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Les apparitions et interventions mariales
n°244

Rennes

8 février 1357

Notre Dame des Vertus sauve la ville de Rennes

En février 1357, les Anglais, alliés de Jean de Montfort, prétendant à la couronne ducale de Bretagne, assiègent la ville de Rennes, tenue par les partisans de l’autre prétendant au titre, Charles de Blois, candidat du roi de France. Le bruit court (et affole la population) que les Anglais auraient un souterrain qui leur permettrait de passer sous les murailles en contournant les défenses et de prendre la ville. Mais toutes les recherches pour le découvrir restent vaines. Les Rennais, aux abois, implorent le secours de la patronne de la ville, Notre Dame des Vertus. Dans la nuit du 8 février, les habitants sont réveillés en sursaut par les cloches de Saint-Sauveur qui sonnent le tocsin… Ce n’est que la première surprise de cette nuit étrange.

Vitrail commémoratif de la Chapelle Notre-Dame de Beauvais au Theil-de-Bretagne / © CC BY-SA 3.0 GO69.
Vitrail commémoratif de la Chapelle Notre-Dame de Beauvais au Theil-de-Bretagne / © CC BY-SA 3.0 GO69.

Les raisons d'y croire :

  • La première chose constatée par les Rennais, accourus au son du tocsin dans la nuit du 8 février, est que les cloches sonnent sans intervention humaine, mais surtout que deux cierges, éteints la veille à la fermeture de la chapelle pour éviter les risques d’incendie, brûlent haut et clair sur l’autel de Notre-Dame des Vertus. Or, là encore, portes closes, personne ne pouvait les avoir rallumés. Le bras de la statue se met alors à bouger et désigne aux personnes rassemblées l’entrée du souterrain, qui se trouve sous une dalle de l’église. Cela permet de surprendre les Anglais et de sauver la ville.
  • Jusqu’au XVIIIe siècle, les visiteurs de la chapelle Saint-Sauveur notent avec étonnement l’existence d’un trou au milieu de la nef, à un endroit à la fois peu pratique et inesthétique, entouré d’une assez haute margelle, couverte afin d’éviter les accidents : c’est la sortie du souterrain par lequel les Anglais avaient l’intention d'investir Rennes.
  • La chapelle, trop petite pour accueillir les pèlerins qui viennent y vénérer la Vierge, est ensuite démolie, laissant place à la basilique du même nom. Bien que l’on se soit décidé à combler le trou après la construction du nouvel édifice, on prit soin de poser une dalle à son emplacement exact, en mentionnant le miracle du 8 février : l’emplacement de la sortie du tunnel est donc encore connu aujourd’hui.
  • Des travaux de terrassement réalisés en 1902 près de Saint-Sauveur ont même permis de retrouver tout le souterrain, qui passait sous les remparts pour déboucher dans la chapelle.
  • Comme le font remarquer les commentateurs – dont le plus connu est, au XVIIe siècle, l’historien Gilles de Languedoc –, il aurait été vraiment très curieux d’avoir creusé (sans que personne s’en aperçoive et le dénonce) un faux passage souterrain pour accréditer un faux miracle, et de l’avoir si longtemps préservé en mémoire d’un événement inventé.
  • Afin de commémorer le miracle, les Rennais font d’abord vœu d’entretenir sur l’autel un très gros cierge perpétuellement allumé (coutume dont l’existence est attestée par des documents d’avant 1388). Puis, en remerciement, ils décident d’en faire désormais brûler un second en l’honneur de la Vierge, à l’extérieur cette fois, dans un pignon de pierre construit à cette fin. Or, à cette époque, d’assez nombreux témoins des événements de 1357 sont encore en vie, qui pourraient dénoncer une imposture si elle avait existé.
  • Les commémorations du miracle impliquent des dépenses d’un montant fort élevé (plus de seize écus d’or) que personne n’aurait engagées, et encore moins reconduites pendant des siècles, s’il y avait eu le moindre doute sur la véracité des faits. Autre dépense importante : la reconstruction grandiose de l’autel de Notre-Dame des Vertus, en 1440.
  • Un pèlerinage de belle ampleur se développe rapidement autour de la statue miraculeuse, ce qui atteste de la vraie dévotion que suscite Notre-Dame des Vertus. Jusqu’en 1628, le sol de l’église est même recouvert de paille fraîche et d’ajoncs afin de permettre aux nombreux pèlerins qui y passent la nuit d’y dormir.
  • À compter de 1357, Notre-Dame des Vertus devient Notre-Dame des Vertus et des Miracles, appellation qui eût été jugée sacrilège si elle avait été mensongère, en une époque de très grande dévotion mariale.
  • Le miracle fut reconnu officiellement à plusieurs reprises par l’Église : d’abord par l’évêque Mgr de Tréal, évêque de Rennes, puis par ses successeurs, Mgr Cornulier et Mgr de La Mothe-Houdancourt. Or, les procédures de reconnaissance ne sont pas faites à la légère : il faut donc que les évêques aient été convaincus de la véracité des faits.
  • Outre de très nombreuses guérisons inespérées obtenues en venant la prier (guérisons qui se poursuivent, même si la statue n’est plus celle d’origine, détruite pendant la Terreur), les Rennais attribuent aussi à Notre-Dame des Vertus d’avoir convaincu le duc de La Trémoille, commandant les armées françaises, d’épargner la ville, en juillet 1488, alors qu’il venait d’écraser les Bretons à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.
  • Le grand incendie de 1720 détruisit la moitié de Rennes. Le feu a été précisément arrêté au moment où les flammes attaquaient Saint-Sauveur et allaient atteindre la statue miraculeuse.
  • La durée, plus de six cents ans, en dépit des drames de l’Histoire, du culte rendu à Notre-Dame des Vertus et des Miracles, et de l’attachement des Rennais pour elle, qui a parfois irrité un clergé prompt à y voir de la superstition, est également un critère de véracité. Les fausses dévotions disparaissent rapidement d’elles-mêmes.
  • Ainsi, les vestiges des événements, les témoignages et les mesures prises pour remercier la Vierge prouvent la réalité des faits, jugés miraculeux par les contemporains.

