain : Dieu l’appelle à quelque chose d’autre, de différent, de radical. Il prend conscience qu’il a trop avantagé les affaires humaines au détriment de la foi. Il veut se repentir, mais il ignore comment. Il reprend la route, comme un moine gyrovague, passant de village en village, d’église en église, en vendant des livres. Il atteint Séville (Espagne, Andalousie), Ceuta (Maroc), Gibraltar, puis enfin Grenade, où il s’installe comme libraire. Ces années d’errance sont en fait une période de mûrissement spirituel extraordinaire : extérieurement, rien ne distingue le jeune saint, mais il a la certitude que la grâce le touchera bientôt, d’une manière qu’il ignore encore.

Cette grâce, moment d’illumination, survient un jour de 1539, tandis qu’il est à la messe dans une communauté religieuse de Grenade. Le prêtre qui célèbre n’est autre que saint Jean d’Avila, ami de sainte Thérèse d’Avila et grande figure spirituelle de l’Espagne du XVIe siècle. Juan ne l’a jamais vu. Le célébrant prononce un sermon magnifique sur la pauvreté et les pauvres à l’image de Jésus. C’est l’illumination : son regard s’ouvre sur un monde nouveau. Il est saisi par la présence du Christ et, dorénavant, il est devenu un autre homme.

Il se met à parcourir les rues de la ville en criant l’amour de Dieu, et parfois en se roulant par terre. Il brûle toutes ses possessions et met un terme à son activité de libraire. Certains jugent son comportement d’un mauvais œil et on le soupçonne même d’avoir perdu la raison. En réalité, Juan est devenu un « fol en Christ », selon l’expression des orthodoxes : seule la sagesse de Dieu compte. On finit par l’arrêter pour tapage sur la voie publique et on le traîne à l’hôpital royal de Grenade. Là, comme il le racontera, il rencontre Jésus en chacun des malades, souvent abandonnés et misérables. Il vient de trouver ce que Dieu attend de lui : servir ces personnes jusqu’à son dernier souffle, tant au plan matériel qu’au niveau spirituel.

Après quelques semaines, il sort de cette institution dans une grande paix. Il n’a ni argent, ni connaissances, ni maison, mais il sait que Dieu l’aidera. En premier lieu, il retrouve d’une manière complètement providentielle saint Jean d’Avila, dont les paroles dites en chaire avaient embrasé son cœur. Il lui fait part de son projet, encore très vague. Et il lui demande de devenir son père spirituel, ce que Jean accepte, malgré sa charge de travail, sa notoriété et la réputation étrange de son pénitent à ce moment-là. Puis il se rend en pèlerinage au sanctuaire de la Madone de Guadalupe. Au retour, il passe par Baeza, où il passe un peu de temps avec saint Jean d’Avila. Son projet se précise de jour en jour. Puis il regagne Grenade et commence son œuvre.

Mais il part de rien. Autour de lui, certains croient qu’il s’agit simplement d’une nouvelle folie. Contre toute attente, la joie intérieure de Juan est devenue « palpable » par celles et ceux qui l’approchent. Il se met à convaincre de la sincérité de sa démarche et, surtout, de l’authenticité de sa conversion. Sa parole frappe. Son témoignage ne laisse personne indifférent. Il se met au travail, demandant l’aumône, non pour lui mais pour les malades, recueillant les indigents, encore seul et sans aide. Les habitants de Grenade sont peu à peu frappés de l’incroyable exemple donné par Juan. Quelques-uns le rejoignent, sans qu’il demande quoi que ce soit. Bientôt, ils sont une dizaine. Leur nombre augmente en quelques mois. Bénévoles et bienfaiteurs prennent fait et cause pour sa mission. On aime l’entendre prononcer ces paroles : « Qui fait le bien pour soi-même ? Faites le bien pour amour de Dieu, mes frères en Jésus-Christ ! »

Une première « maison de Dieu » ouvre ses portes, prête à accueillir les plus misérables de l’époque, sans aucune distinction. Le clergé suit maintenant de près l’évolution de Juan. Plusieurs prêtres et religieux l’ont rejoint et les autorités publiques voient ce phénomène d’un œil attentif… jusqu’au jour où de riches donateurs décident de financer l’équipement et le personnel soignant de l’hôpital. L’archevêque de Grenade change son nom en Jean de Dieu. Il accueille les malades, en particulier les personnes souffrant de troubles mentaux, comme Jésus lui-même, en inventant une nouvelle conception de l’hôpital : propreté des locaux, un malade par lit, accompagnement spirituel, etc. Il trouve encore le temps de se dévouer pour les prostituées, pour que celles-ci changent de vie.

Cet intense labeur trouve son origine dans la prière et les sacrements – sources auxquelles le saint puise sa force et sa joie. Il n’est pas une sorte d’hyperactif, mais un contemplatif soulevé par la grâce.

Il meurt en 1550 en odeur de sainteté. Le pape saint Pie V reconnaît la congrégation des Frères de Saint-Jean-de-Dieu en 1572. Béatifié en 1630, il est élevé sur les autels en 1690. En 1886, le petit berger portugais devient le « patron céleste » des hôpitaux et des malades sur décision du pape Léon XIII.

Patrick Sbalchiero


Au-delà des raisons d'y croire :

La « famille hospitalière » qu’il fonde est une première dans l’histoire, car elle rassemble des personnes venues d’horizons divers, de catégories sociales, de formation et d’âges différents, dont l’idéal partagé est de servir Jésus dans la personne des malades : riches bienfaiteurs, religieux, laïcs, médecins, étudiants, etc.


Aller plus loin :

Sur le site Internet de l’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, les articles de présentation du fondateur de l’ordre (site portugais, traduction française disponible).


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