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TOUTES LES RAISONS DE CROIRE
Lévitations
n°23

Rome, Italie

1515-1639

Saint Philippe Néri, un cœur dilaté par le feu de l’Esprit Saint

Né à Florence, Philippe Néri se rend à Rome pour étudier. Il y devient prêtre et ne quittera plus cette ville. Nouant facilement avec les jeunes, il est connu pour sa joie de vivre et ses traits d’humour. Philippe participe activement à la réforme entamée par le concile de Trente et fonde une congrégation nommée l’Oratorio. À sa mort, il a une réputation de sainteté qui est confirmée par sa canonisation seulement 27 ans plus tard.

Oratoire du Crucifix Philippe Néri, huile sur toile (1745-1749), église San Polo, par Tiepolo. / ©CC BY-SA 4.0 /Didier Descouens
Oratoire du Crucifix Philippe Néri, huile sur toile (1745-1749), église San Polo, par Tiepolo. / ©CC BY-SA 4.0 /Didier Descouens

Les raisons d'y croire :

  • Les biographes de Philippe Néri ont eu accès à de multiples documents et témoignages grâce au travail d’enquête et d’authentification effectué  en vue des procès de béatification et de canonisation du saint. 
  • Le jour de la Pentecôte 1544, Philippe, en prière, ressent une joie extraordinaire. Il est dilaté par l’amour de Dieu dont il  éprouve la puissance. Des signes physiques extérieurs témoignent de son émotion (tremblements, chaleur, les battements de son cœur font vibrer le banc sur lequel il est assis). À sa mort, on constate une déformation anormale de son thorax formant une protubérance à l’endroit du cœur, les côtes ayant été cassées. 
  • Philippe vit de nombreuses expériences mystiques, dont les détails sont largement connus, déjà de son vivant.  À l’église, les fidèles le voient notamment léviter en extase lorsqu’il célèbre l’Eucharistie. Philippe se montre discret à l’égard de ces événements surnaturels, ne cherchant pas la renommée ou le sensationnel.  
  • Philippe Néri tient un rôle décisif dans l’Église de son temps, particulièrement concernant le concile de Trente (1542) qui entreprend un mouvement de réforme qu’il a anticipé. Il est un ardent défenseur des sacrements que le concile remet au cœur de la vie chrétienne. 
  • L’œuvre spirituelle de saint Philippe Néri jouit d’une postérité manifeste : son apostolat des rues et son accompagnement spirituel portent énormément de fruits (témoignages de l’archevêque Charles Borromée et de saint Camille de Lellis). Il est aussi le fondateur de la congrégation de l’Oratoire, une fraternité de prêtres, toujours existante aujourd’hui.

Synthèse :

Philippe Néri est né en 1515 à Florence. Il est plein de gaieté et aime le chant et la poésie. En 1533, il se rend à San Germano, près du mont Cassin, pour s’initier aux affaires auprès d’un oncle dont l’héritage doit lui revenir. Le monde du commerce, axé sur les gains et la rentabilité, ne satisfait pas Philippe. Il renonce à son héritage et part à pied en direction de Rome.

Il y suit des cours de philosophie et de théologie et étudie en particulier saint Augustin et les traités De Trinitate, De Angelis et De Incarnatione. Durant cette période, Philippe vit une vie centrée sur l’étude, la prière et les bonnes œuvres, sans être rattaché de façon institutionnelle à une communauté religieuse. 

Philippe sert en tant qu’infirmier dans les hôpitaux de Rome et crée un institut pour accueillir les malades mentaux (un des premiers du genre). Il constate qu’au-delà des souffrances physiques, le véritable mal est l’oubli de Dieu. Le contexte religieux et social romain du XVIe siècle est très marqué par la Renaissance et par un affaiblissement spirituel. 

Philippe s’emploie donc à l’apostolat des rues, une approche qui lui est très caractéristique et qui fait penser à Socrate. Il aborde les passants, en particulier les jeunes : « Quand commençons-nous à faire le bien ? » Il n’a pas de plan prémédité : sa seule méthode est la cordialité.

« On ne peut vivre quelque temps avec lui sans devenir autre qu’on était. De soi-même, on s’imposera les changements qu’il ne proposait même pas. Cet apostolat peu banal qui commence comme une simple amitié et qui finit de même, mais dans l’entre-deux toute la vie d’une âme s’est communiquée à une autre, c’est déjà le caractère qui restera le plus constant des méthodes oratoriennes pour autant qu’il y en aura jamais » (Louis Bouyer, Saint Philippe Néri : un Socrate romain, 2015, Ad Solem, p. 24-25).