Synthèse :

En 1357, deux prétendants se disputent le duché de Bretagne : Charles de Blois et Jean de Montfort. Blois, proche parent du roi de France, est soupçonné, s’il l’emporte, de favoriser la mainmise française sur le pays ; Montfort défend l’indépendance bretonne et n’hésite pas, pour ce faire, à réclamer le soutien militaire de l’Angleterre. Or, depuis vingt ans, les deux royaumes sont en guerre : les souverains anglais se prétendant seuls héritiers légitimes de la couronne des lys par Isabelle de France, reine d’Angleterre, et déclarant usurpateurs leurs cousins Valois qui, arguant de l’impossibilité de la transmission royale par les femmes – la loi salique – ont imposé leur dynastie. Ainsi a commencé la guerre de Cent Ans.

Dans ce conflit, l’appui de Montfort, qui ouvre les ports bretons à l’ennemi, est dangereux pour la France. Certes, Charles V a déployé en Bretagne ses meilleures troupes, d’ailleurs commandées par un Breton, Bertrand du Guesclin, mais les Anglais assiègent maintenant Rennes et, s’ils s’en emparent, la situation basculera en leur faveur. Les Rennais aux abois implorent le secours de la patronne de la ville, Notre Dame des Vertus, dont la statue est vénérée depuis le XIIe siècle en la chapelle Saint-Sauveur. Or, début février, une rumeur se répand, plongeant la population dans l’effroi : les Anglais auraient creusé une galerie souterraine leur permettant de passer sous les remparts et de pénétrer dans le centre. Le seul moyen de les contrer serait d’en découvrir l’issue, mais celle-ci reste introuvable, et les prières redoublent.

Dans la nuit du 8 février, la population est réveillée par les cloches de la chapelle Saint-Sauveur qui sonnent le tocsin. Sur place, on constate que les cloches se sont ébranlées sans aide humaine. Ce n’est pas le seul mystère. Alors que, comme chaque soir, avant de fermer les portes, les cierges ont été éteints pour se prémunir contre l’incendie, chacun constate que les deux qui entourent la statue romane de Notre Dame des Vertus (du type « Trône de la Sagesse », car la Vierge est représentée assise, l’Enfant Jésus sur les genoux) sont allumés et permettent de distinguer nettement la sainte image. Soudain, celle-ci s’anime et, du doigt, désigne un point du dallage devant elle… Comprenant ce que Notre Dame veut leur dire, les Rennais soulèvent la dalle, qui se descelle avec une facilité suspecte, et ils découvrent l’entrée du fameux souterrain, ainsi qu’un commando anglais qui s’apprêtait à passer à l’attaque et qui est massacré sur place.

Après cela, personne ne se risque plus à tenter ce genre de surprise et, quelques mois après, le duc de Lancastre lève le siège de Rennes. La ville est sauvée.

Certains historiens nient le miracle du 8 février 1357, faisant valoir que les sources qui l’évoquent sont très postérieures aux faits et ne parlent pas de « miracle », et que la Chronique de Bretagne de 1532, qui les relate, indique une autre date, celle de 1343. Cela prouverait la fausseté de l’histoire, qui serait une pieuse légende. Mais cette version ne tient pas compte du contexte de l’époque et des rivalités politiques, demeurées vives entre les partisans de Montfort, vainqueur de l’affrontement et devenu duc de Bretagne, et ceux de Blois, tué au combat.

La Chanson de Bertrand du Guesclin (une source profrançaise), premier document à évoquer l’histoire, parle non de miracle, mais de la ruse d’un officier, Jean de Penhoët, qui aurait révélé l’existence supposée du souterrain anglais pour pousser l’assiégeant, qui se serait cru démasqué, à commettre une erreur et signaler l’emplacement du passage. Le parti français n’avait pas besoin de l’aide du Ciel, ce qui eût été une sorte de tricherie… Donc, inutile de signaler le miracle. Quant aux partisans de Montfort, ils n’ont évidemment pas intérêt à raconter que la Sainte Vierge a aidé Blois en intervenant, et ils taisent donc, eux aussi, le miracle.

Quant à la Chronique de Bretagne, écrite après le mariage, en 1488, de la duchesse Anne, petite-fille de Jean IV de Montfort, avec le roi de France, qui aboutit au rattachement de la Bretagne à la France, elle est trop tardive pour que l’on ne puisse envisager une erreur dans sa chronologie.

En effet, vestiges des événements, témoignages et mesures prises pour remercier la Vierge prouvent la réalité des faits, jugés miraculeux par les contemporains.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.


Au-delà des raisons d'y croire :

Deux des plus grands propagateurs de la dévotion mariale, saint Jean Eudes, qui prêcha pendant six mois à Saint-Sauveur la dévotion au cœur immaculé de Marie, et saint Louis-Marie Grignion de Montfort, étudiant à Rennes et dévot de Notre-Dame des Vertus, prièrent dans le sanctuaire, sans jamais soupçonner quelque vilaine fraude mystique, au contraire !


Aller plus loin :

Abbé Chuberre, Notre-Dame des Miracles et Vertus, protectrice de la ville de Rennes, Imprimeries Oberthur, 1947.


En savoir plus :

  • Albert le Grand, Histoire des saints de Bretagne. Cinquième édition disponible en ligne.
  • Charles Grosset et Émile Bonnelière, 600 ans de dévotion mariale, Notre-Dame des Miracles et Vertus, Imprimerie Simon, 1980.
  • Louis Raison, Notre-Dame des Miracles et Vertus, son histoire, son culte, Imprimerie du Nouvelliste, 1934.
  • L’article du magazine Secrets d’Histoire, numéro du 6 avril 2023 : « Rennes, un miracle ? Trois au moins ! ».
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