Philippe encourage – à une époque où cela est peu fréquent – la communion et la confession régulière. Il est un ardent défenseur des sacrements que le concile de Trente remet au cœur de la vie chrétienne en 1542. Philippe est un serviteur zélé de l’Église, considérant l’obéissance comme l’une des clés de la vie spirituelle : « Il ne suffit pas de considérer si Dieu veut le bien que l’on croit devoir faire, mais il faut considérer aussi s’Il le veut à Sa manière, c’est-à-dire de telle façon et à telle date. Reconnaître la différence, voilà ce qui fait la véritable obéissance. » 

En 1544, Philippe vit une effusion de l’Esprit Saint hors du commun qui laisse à la fois des traces physiques (des côtes cassées et une excroissance du cœur), mais aussi spirituelles : une ferveur immense et un zèle missionnaire qui ne le quitte plus. Il raconte qu’un globe de feu lui entre dans la bouche et dilate sa poitrine. La joie intérieure qui résulte de cette Pentecôte personnelle est inouïe, il la ressent de nouveau chaque fois qu’il célèbre la messe (ceux qui y assistent racontent qu’il faut le sortir de son état d’extase, qui se prolonge deux heures après la communion !). Philippe veut être discret vis-à-vis de ces élans mystiques qu’il cherche à masquer par mille pitreries bien connues.

Philippe est ordonné prêtre à 36 ans en mai 1551 et s’installe à l’église San-Girolamo-della-Carità (Saint-Jérôme-de-la-Charité) où sa renommée s’accroît. Son infatigable engagement pastoral et sa joie constante sont alimentés par une vie de prière intense. Il développe sa vocation de directeur de conscience et son confessionnal ne désemplit pas. 

C’est à cette époque que prend spontanément naissance l’Oratorio. Il s’agit de réunions informelles, dans une ambiance joyeuse et fervente, où l’on échange sur les textes de l’Écriture Sainte et l’on prie en chantant. Philippe dit que « pour ne pas se fatiguer, il faut élever souvent son cœur vers Dieu, tout au long de la journée. Le Mystère de Dieu ne se dévoile pas à notre intelligence. On apprend plus la sagesse de l’Écriture sainte par la prière que par l’étude ». Étant donné l’ampleur et le succès de cette communauté de vie, la congrégation de l’Oratoire est reconnue officiellement par Grégoire XIII, en 1575. C’est une congrégation de prêtres et de clercs séculiers au sein de laquelle la méthode apostolique de Philippe est centrale (prières, prédications et chants). 

En 1593, se sentant vieillir, Philippe abandonne ses fonctions de supérieur. Dans ses dernières années, il continue de confesser la matinée entière, en restant couché. Il prend l’habitude de célébrer la messe seul, tant ses extases sont devenues évidentes et incompressibles.

Philippe Néri rend son âme à Dieu le 26 mai 1595. Sa réputation de sainteté est telle que son procès de canonisation s’ouvre extrêmement rapidement, deux mois après sa mort. Il est béatifié en 1615 par le pape Paul V et canonisé en 1622 par le pape Grégoire XV. Philippe Néri est connu sous le surnom du « saint de la joie ». 

Pour extraire des reliques, les pères oratoriens ouvrent le cercueil de saint Philippe Néri en 1639, soit 44 ans après sa mort, et constatent que son corps est extraordinairement intact ! Les reliques sont conservées dans une urne, sous l’autel de la chapelle San-Filippo-Neri de la Chiesa Nuova à Rome.

Solveig Parent


Au-delà des raisons d'y croire :

Philippe est une figure missionnaire exceptionnelle. Il attire vers le Christ par une variété de moyens inventifs : aussi bien la confession, le pèlerinage et le soin des malades que l’apostolat des rues, le chant, la musique et l’humour.


Aller plus loin :

Revue Prêtres Diocésains, n° 1570, avril 2021, p. 170-177 : « Saint Philippe Néri – une figure originale et attrayante », disponible en ligne.


En savoir plus :

  • Louis Bouyer, Saint Philippe Néri : un Socrate romain,Ad Solem, 2015.
  • Article « Saint Philippe Néri : vie, œuvre, citations, prières », site Hozana, rubrique « Guide des saints » :https://hozana.org/saints/saint-philippe-neri.
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